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Pêcher au Québec :Les meilleures pourvoiries

Normand Cazelais


Ce n’est que récemment que le Petit Robert a admis le mot « pourvoirie » dans ses pages, en soulignant que ce « régionalisme » provenant du Québec est apparu dans la langue française en 1980. En effet, les pourvoiries sont nées dans le sillage de l’abolition des clubs privés de chasse et de pêche, au milieu des années 1970. Pays de vastes espaces, le Québec, compte aujourd’hui quelque 700 pourvoiries.

Imaginez : le soleil achève sa course, le vent retient son souffle, l’eau semble immobile. Autour de vous, à perte de vue, s’étendent bois et collines. En toute quiétude, sans vous presser, loin des trépidations du quotidien, vous avez lancé votre ligne et taquiné le poisson, écouté les mille bruissements de la nature. Vous avez oublié vos soucis, décompressé. Comme dans les chansons de Félix Leclerc, vous êtes un monarque sans couronne, mais riche d’un univers qui semble n’exister que pour vous.

Au milieu de nulle part, à des années-lumière des autoroutes encombrées, sans agenda à portée de la main, on vous a accueilli avec tous les honneurs dus à votre rang de personne unique à qui l’on veut procurer des heures et des journées agréables. On vous a montré votre chambre ou votre chalet, présenté tous les services et équipements mis à votre disposition, expliqué à l’aide de cartes et même de photos le domaine qui sera le vôtre, fourni une embarcation et, si nécessaire, tout le matériel de pêche, ainsi qu’un guide.

Détendez-vous… Et bienvenue dans votre pourvoirie.

Un univers en mutation

À l’origine, les pourvoiries proposaient essentiellement un hébergement rustique et des services liés à la chasse et à la pêche. Avec le temps, certaines ont diversifié leurs activités et augmenté leur confort, se transformant en lieux privilégiés de contact avec la nature. Outre le plaisir procuré à leurs clients, elles sont devenues des atouts précieux pour la protection de l’environnement et le développement économique de leurs régions respectives.

D’une certaine façon, les pourvoyeurs – ce mot, lui, existe en français depuis le XIVe siècle … – s’inscrivent dans la lignée des anciens coureurs de bois dont les exploits habitent, depuis des générations, la mémoire et l’imaginaire des Québécois, profondément attachés à leurs forêts, à leurs lacs et à leurs cours d’eau. Chaque pourvoyeur a sa propre conception de l’accueil, de l’hébergement et de la vie en nature. Nulle surprise, ainsi, à ce que les séjours en pourvoirie soient sources d’expériences sans cesse renouvelées.

Les pourvoiries nichent souvent dans des endroits hors du commun que l’on atteint par la voie des airs ou après avoir roulé des kilomètres dans des forêts interminables. Certaines pourvoiries, profitant de sites tout aussi beaux, sont plus aisément accessibles. Mais chacune, avec ses trésors d’eaux vives et dormantes, révèle, ici sur la Côte-Nord, là au Saguenay–Lac-Saint-Jean ou encore en Abitibi ou en Mauricie, des parcelles de l’immensité québécoise.

En Gaspésie

La Gaspésie est bénie des dieux. Depuis des millénaires, plusieurs de ses rivières, entre autres la York, la Dartmouth et la Nouvelle, sont fréquentées par un grand seigneur. Nous parlons, bien sûr, du saumon atlantique, salmo salar de son vrai nom. Infailliblement, il remonte sa rivière d’origine pour y frayer dans l’eau claire et les graviers. D’année en année, des fidèles de partout – Québec, Amérique du Nord, Europe – l’attendent dans ses rivières gaspésiennes.

Avec patience, par des gestes amples répétés à l’infini, les pêcheurs essaient de lui faire gober la mouche au vol, pour ensuite l’agripper solidement et le tirer des eaux après un long combat tout en force et en finesse. Ensuite, selon les endroits et les périodes, ils le relâcheront… ou en feront un plat d’exception.

À Causapscal, là où la rivière éponyme rencontre la Matapédia, Vianney Morin tient auberge. Sur une butte qui domine le parc des Fourches, La Coulée douce est sise dans une ancienne résidence de frères. Avec amour et discrétion, Vianney a rafraîchi et amélioré les lieux. Sa cuisine, à la fois simple et raffinée, puise aux ressources du terroir. Enfant du pays – qu’il ne quitterait pas pour un empire –, il fait aussi office de pourvoyeur, offrant des forfaits de pêche au saumon et proposant au besoin les services de guides au fait des secrets de la bête et des fosses où elle aime se réfugier.

Sourire en coin, le regard toujours attentif, il sait conseiller ses visiteurs, leur raconter une anecdote de pêche. « Allez au marais. C’est à peine à quinze kilomètres. Il y a 500 saumons qui y sont retenus jusqu’au frai, à l’automne. Profitez-en pour faire un arrêt au site historique Matamajaw, juste en face d’ici : c’était autrefois un club privé. Et aussi pour regarder les pêcheurs à l’œuvre sur la rivière. » Écoutez-le, vous vous en féliciterez…

Également en Gaspésie, le Camp Bonaventure est établi sur le versant de la baie des Chaleurs. Originaire de Paspébiac, guide de pêche depuis toujours, Glenn LeGrand avait un rêve : « Je voulais une pourvoirie haut de gamme, dotée d’une gestion moderne axée sur le service. » Au milieu d’un terrain paysagé avec un goût certain, trois bâtiments de belle tenue offrent des chambres de luxe, un salon et une salle à manger baignés de lumière, un coin Internet… et même un atelier de fabrication de mouches. « Nous accueillons un nombre restreint de personnes à la fois, pour mieux les servir, dit Glenn LeGrand. C’est la clé de notre réussite. »

Ici on pêche, à gué ou en canot, la truite de mer et, évidemment, le saumon, dans les rivières Bonaventure, Cascapédia et Petite Cascapédia. Qu’on le sache, un pêcheur y a capturé – en 2001 – un saumon de vingt kilos, quarante-trois livres plus exactement !

Les Hautes-Laurentides

Entre les Hautes-Laurentides et l’Abitibi s’étend la réserve faunique La Vérendrye. S’y est installée la pourvoirie Aventure Joncas, à cinq heures de route de Montréal, au cœur d’une forêt peuplée de conifères et de feuillus. Aucune agglomération à moins de cent vingt kilomètres, mais plus de cent lacs et rivières de toutes tailles, de toutes formes. Tout près, une piste d’atterrissage pour avions légers. « Quand nous avons acheté la pourvoirie, confie René Larouche, elle avait déjà une vingtaine d’années. Notre intention : tout mettre en œuvre pour développer son plein potentiel, en faire un lieu d’exception pour la détente et le ressourcement au sein d’une nature généreuse. »

Devant une nappe d’eau tranquille, un pavillon de bois au toit percé de dix lucarnes. Y trône une imposante cheminée autour de laquelle on se regroupe pour prendre un verre ou parler de pêche. Car les trophées ne manquent pas, tels ces dorés de plus de cinq kilos et ces grands brochets d’une douzaine de kilos. Autre signe de succès, Aventure Joncas et son personnel ont obtenu des récompenses en tourisme. Sans conteste une destination où revenir plusieurs fois…

Au Témiscamingue

Le saviez-vous ? La Maison-Blanche se trouve aussi au Témiscamingue, non loin de la frontière ontarienne. En 1924, un riche distillateur de bourbon du Kentucky y a fait construire en pleine forêt un pavillon inspiré de l’architecture des grandes villes sudistes. D’emblée, on l’a appelé « The White House ». Paré de ses hautes colonnades, ce pavillon est aujourd’hui l’un des joyaux de la Réserve Beauchêne, classée à deux reprises par le magazine Outdoor Canada parmi les dix plus belles pourvoiries « from coast to coast ».

Au bord d’un lac de dix-neuf kilomètres de long, dans un écrin de pins et de feuillus, sont blottis, à cinq cents mètres les uns des autres, huit chalets très luxueux tout en bois, avec chambres à coucher et salles de bain attenantes, cuisine complète, chaîne stéréo, terrasse et protection anti-moustiques. Trois autres chalets, plus vieux et plus petits, offrent l’atmosphère des camps de naguère.

La pêche règne en maître à la Réserve Beauchêne : brochets, touladis, ombles de fontaine et dorés jaunes. Et, ne l’oublions pas, l’achigan à petite bouche : à peine un kilo, mais quel batailleur ! La pourvoirie a été l’une des premières, au milieu des années 1980, à appliquer le principe de la remise à l’eau obligatoire des prises, les poissons ne pouvant se consommer que sur place. Une façon, selon ses propriétaires, d’assurer la pérennité de la ressource.

En Haute-Mauricie

Theodore Roosevelt, Churchill, les Rockefeller, les Molson y sont allés. C’était le Triton Fish & Game Club, construit en Haute-Mauricie il y a plus de cent ans. L’ancienne propriété américaine, rebaptisée La Seigneurie du Triton, appartient maintenant à une famille bien québécoise, les Tremblay, au nom sans équivoque… Ils l’ont transformée, y ont ajouté de nouveaux pavillons et ont rajeuni sa cinquantaine de chambres, en prenant grand soin d’en préserver le cachet et le charme.

Entre La Tuque et le lac Saint-Jean, le territoire en droits exclusifs de la pourvoirie englobe douze lacs et une partie de la rivière Batiscan. On s’y rend en hydravion, par la route 155 puis par un chemin forestier, ou en train. Dans ces deux derniers cas, il faut poursuivre en embarcation durant une quinzaine de minutes. Rien de tel pour se mettre dans l’atmosphère !

La Seigneurie du Triton est un haut-lieu de la pêche à l’omble de fontaine, que tout le monde continue à appeler familièrement « truite mouchetée ». D’un jour à l’autre, les pêcheurs se voient assigner un lac différent, question de mieux apprécier la qualité des lieux. Des cours– dont certains réservés aux femmes – sont consacrés à une initiation à la pêche à la mouche.

Quoi qu’il en soit, vous n’oublierez pas la beauté des paysages et de ce décor d’un autre siècle…


Renseignements
• Seigneurie du Triton
1595, rue de l’Islet,
Québec G2K 2G7 (adresse postale)
1 877 393 0557, 418 624-0772 (télécopieur), www.seigneuriedutriton.com, info@seigneuriedutriton.com
Ouvert de début mai à la fin octobre
Tarifs : $$-$$$
• Camp Bonaventure
C.P. 1002, Paspébiac G0C 2K0
418 534-3678/2478 (télécopieur), www.campbonaventure.com, info@campbonaventure.com
Ouvert du 1er juin au 1er novembre
Tarifs : $$$$

• Aventure Joncas
195b, rue de la Gare,
Saint-Sauveur J0R 1R3 (adresse postale)
1 866 552-5662 / 450 227-5633 (télécopieur), www.aventurejoncas.com, aventurejoncas@bellnet.ca
Ouvert toute l’année. Tarifs : $$-$$$

• Réserve Beauchêne
B.P. 910, Témiscaming
J0Z 3R0, 1 888 627-3865
819 627-3043 (télécopieur), www.beauchene.com, beauchene@beauchene.com
Ouvert de mai à la mi-octobre
Tarifs : $$$-$$$$

• La Coulée Douce
21, rue Boudreau, Causapscal G0J 1J0
1 888 756-5270, 418 756-5271(télécopieur), www.lacouleedouce.com, lacouleedouce@globetrotter.net.
Ouvert toute l’année
Tarifs : $$-$$$
 





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