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LES GRANDS AJUSTEMENTS
Le fond de l’air encore un peu frais de ce début de printemps n’est pas sans nous causer quelques frissons, nous dit Yvan Allaire, de retour de Davos. La crise de l’endettement de certains pays de l’Union européenne – surtout la Grèce –, avec ses conséquences sur l’euro qu’évoquent Alain Juppé, ancien premier ministre français, et Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, de même que les coups de freins de la Chine visant à contrôler la croissance phénoménale de son économie tout en se dégageant progressivement de son rôle de créancier de la dette américaine, signalent éloquemment que, si la récession est terminée, les grands ajustements nécessaires en vue d’une croissance durable, eux, ne le sont pas.
De ce côté-ci de l’Atlantique, nous pouvons tout de même sentir un vent tiède soufflant de l’économie américaine, laquelle, après deux semestres positifs, reprend peu à peu de sa vigueur. Espérons que la confiance se rétablira malgré les abus de certains gestionnaires du système bancaire, dont parle Bernard Landry, et que les investissements et la consommation suivront pour accélérer la création d’emplois. Cependant, soyons clairs, le marathon n’est pas pour demain…
Du côté canadien, au lendemain du grand succès des Jeux olympiques de Vancouver, le gouvernement Harper a su montrer par son budget sa volonté de soutenir une économie encore hésitante, tout en prévoyant le retour à un probable équilibre financier.
Au Québec, le printemps qui s’annonçait chaud sera finalement de la température saisonnière qui caractérise ces moments stratégiques où se renégocient les conventions collectives des secteurs public et parapublic. Fonctionnaires et enseignants, en passant par les infirmières et les médecins spécialistes, négocient en toute connaissance de cause : ils savent très bien que la marge de manœuvre du gouvernement est fort mince, voire quasi nulle. Le déficit de quelque cinq milliards de dollars anticipé pour le prochain budget nous le signifie on ne peut plus clairement.
Il est important de garder en tête que le gouvernement du Québec est l’un des plus endettés en Amérique du Nord et sa population, l’une des plus taxées. L’accessibilité, et particulièrement l’universalité (que nous confondons toujours avec l’uniformité) de nos services publics doivent être repensées. Marcel Proulx, directeur général de l’ENAP, va droit au cœur du problème : il faut remettre en cause la « vache sacrée » de la gratuité. Quant à Roch Boduc et Louis Bernard, qui furent au cœur du développement de notre fonction publique, ils nous rappellent tout aussi catégoriquement que le gouvernement n’a pas d’autre choix que de retrouver sa marge de manœuvre.
Impossible de continuer avec un système de santé qui absorbera près de 45 % du prochain budget ! Quant à nos universités – à l’exception de McGill –, elles sont les moins bien financées et présentent le taux de diplomation le plus faible au Canada. Quelque 36 % des étudiants qui débutent des études au cégep ne les terminent pas ; au secondaire, comme l’a montré le rapport du Conseil canadien sur l’apprentissage, le Québec présente un des plus hauts taux de décrocheurs du Canada, résultat en grande partie des problèmes d’apprentissage que l’on n’a pas su diagnostiquer au primaire faute de moyens, paraît-il.
De leur côté, les syndicats et associations du secteur public savent qu’en fin de compte, c’est avec la population du Québec qu’ils négocient. à preuve : la publicité à caractère social qu’ils font pour sensibiliser la population aux problèmes de leurs secteurs d’activité. C’est une bonne chose, à condition d’éviter la démagogie ou la fausse représentation, voire le camouflage. La population québécoise n’est pas dupe : elle n’accepte pas le chantage, qu’il vienne des syndiqués ou du gouvernement.
Les négociations devront être équitables tant pour la population québécoise que pour les travailleurs et les professionnels qui, en tant que piliers de notre société, méritent notre reconnaissance.
Certes, la crise économique des deux dernières années aura eu l’avantage de nous mettre face aux grands ajustements qui s’imposent pour construire un Québec plus concurrentiel, capable de relever les défis que nous impose un marché mondial en transformation. à titre d’exemple, le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, avertit qu’il ne faut pas tenir cette industrie pour acquise. Reste que le Québec a une longue histoire de partenariat avec les alumineries, qui pourra servir de référence pour le développement du Grand Nord et pour la mise sur pied future du libre-échange Canada – Union européenne.
En marge de ces grands projets, le Québec recèle des succès plus petits mais néanmoins impressionnants. Pensons aux économusées, nés de l’idée d’un architecte de Baie Saint-Paul, Cyril Simard. Ils ont transformé, d’abord au Québec et maintenant ailleurs dans le monde, la mise en marché du travail de l’artisan. Une belle illustration de ce que nous sommes capables de faire en innovant et en favorisant la coopération dans nos communautés.
La confiance en soi est aussi une attitude individuelle. à preuve, le témoignage d’Alain Gourd, dont le message d’espoir illustre bien la différence entre résignation et détermination.
Face aux moments stratégiques de son histoire, le Québec a su, et saura encore, s’élever au-delà de la simple partisannerie politique et des intérêts d’un corporatisme inacceptable pour témoigner de cette détermination et de cette solidarité qui le caractérisent si bien.
Nous en sommes là aujourd’hui ...
Montréal, le 29 mars 2010
Gil Rémillard, président-éditeur |
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