Culture

Montréal, grande ville d’orgues

Le Québec abrite parmi les plus beaux spécimens d’orgue au monde, et l’arrivée d’un instrument de taille à l’Adresse symphonique – la nouvelle salle de concert acoustique en construction – devrait consacrer Montréal comme destination de choix des organistes.

AVENUES vous propose de parcourir l'histoire de Montréal, ville aux cent clochers mais aussi aux multiples orgues. Encore trop méconnu, cet instrument occupe pourtant une place imposante dans l’univers sonore et historique de la métropole. 

« Montréal possède une collection importante d’orgues, grâce à des facteurs d’orgues talentueux comme Casavant Frères, qui ont su instaurer toute une tradition au pays », explique René Fréchette, directeur du Concours international d’orgue du Canada (CIOC). Longtemps réservé à la liturgie, l’orgue a trouvé un terreau fertile au Québec, où se côtoient depuis des siècles les religions catholique et protestante.

Cette présence importante des cultes chrétiens a nécessité une abondance de musiciens professionnels. C’est ainsi que se sont constituées des écoles de renom. « L’Université McGill abrite l’une des meilleures écoles d’orgue du monde, affirme René Fréchette. Ses professeurs, tels Mireille Lagacé et John Grew, sont des concertistes réputés. ».

Doyen de la Faculté de musique de l’Université Concordia, John Grew y enseigne l’orgue depuis près de trente ans. Ce spécialiste, qui a largement contribué à la renaissance de l’orgue à traction mécanique en Amérique du Nord, est le directeur artistique du CIOC. Cette compétition, crée en 2008 et qui aura sa deuxième édition en octobre 2011, se classe déjà parmi les plus crédibles du circuit mondial.

Cette année, Montréal a aussi été l’hôte du congrès de la Société internationale des facteurs d’orgue, événement qui a attiré quelque 200 artisans des quatre coins du monde. Avec la désertion des églises, on pourrait croire que ce métier est en perte de vitesse. Ce n’est pas du tout le cas. « Le marché de l’orgue est extrêmement compétitif », affirme Simon Couture, vice- président aux ventes chez Casavant Frères. Dans cette course, le fabricant de Saint-Hyacinthe est en pôle position : cette année, Casavant a installé deux orgues à tuyaux en Chine, et prévoit en installer un à Macao en 2011. L’orgue est loin d’être en voie de disparition…

« La ferveur religieuse ne disparaît pas, elle se déplace, explique Simon Couture. Si la religion a connu une baisse marquée au Québec, ce n’est pas le cas dans le reste du monde. Aux États-Unis, la moitié de la population va à l’église. Et en Asie, on note une forte croissance de la pratique religieuse. »

Cet instrument surtout associé à la liturgie se découvre aujourd’hui de nouvelles avenues dans l’univers profane. « D’instrument de culte, l’orgue est devenu instrument culturel », observe Simon Couture. L’orgue sort non seulement du religieux, il sort aussi parfois de la musique classique.

Au Québec, le groupe de renommée mondiale Arcade Fire a dépoussiéré l’orgue avec une puissante démonstration dans la pièce Intervention, de son opus Neon Bible. Aux États-Unis, où Casavant compte de nombreux clients, l’instrument a même une aura glamour. De jeunes stars de l’orgue, tel Cameron Carpenter, se produisent tout strass et paillettes, rejoignant un public nouveau qui s’abreuve sur YouTube de ces spectaculaires prestations.

Cet engouement pour l’instrument au mécanisme complexe trouve écho dans la construction de salles de concert modernes. Si Edmonton, Calgary et Toronto ont équipé leurs salles d’imposantes orgues, Montréal ne sera pas en reste lorsque sera achevée l’Adresse symphonique, la nouvelle salle de l’Orchestre Symphonique de Montréal. En effet, celle-ci accueillera le plus grand orgue à traction mécanique jamais construit par Casavant, dessiné en collaboration avec l’architecte de la salle, Jack Diamond. La sonorité de l’instrument a été pensée par le directeur artistique de Casavant, Jacquelin Rochette, et le responsable de la salle de l’OSM, Olivier Latry, organiste à la basilique Notre-Dame de Paris. Rien de moins.

Toutefois, alors que l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus est dans la mire des démolisseurs et son orgue dans celle des maisons de vente aux enchères, plusieurs mettent en doute la nécessité de construire un nouvel instrument. N’eût-il pas mieux valu récupérer cet orgue, une des pièces maîtresses de Casavant, au profit de la salle de spectacles ? « La question a été posée. Mais l’orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus a été conçu pour accompagner le culte, et non pour côtoyer un orchestre d’une centaine d’instruments », répond René Fréchette.

Si l’avenir de cette église d’Hochelaga-Maisonneuve et de son orgue demeure incertain, le directeur du concours d’orgue accueille avec enthousiasme l’arrivée d’un nouvel instrument dans le paysage montréalais. « Il y a un momentum en ce moment. L’orgue de l’OSM créera une énergie extraordinaire, des centaines d’œuvres pour chœur et orgue trouveront à l’Adresse symphonique leur lieu d’interprétation idéal. Et l’orgue, placé en avant, fera partie du décor, se réjouit-il.  Le public ne pourra jamais oublier sa présence. »

Placer l’orgue à l’avant-scène est une tendance qui régit l’architecture des nouvelles salles de spectacle. Autrefois relégué au rôle d'accompagnateur, l’orgue est de plus en plus considéré comme un instrument à part entière, et l’organiste est enfin reconnu en tant qu’interprète. « Les organistes ont longtemps été des musiciens de l’ombre. On ne voyait jamais leur travail, puisque l’orgue se trouve souvent dans le jubé. Pourtant, le jeu d’un organiste est très physique, très impressionnant à regarder. Qui irait voir un concert de l’OSM à rideau fermé ? » explique René Fréchette, dont l’organisation a décidé de retransmettre sur écran géant la prestation des concertistes.

Le prochain défi, pour les organistes de Montréal, sera de trouver le moyen d’y jouer, sur ce nouveau bijou. Un bémol ? « Je crains que l’orgue de l’Adresse symphonique ne soit sous-exploité. Une salle de cette envergure est très chère à louer pour un concert solo », s’inquiète la compositrice Rachel Laurin. Si l’organiste réserve son enthousiasme, c’est qu’elle a vu, dans des salles d’autres grandes villes, son instrument encore relégué au rôle d’accompagnateur.

Le public de l’orgue devra donc être au rendez-vous. Et pour se faire l’oreille d’ici l’arrivée, prévue pour 2013, de cet instrument tant attendu, ce ne sont pas les lieux qui manquent (voir l’encadré).

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