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Ainsi parlait Marshall McLuhan…

Jean Paré

« La connaissance du fait que l’environnement est pollué est le résultat inévitable du lancement de Spoutnik. Jusqu’à Spoutnik, les gens pensaient que c’était la nature qui était responsable de la planète. Mais quand il a été mis en orbite, Spoutnik a situé la terre dans un environnement créé par l’homme, et nous avons immédiatement su que la nature n’existait plus, que la planète était notre affaire et que nous en devenions responsables. En ce qui concerne la planète, il n’y aura plus que nous, la planète Pollutio, un vaisseau spatial. Et un vaisseau spatial n’a pas de passagers : il n’a qu’un équipage. Ainsi, sur la planète où nous vivons, chacun est membre de l’équipage. La vieille idée que nous sommes des passagers qui peuvent vivre sans souci, tout cela est fini. »

En 1972, quinze ans après la mise en orbite d’une petite boule de 58 cm de diamètre, le 4 octobre 1957, les propos de Marshall McLuhan apparaissaient dénués de sens. Comme la plupart de ceux, d’ailleurs, du célèbre professeur de communications de l’Université de Toronto : un fantaisiste, un fumiste, disaient des intellectuels et de savants universitaires… 

    J’avais traduit ses grands ouvrages : La galaxie Gutenberg, savante étude de la restructuration de la culture occidentale par l’alphabet et l’imprimerie, Understanding Media, une provocatrice extension « pop » des thèses mcluhaniennes, et Counterblast, la traduction de celles-ci en jeux d’« icônes » à déchiffrer et interpréter. « Ne le traduisez pas, me disait-il à propos de ce dernier. Utilisez-le comme matériau et récrivez-le…Et même, écrivez ce que vous voulez ! »

    Le directeur de Forces, Jean Sarrazin, me demanda donc de réaliser une entrevue de fond avec ce gourou de la nouvelle complexité du monde. J’avais rencontré Marshall McLuhan pour la première fois en 1966. Il avait alors 55 ans. Et chaque fois que je l’avais revu pour élucider quelque problème de traduction, je l’avais retrouvé inchangé, dans son obscur bureau de St. Joseph Street, à Toronto, poussiéreuse citadelle gutenbergienne blindée de livres, meublée de deux grandes tables, d’un percolateur pour 50 tasses et d’un divan crevé où le professeur en bretelles entretenait disciples et invités couché, les mains croisées derrière la tête. C’était le château-fort d’une certaine notion de la culture et de la civilisation, du tweed et des souvenirs de Cambridge. Marshall McLuhan y régnait, incroyable d’acuité, branché sur tout ce qui se publiait, se pensait, intensément conscient de l’ensemble des forces qui modelaient son temps. Un récepteur. Immobile.

    Sept ans plus tard, au moment de cette entrevue pour Forces, tout avait changé, même lui. Le Centre de Culture et de Technologie avait emménagé dans une vaste maison claire et aérée; McLuhan y était entouré d’assistants. Les appareils audiovisuels avaient fait leur apparition. Une immense fresque murale du peintre français René Cerra dépeignait supposément, dans des tons de vert marin et d’algues pourries, l’odyssée de « l’âge électronique »…

    McLuhan avait vieilli, il portait une petite moustache et présentait l’image d’un homme qui avait décidé de sauter dans la bagarre et de jouer. Devenu conseiller de grandes sociétés et d’hommes d’État, il se faisait de plus en plus métaphorique, affectionnait le raccourci, le paradoxe, le jargon et les koans. Il s’amusait de voir ses clients opiner à ce qu’ils ne comprenaient guère. Il était lui-même devenu un média et s’occupait, comme les médias, à transformer les hommes à leur insu ! Son dernier ouvrage s’intitulait Take Today — The Executive as Dropout.

Que reste-t-il de son œuvre, quarante ans plus tard ? L’évidence même, dont on se demande comment on pouvait n’y rien comprendre et tout en contester. Des grands « gourous » des années 1960, il est l’un des seuls dont les œuvres soient encore lisibles, et sa Galaxie Gutenberg reste un monument d’analyse culturelle.

    Rappelons-en l’essentiel, dépouillé du jargon, des poses, des diversions, des quiproquos et des culs-de-sac…

Médias hot et cool

    Sa théorie générale sur les médias, largement inspirée de Harold Innis, l’historien des communications, et de Lynn Townsend White, médiéviste de Princeton et Stanford, avance que les technologies – roue, armes, alphabet, argent, imprimerie (d’où l’« ère de Gutenberg »), l’électricité, les communications électroniques – ne sont pas des outils neutres, mais transforment notre environnement et deviennent de puissants agents de notre évolution.

    La roue a créé la route ; le papier, les empires ; l’imprimerie, la liberté et la démocratie ; et – c’était la dernière des pirouettes moqueuses qui rendaient McLuhan si suspect au gens sérieux – le photocopieur ! Ce processus de mutation nous échappe, disait-il, parce que nous baignons dans notre environnement, et qu’un média ne devient visible que lorsqu’il est devenu désuet et se transforme en contenu d’un nouveau média qui lui succède.

    Alors que tout le monde, censeurs comme créateurs, s’intéresse au contenu des médias, McLuhan expliquait que le contenu n’est qu’un appât et que les médias sont le piège. Les contenus nous instruisent, nous améliorent, mais les médias nous transforment en transformant nos processus même de perception, de cognition et d’action.

    Pour compliquer encore un peu les choses, ajoutons qu’il avait lancé des notions comme celles de média hot – média précis, intense, dense, de « haute définition », qui décourage la participation – et de média cool – de « faible intensité », qui encourage au contraire la participation et l’engagement. L’imprimerie, la radio, le cinéma, le plastique étaient hot. La voix, le téléphone, la télévision, le tweed et le voyage intérieur étaient cool !

    Toutefois, cette péripétie lexicale n’était qu’un nappage sur le plat principal : l’accélération foudroyante de la vitesse de communication par l’électricité et la transformation de notre environnement en village planétaire (global village) unifié par une sorte de réseau de communications instantanées, véritable extension de notre système cognitif.

    Cette toile neuronale – bien avant le Web, la « toile » – apparaissait à ce visionnaire comme une fabuleuse extension des facultés humaines, et un point de non-retour. Sa manifestation la plus visible, c’était la télévision, comme sous-produit quasi toxique, cause et paradigme d’une rupture avec deux mille ans de culture. Non pas à cause de l’inévitable démagogie des contenus, mais en raison de sa nature même…

    Marshall McLuhan : La télévision est comme le flûtiste du conte qui avait entraîné à sa suite, sans que l’on n’y puisse rien, tous les enfants du village... Les rats partis, on avait oublié de payer le joueur de flûte. Aujourd’hui, tous les enfants suivent le flûtiste, quittent la maison. La télévision a transformé tous les jeunes en dropouts. Nous avons oublié de payer le prix de la télévision, le prix psychologique, le poids de la communication, et la télévision a emporté les enfants.
 
    La télévision est un voyage, un voyage intérieur, un trip, une drogue psychédélique […] Des points et des sons sortent de l’écran de la télévision, exactement le contraire du cinéma. Au cinéma, la lumière est projetée sur l’écran; à la télévision, elle provient de l’écran, et l’écran de projection, c’est vous.

    Les enfants, bien sûr, c’était un « nous » métaphorique. Pour McLuhan, nous étions tous des dropouts : étudiants, profs, hommes d’affaires, politiciens, employés… Au printemps de 1972, le Québec entier semblait avoir décroché. Les grèves se multipliaient dans les services publics. Les gouvernements ne s’étaient pas relevés de la crise d’octobre, deux ans plus tôt…

    Marshall McLuhan : Si les gens se mettent en grève aujourd’hui, ce n’est pas pour de l’argent. Ils sont tout simplement des dropouts. Le gréviste est une personne qui se dit : « J’en ai assez, je suis fatigué de cet emploi, je veux établir un nouveau type de rapport avec la collectivité. »

    Quand on se met en grève, on lance un défi à la collectivité. C’est exactement ce que font les enfants, les adolescents, quand ils quittent la maison : ils lancent un défi à la collectivité. Et pourquoi ? Ils ne le savent pas. Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais ils sentent qu’ils doivent le faire. Et, de la même façon, le gréviste veut faire les manchettes. Il veut avoir une importance. En grève, il devient important.

    L’adolescent qui reste à la maison n’est pas important ; quand il quitte la maison, il devient très important. Les adolescents veulent muer, abandonner leur vieille peau. Peu leur importe d’être une étoile de cinéma ou n’importe quel genre de vedette. Ils veulent être importants [...]. C’est cela, le décrochage. Et ça se produit aujourd’hui sur une grande échelle.

    On ne les voyait pas venir, mais déjà se profilaient les Star Academy, Avis de recherche, Oprah et Loft Story. La télévision allait devenir un immense « Je »…Le « Je » télévisé. Pourquoi et comment ?

    Marshall McLuhan : Un dropout n’est pas une personne qui décide d’abandonner son travail, c’est une personne qui découvre que son job n’existe plus. Les administrateurs qui décrochent, l’Église, les dignitaires ecclésiastiques sont des dropouts. Ils sont devenus incapables de jouer leur rôle. À l’âge de l’électricité, leurs emplois ont disparu. Quand on passe du XIXe siècle, de la quincaillerie de l’industrie mécanique du XIXe siècle, au monde des circuits électriques, il y a un tel changement dans les situations, dans les motivations, dans les perspectives, dans les relations au travail et les relations avec les autres, qu’aucun des vieux jobs ne tient plus, que rien ne tient plus.

    Nous vivons aujourd’hui dans le monde de l’information, dans un environnement de services. Nous baignons dans l’information électrique, qu’il s’agisse de l’éclairage, du télégraphe, du téléphone, de la télévision ou de la radio… Le monde occidental, qui est fondé sur l’organisation visuelle, cherche toujours des connections logiques, c’est-à-dire découlant l’une de la précédente. Or, il n’y a pas de logique dans le monde électrique, où tout est simultané. L’information est disponible à haute vitesse et contourne les structures existantes fondées sur d’anciennes méthodes de transmission de l’information, telles que la correspondance ou les systèmes de classement. Pour qui se sert des médias électriques, ces systèmes ne valent rien, et votre métier de journaliste devient tout aussi désuet. La communication contourne l’organigramme.

    Quand on contourne les structures, quand on outrepasse les canaux habituels d’accès, les rites, les cérémonies, on jette au rebut l’ensemble de l’organisation… À de très hautes vitesses, les emplois disparaissent ou prennent de nouvelles formes absolument inattendues. Être consultant est devenu une forme nouvelle de travail. L’homme qui pose les questions est aujourd’hui plus important que celui qui connaît les réponses.

    Et cette planète devenue le vaisseau spatial Pollutio : l’auteur de Counterblast réagissait-il simplement aux premiers cris d’alarme du Club de Rome, qui annonçait l’épuisement imminent des ressources et la pénurie d’énergie ? Il voyait beaucoup plus loin : la pollution terrestre, bien sûr, mais surtout celle de l’âme et de l’esprit.

    Marshall McLuhan : À quoi bon s’inquiéter des pénuries de charbon, de pétrole, etc. ? Le problème n’est pas tellement la pénurie d’énergie que la pollution résultant de l’utilisation de toute cette quantité d’énergie.

    L’un des plus grands facteurs de pollution, c’est la mobilité : quand tout se meut sans cesse, il n’y a plus de communauté; c’est comme si le monde entier était un aéroport où personne ne connaît personne. Une communauté est toujours en relation à l’échelle humaine et dans les limites de l’attention humaine. Passé un certain seuil de saturation – qu’il s’agisse de son, de lumière, de mouvement –, l’individu n’accepte plus rien. Avec la perte de la communauté, il y a une perte d’identité privée. Cette perte d’identité entraîne la panique, la violence.

    Aujourd’hui, dans le nouvel et immense environnement de l’information, la plupart des gens ont décroché, ils ont fermé le commutateur, saturés par un flot de données et d’informations qu’ils sont incapables d’assimiler. La plupart des gens vivent des expériences sans aucune signification. La capacité à tirer une signification d’une expérience est extrêmement limitée, et quand vous augmentez la quantité d’expériences, la quantité de significations diminue. Des gens qui perdent toute relation avec leur travail se mettent en grève pour découvrir qui ils sont, pour découvrir, au fond, leur identité […].

    L’homme électronique, en termes d’expérience et de connaissances, vit des centaines d’années de vie normale en un temps très court. Aujourd’hui, un enfant de 12 ans est plus vieux que Mathusalem, en termes d’expérience.

    Imaginez que la médecine nous dise demain que désormais, tout le monde vivra 200 ans. Qu’arriverait-il à l’homme et à la société ? La plupart des gens deviendraient fous ! Or, c’est exactement ce qui arrive actuellement, si l’on tient compte de l’extrême vitesse du mouvement de l’information. Tous les dix ans, nous vivons des centaines d’années, et nous n’avons pas d’institutions qui nous permettent d’utiliser cette nouvelle expérience. Et nous devenons fous. Le monde entier, d’une certaine façon, est un asile d’aliénés, un hôpital psychiatrique. Quand chaque homme est plusieurs fois centenaire, qu’il connaît toutes les cultures de la terre, qu’il est allé partout, eh bien, le petit espace qu’on appelle « sa maison » ou « sa ville » n’est plus qu’une prison. Et nous commençons à rêver à des voyages interplanétaires et à des choses semblables…

    Par les médias électriques, l’utilisateur est lui-même diffusé. Il se rend, en un instant, dans tous les endroits éloignés, parfois simultanément. De telle sorte que, dans ces conditions d’information électrique, nous sommes tous devenus des anges, des êtres désincarnés qui voyagent instantanément autour du monde et partout à la fois. L’omniprésence, l’ubiquité sont devenues des dimensions ordinaires de la vie humaine. Or, nous n’avons pas d’institutions adaptées aux anges, des anges intellectuels qui pourraient fort bien n’être que des anges déchus.

    La disparité entre la quantité des expériences disponibles et les institutions dans lesquelles nous essayons de les faire entrer crée un véritable abîme qui nous coûte fort cher sur le plan émotif. En fait, si l’on regarde un peu le monde, on se demande s’il n’est pas déjà dirigé par des anges déchus : et c’est là, en soi, une forme de pollution. Il peut exister une pollution de l’information : trop, c’est de la pollution, tout comme trop peu.

Et la guerre ? A l’époque, c’était celle du Vietnam. Depuis, il y a eu le Kosovo et la Bosnie, le Liban, l’Irak...

    Marshall McLuhan : Autrefois, les gens acceptaient la guerre comme un outil, un instrument ordinaire de la politique, mais ce n’est plus possible… Le Viêt-Nam est une guerre que les États-Unis ont perdue, et ils l’ont perdue dans leur salon, avec une population qui regardait la télévision. Les gens acceptent la guerre au cinéma, ils l’acceptent dans les journaux, mais personne n’accepte la guerre à la télévision. Ils y sont beaucoup trop impliqués: il n’y a plus de spectateurs, seulement des participants.

    Et il est arrivé une autre chose étrange : il n’y a pas de reportages sur la guerre. C’est le reportage qui est la guerre ! Arrêtez les reportages, il n’y a plus de guerre. S’il n’y avait pas de reportages sur les événements en Irlande, les troubles cesseraient. Les gens qui participent à ces troubles, aujourd’hui, attendent les reporters, tout comme les grévistes. Ils attendent, pour lancer leurs bombes, que les caméras soient en place, que les journalistes soient là avec leur appareil photo ou leur stylo. Si vous retirez les caméras, tout s’arrête; on rentre à la maison et on se regarde aux nouvelles télévisées.

    Les critiques de McLuhan ne se fatiguaient guère : ils pensaient avoir tout dit, tout réfuté, démoli l’idée que nous avions quitté l’ère de l’imprimé pour celle de l’électricité en soulignant que le mage des médias et de l’ère électronique s’exprimait… dans des livres !

    Marshall McLuhan : La célébrité ne m’intéresse pas, je veux simplement faire comprendre des choses à propos des médias, montrer une forme de pollution qu’il faudrait maîtriser. Les nouvelles formes d’art de notre temps, ce sont les médias eux-mêmes ; pas la peinture, ni le cinéma, ni le théâtre. Il n’y a plus d’avant-garde en peinture, en musique, ni en poésie. L’avant-garde se trouve dans les médias eux-mêmes, non pas dans leurs contenus.

    On ne comprend pas très bien le média de la télévision. Mais qui le comprend ? Le cinéma et la photographie sont mieux compris depuis l’apparition de la télévision. La télévision ne sera pas comprise avant d’être, elle aussi, désuète et dépassée. Quand survient sa désuétude, tout média devient une forme d’art et donc un contenu.

    Il y a des inventions, comme le vidéophone, qui pourraient rendre la télévision désuète. Le vidéophone terrifie les gens : je n’ai rencontré personne qui veuille en avoir un. Cela signifie que vous diffusez en direct à partir du moment où vous décrochez l’appareil. Votre maison devient un studio. Vous êtes en ondes. Évidemment, avec les tables d’écoute téléphonique, vous êtes en ondes de toute façon ! C’est un autre trait de notre époque : avec la technologie, la vie privée disparaît.

    Au moment où avait lieu cette conversation, Bob Kahn n’avait pas encore fait la première démonstration d’Arpanet (octobre 1972 à l’International Computer Communications Conference) et le protocole TCP/IP restait à mettre au point… Les e-books, le courriel, les fichiers joints, encore inconnus. Et pourtant…

    Marshall McLuhan : La technologie électrique décentralise, je l’ai dit. Aussi, le tribalisme et les groupes ethniques, entre autres, deviennent-ils très importants. À l’ère du chemin de fer, c’étaient la centralisation, les grandes villes, les grosses organisations qui comptaient. Mais à l’âge de l’électricité, le pouvoir s’est lui aussi décentralisé. N’importe qui, n’importe où, peut pousser un bouton et faire sauter le monde entier. Il n’est pas nécessaire d’être à Washington. Aujourd’hui, il est possible de détourner tout un pays aussi bien qu’un avion, ou de détourner une ville...

    Cela se fait par le truchement de l’information. L’argent fait partie, évidemment, du processus de détournement. On peut détourner des fonds simplement en câblant en Suisse et en déposant tous les avoirs d’une société dans une banque suisse. Des intérêts sur un milliard de dollars, même pour une heure, ça peut faire de vous une personne très riche.

Et si les « aéroports du savoir » étaient une prémonition de la Toile ?

Marshall McLuhan : Nous avons parlé de la télévision et de ses nouveaux usages. Je voulais vous entretenir de l’« aéroport-université », ou « université aéroportuaire ». Le meilleur endroit pour l’université de l’avenir, ce sont les grandes aérogares internationales, parce que dans ces aérogares, il y a des gens qui viennent de tous les coins du monde. Ils sont là, dans les restaurants, dans les bars; ils attendent l’avion parfois pendant des heures et n’ont absolument rien à faire. Vous pourriez réunir ces gens dans des tables rondes, des séminaires, et les laisser parler ensemble pendant des heures de tout ce qui leur passe par la tête, de tout ce dont ils ont envie de parler. Ils raconteraient toutes sortes de choses merveilleuses, parce que, venant de tous les coins du monde, ils disposeraient d’une foule d’informations extraordinaires. Cela ferait des colloques perpétuels, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Non pas des entrevues, mais véritablement un dialogue. C’est ce que j’appelle « l’université aéroportuaire ». Il suffirait de téléviser tout cela. Mais à l’heure actuelle, dans les aéroports, il ne règne que le silence. Les gens qui vont dans les aéroports sont censés ne connaître personne, ne parler à personne. Que de ressources gaspillées !

    On pourrait sans doute trouver un commanditaire, puisque tout cela serait télévisé ! Les commanditaires pourraient être des transporteurs aériens, et chaque société aérienne pourrait avoir sa propre salle de rencontres….
 





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