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Et si on découvrait de la vie ailleurs ?

Par Martine Letarte

Sommes-nous seuls dans l’univers ?

L’homme se pose cette question depuis pratiquement le début de l’humanité.

Par Martine Letarte

 

Après plusieurs milliers d’années à observer le ciel, la conception d’instruments plus performants permet désormais de découvrir de plus en plus de planètes. De nouvelles technologies permettront aussi prochainement une meilleure analyse de leurs grandes caractéristiques. Résultat ? Nous aurons des indices plus fiables pour déterminer s’il pourrait y avoir de la vie ailleurs que sur Terre. Les Québécois sont d’ailleurs bien positionnés dans cette quête qui n’est pas sans remettre en perspective le monde tel qu’on le connaît.

« La découverte de plus en plus d’exoplanètes nous rapproche du moment où l’on découvrira de la vie sur l’une d’elles, c’est ce que je crois. »

Ce n’est pas un hurluberlu qui le dit, mais bien l’éminent astrophysicien Hubert Reeves. « C’est une opinion, mais elle repose sur une certaine logique : que ce soient les grandes structures comme les galaxies, ou les petites comme les molécules, toutes ont beaucoup de points communs, quelle que soit leur place dans l’univers, a-t-il expliqué à Forces. Alors, pourquoi ne trouverait-on pas différentes formes de vie partout dans le cosmos ? »

Robert Lamontagne, astrophysicien à l’Université de Montréal et directeur du télescope de l’observatoire du Mont-Mégantic, y croit aussi. « Pour l’instant, c’est un acte de foi, mais nous avons tout de même plus d’indices qu’il y a 30 ans, avant que l’on découvre des exoplanètes, c’est-à-dire des planètes en orbite autour d’une autre étoile que le Soleil, explique-t-il. Depuis, on en a trouvé qui ont des caractéristiques semblables à la Terre, donc qui sont propices au développement de la vie. La Terre serait-elle à ce point exceptionnelle dans le cosmos ? Je ne le pense pas. Je crois qu’il doit y avoir de la vie ailleurs, mais il faut trouver des preuves scientifiques de cette hypothèse. »

La découverte de Trappist-1

La NASA a créé l’événement à la fin février en annonçant la découverte d’un système planétaire complet situé à environ 40 années-lumière de nous. Cette étude a été publiée dans la revue Nature.

Les sept nouvelles planètes découvertes sont de taille et de masse semblables à celles de la Terre. Elles tournent autour de Trappist-1, une étoile naine de moins d’un dixième de la masse du Soleil. Trois d’entre elles se trouvent à une distance de leur étoile qui les place dans une zone où l’on pourrait trouver de l’eau sous forme liquide. Ce qui pourrait signaler la présence potentielle d’une forme de vie. « Pour le moment, on reste dans la spéculation, parce qu’on sait encore peu de choses sur ces planètes, malgré tout le brouhaha entourant cette annonce spectaculaire », indique Robert Lamontagne, également membre de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx).

Petite histoire de la découverte des exoplanètes

Par contre, une chose est certaine : l’homme est véritablement parti à la chasse aux nouvelles planètes. N’est-ce pas un peu fou ? Hubert Reeves croit que non. « Parmi les espèces terrestres, la nôtre a la chance inouïe de posséder l’intelligence, explique-t-il. Notre espèce est la seule qui ait su découvrir les lois de la nature. Son inépuisable curiosité l’amène à accumuler les connaissances ; ainsi, non content d’explorer sa planète, Homo sapiens veut explorer l’univers. »

Les efforts portent leurs fruits, les exoplanètes découvertes se montent déjà à plus de 3 500. Il s’agit toutefois d’un phénomène récent dans l’histoire des sciences. La première, 51 Pegasi b, a été découverte en 1995 par une équipe suisse. « Depuis, beaucoup plus de chercheurs se sont mis à s’intéresser aux exoplanètes et on a mis au point des instruments optimisés pour les trouver », relate Robert Lamontagne.

À titre d’exemple, le télescope spatial Kepler, développé par la NASA, a été lancé en 2009. « Il est tout petit, son miroir fait tout au plus un mètre de diamètre, mais c’est grâce à lui qu’on a découvert plus de la moitié de toutes les exoplanètes connues aujourd’hui, indique Robert Lamontagne. Il y a 20 ans, on les annonçait au compte-gouttes, maintenant, c’est à coup de 50, 100, 200 nouvelles planètes ! »

Le début d’une nouvelle ère

La découverte d’exoplanètes devrait s’accélérer encore davantage dans les prochaines années. Alors que Kepler observe une seule région du ciel comprenant environ 150 000 étoiles et mesure leurs variations d’intensité lumineuse pour déduire la présence de nouvelles planètes en orbite, son successeur, TESS, qui sera lancé au début de 2018, balaiera l’ensemble du ciel. « Si Kepler a repéré plus de 2 300 exoplanètes, TESS pourrait en trouver 10 000, voire davantage, affirme Robert Lamontagne. On pourrait assister à une véritable explosion de découvertes. »

De plus, de nouveaux instruments optimisés pour le domaine de la lumière infrarouge permettront de dire si une planète est entourée d’une atmosphère, et si oui, de déterminer la composition chimique de celle-ci.

SPIRou, développé par une équipe internationale dont font partie des chercheurs de l’Université de Montréal, doit rejoindre le télescope Canada-France-Hawaï à la fin de l’année.

Quant à NIRPS, construit par une équipe internationale à laquelle contribuent des chercheurs de l’iREx, son installation sur un télescope de La Silla, au Chili, exploité par l’European Southern Observatory (ESO), est prévue pour 2019.

En octobre 2018, le télescope spatial James-Webb (JWST) sera lancé. Il comprend quatre instruments, dont un construit par l’Agence spatiale canadienne sous la supervision de René Doyon, directeur de l’iREx.

« Ces outils ne nous permettront pas de déterminer s’il y a de la vie sur une planète, mais si on y trouve les composantes chimiques associées à l’activité biologique sur notre planète, affirme Robert Lamontagne. C’est déjà extraordinaire, et c’est la première fois que nous avons une telle possibilité. Jusqu’ici, on n’a pas détecté d’atmosphère pour les planètes de Trappist-1 parce que nous ne sommes pas équipés pour le faire. »

Hubert Reeves est encore plus optimiste quant à la possibilité qu’il y ait une forme de vie sur d’autres planètes. « Quand on découvre des exoplanètes, on s’empresse de distinguer celles qui pourraient bénéficier de conditions similaires à celles de notre Terre, constate-t-il. Cependant, quand on sait que les plus anciens fossiles trouvés sur Terre ont vécu dans des conditions bien différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui, que la vie existe en des lieux de notre planète sous des conditions invivables pour nous, on se dit que le phénomène de la vie est probablement universel et qu’il est possible qu’il soit fort diversifié. »

Le télescope voit grand

L’arrivée, prévue vers 2022-2024, d’une autre génération de très grands télescopes aux diamètres de 30 à 40 mètres permettra également d’en apprendre davantage sur les exoplanètes. Le Canada est d’ailleurs partenaire dans la construction d’un de ces instruments, le Télescope de trente mètres (TMT), qui doit être installé dans l’hémisphère nord.

« Des miroirs qui font le tiers d’un terrain de football permettront de voir des objets de plus faible brillance et d’observer plus de détails sur des objets plus proches, en meilleure résolution, explique Robert Lamontagne. Par contre, ils ne permettront toujours pas de prendre des photos d’exoplanètes de la grosseur de la Terre. Il faudrait pour cela des télescopes de 150 mètres. Cela pourrait être possible dans 50 ans, mais il faut commencer à y penser dès maintenant ! »

La participation canadienne au développement des instruments comporte notamment du temps d’observation réservé aux chercheurs canadiens. La recherche en astrophysique est d’ailleurs en développement au Québec. Alors que l’iREx n’a été créé qu’en 2015, l’UdeM compte maintenant environ 45 professeurs, chercheurs, étudiants des cycles supérieurs et techniciens dans le domaine. « À l’échelle mondiale, c’est un très gros groupe, et les différents chercheurs sont actifs dans des champs complémentaires, affirme Robert Lamontagne. Nous avons de bonnes chances d’obtenir la médaille d’or de la découverte de vie ailleurs que sur Terre. »

Une quête révolutionnaire

Pourquoi cette quête ? Pour déménager nos pénates sur une Terre moins polluée ? Bien sûr que non.

« À supposer que nous trouvions une Terre bis, elle pourrait être si lointaine que les milliards d’humains ne pourraient s’y déporter, indique Hubert Reeves, également écologiste et président d’honneur de l’association française Humanité et Biodiversité. Alors, préservons la vie sur Terre : c’est le grand chantier de ce début de siècle. »

Les distances en astronomie sont effectivement si grandes qu’il est difficile pour le commun des mortels de se les représenter. Trappist-1, par exemple, est une étoile « voisine ». Or, elle se trouve à environ 385 000 milliards de kilomètres de nous et il faudrait jusqu’à 700 000 ans pour s’y rendre avec un engin spatial d’aujourd’hui.

Robert Lamontagne dit d’ailleurs souvent aux étudiants que trouver des microbes sur Mars ou sur une lointaine planète ne changerait rien à leur quotidien, ni au prix du beurre d’arachide, ni à son goût. « Mais ça permettrait d’avoir une réponse à une question fondamentale, qui pourrait changer la façon dont nous percevons le cosmos », affirme-t-il.

Avec cette quête, on se rapproche d’une nouvelle forme de révolution copernicienne, aux yeux de Christophe Malaterre, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Philosophie des sciences de la vie à l’UQAM. « On a découvert, avec Copernic, que tout ne tournait pas autour de la Terre, explique-t-il, que c’était en fait la Terre qui tournait autour du Soleil. Maintenant, on découvre que la Terre n’est pas si unique, tout comme notre système solaire, d’ailleurs. On cherche même des caractéristiques sur ces nouvelles planètes qui pourraient nous faire prendre conscience que même la vie terrestre n’est finalement pas unique en soi. »

« Découvrir de la vie, ou pas, nous éclairerait sur nous, sur notre rôle dans le cosmos, affirme Robert Lamontagne. Sommes-nous la seule conscience dans le cosmos ? Si on y trouve de la vie ailleurs, a-t-elle mené à une forme d’intelligence ? Avons-nous la possibilité de communiquer ? Les perspectives sont immenses. Nous sommes dans une quête fondamentale. C’est comme le saint Graal. »

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