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La prochaine guerre ?

Jocelyn Coulon

Après la guerre en Irak, assisterons-nous à la guerre en Iran, autour du programme nucléaire de ce pays cette fois ? Tout semble l’indiquer. D’abord, il y a les images. Les médias du monde entier sont remplis de photos ou de clips d’actualité sur le déploiement de porte-avions américains dans la région du Golfe Persique ou de préparations militaires en Iran. Vient ensuite la rhétorique. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lance tous les jours des appels à la mobilisation générale et promet d’effacer Israël de la surface de la Terre et de frapper l’Amérique advenant une attaque contre son pays. À Washington, le président George Bush et son vice-président Dick Cheney jurent qu’ils empêcheront par tous les moyens l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. L’été sera chaud et, si la guerre éclate, le carnage sera pire qu’en Irak.

    L’affaire iranienne est simple et complexe en même temps. Elle est simple, car l’Iran aspire au statut de grande puissance régionale. Il s’est toujours vu en gendarme du Proche-Orient, et c’est d’ailleurs ce qu’il était du temps où la monarchie impériale marchait main dans la main avec les États-Unis. Dès cette époque, l’Iran avait lancé un programme nucléaire civil dont les finalités secrètes étaient militaires. Washington le savait, mais ne s’en inquiétait guère. La révolution islamique de 1979 a balayé le régime impérial et transformé l’ami en ennemi. Les mollahs ont chassé l’empereur et hérité de ses désirs de domination. À travers une idéologie islamique révolutionnaire et avec l’argent du pétrole, l’Iran cherche à s’imposer. Son programme nucléaire est l’un des piliers de cette ambition. Après être resté moribond un certain temps, il a repris vie dans les années 1990 et se développe rapidement. Et c’est là que les choses se compliquent. Officiellement, ce programme a pour objectif de fournir de l’électricité au pays et est, de ce fait, conforme aux obligations du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) auquel l’Iran est partie. Cependant, tous les spécialistes savent qu’une filière nucléaire civile peut servir d’écran à un programme militaire. Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord sont passés par le civil afin d’acquérir l’arme ultime.

    Aujourd’hui, l’Iran est sous pression. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté des sanctions contre le régime, trois pays européens – la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne – négocient avec Téhéran les termes visant à mettre fin au projet de bombe, et les États-Unis brandissent l’option militaire si l’Iran résiste. Et comme l’Iran pourrait se doter de l’arme nucléaire d’ici deux à cinq ans, les Américains voudraient frapper avant. La guerre est donc possible d’ici peu, et tous les scénarios sont envisageables, de frappes aériennes sélectives sur les installations nucléaires au renversement du gouvernement. Or, les conséquences seraient incalculables. Les Iraniens ont les moyens de transformer l’Irak en enfer pour l’occupant américain, de fermer le détroit d’Ormuz – bloquant ainsi une des routes du pétrole –, de bombarder les émirats du Golfe Persique, d’activer leurs réseaux politiques et terroristes au Proche-Orient et dans le monde afin d’attaquer les intérêts américains et israéliens.

    Un tel scénario n’effraie pas le vice-président Cheney, pour qui un Iran nucléaire est une menace encore plus redoutable. Il en effraie d’autres, cependant, comme le directeur général de l’AIEA, Mohammed ElBaradei, prix Nobel de la paix. Interrogé au début de juin sur son attitude modérée envers l’Iran, il a déclaré qu’il ne voulait pas « donner davantage d’arguments aux nouveaux cinglés qui disent “Allons bombarder l’Iran” ».  

    À défaut d’une solution diplomatique ou militaire, peut-on vivre avec un Iran nucléaire ? Certains le pensent. Ils estiment que la possession de la bombe atomique rend sages les dirigeants. Dans les années 1950 et 1960, au moment où l’Union soviétique et la Chine se dotaient d’armes nucléaires, ces pays étaient présentés en Occident comme des dangers mortels. 

Au bout du compte, un équilibre de la terreur s’est installé, et la paix règne entre tous. Le club nucléaire, composé des cinq grandes puissances mondiales, s’est même élargi. Ne pourrait-il faire une place à l’Iran ?

Les prochaines semaines le diront.

 





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