Culture

Cinq jeunes réalisateurs dans la mire

Une nouvelle vague de jeunes cinéastes nous livrent des portraits singuliers du monde qui les entoure. Ces créateurs de la génération montante ont entre 20 et 40 ans, le regard acéré, l’intelligence vive et une passion débordante.

AVENUE vous propose de retourner la caméra pour capter sur le vif cinq portraits de réalisateurs hyper entreprenants et qui savent ce qu’ils veulent. Le choix a été difficile, car la production d’ici, quoiqu’on en dise, est variée et se porte plutôt bien. Gros plan sur quelques nouveaux talents. 

LE P’TIT NOUVEAU

Une nouvelle vague de jeunes cinéastes nous livrent des portraits singuliers du monde qui les entoure. Ces créateurs de la génération montante ont entre 20 et 40 ans, le regard acéré, l’intelligence vive et une passion débordante.

AVENUE vous propose de retourner la caméra pour capter sur le vif cinq portraits de réalisateurs hyper entreprenants et qui savent ce qu’ils veulent. Le choix a été difficile, car la production d’ici, quoiqu’on en dise, est variée et se porte plutôt bien. Gros plan sur quelques nouveaux talents. 

LE P’TIT NOUVEAU

Nom : Charles-Olivier Michaud
Âge : 30 ans
Le film : Snow & Ashes, tout frais sorti. Un correspondant de guerre, de retour au pays, découvre que son ami et collègue n’est pas revenu.

Vous ne le connaissez pas? C’est que le premier film de Charles-Olivier Michaud arrive en première québécoise, déjà bardé de prix, au 39e Festival du nouveau cinéma (FNC). « Tourner un long métrage, explique le réalisateur, c’est faire des compromis. Un scénario, ce sont seulement des mots sur du papier. Il faut pouvoir expliquer, vulgariser, dire ce qu’on veut pour rendre à l’écran les textures, les odeurs, les couleurs que l’on a en tête. Et on n’a jamais assez de temps ni d’argent, même quand on travaille sur Avatar. »

L’argent est le nerf de la guerre. Charles-Olivier Michaud le sait bien : il a trouvé seul les partenaires privés qui ont financé son film. « Pas un sou de financement public, sauf les crédits d’impôts ! » précise celui qui a déjà travaillé en haute finance. Snow & Ashes a été tourné à Québec, d’où il est originaire. « Un des gros défis a été de transformer Québec en zone de guerre tchétchène », explique le jeune homme en riant. Pourquoi tourner en anglais ? « Pas seulement en anglais. Il y a aussi du français et du russe. Je voulais exprimer la réalité de différentes cultures. » Il faut dire que Michaud maîtrise l’italien, le portugais, le mandarin, l’espagnol et l’anglais. « Quand j’étais gamin, je voulais être espion. Puis, j’ai rêvé d’être médecin pathologiste, détective, archéologue, architecte, journaliste de guerre… Pour moi, faire du cinéma, c’est devenir ce qu’on veut. On crée un monde qui doit être assez vrai pour que le spectateur embarque pendant deux heures. »

Prochain film
Fortune : un film sur un psychopathe trop séduisant. Mais Michaud réalisera d’abord, en 2011, Sur le rythme, qui sera le premier film de danse québécois.

Distinctions obtenues pour Snow and Ashes
Grand prix du jury, meilleur film au Sonoma Internation Film Festival
Meilleur film du monde au Washington DC Independant Film Festival
Prix du jury au Festival Slamdance 2010
Meilleur film au Honolulu International Film Festival

LE PREMIER DE CLASSE

Nom : Xavier Dolan
Âge : 21 ans
Le film : Les Amours imaginaires, sorti en juin dernier. Deux amis, un garçon – Dolan lui-même – et une fille, se trouvent soudain pris dans un triangle amoureux avec le beau Nicolas.

J’ai tué ma mère, premier film de Xavier Dolan, l’a propulsé dans la cour des grands, raflant trois prix à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Résultat ? Un engouement rapide et prononcé pour cet acteur-réalisateur surdoué.

Dolan, risque-tout, a misé ses économies sur son premier film. Il ne se gêne donc pas pour critiquer « l’acharnement des institutions financières et des organisations mises au pouvoir à croire qu’il y a un marché du cinéma rentable au Québec. Il n’y en pas, tranche-t-il avec assurance. Pour qu’un film de cinq millions de dollars fasse ses frais, il devrait engranger 20 millions. Ça veut dire qu’il faudrait que chaque Québécois aille le voir quatre ou cinq fois. Le jour où on aura compris ça, on se mettra à faire un cinéma réellement exportable et diversifié. » Car un film d’auteur, même après un succès international, connaît souvent ici un accueil tiède. « J’ai été choyé par les critiques, mais seulement 42 000 personnes sont allées voir Les Amours Imaginaires. Il y a ce chauvinisme inversé qui fait qu’il est mal vu d’avoir du succès, surtout à l’étranger. » Dolan s’en désole, lui qui apprécie dans le cinéma québécois actuel le « côté contestataire, indépendant, et la liberté. Il y a quelque chose qui se passe, qui bouge… Les gens font vraiment leur cinéma ».

Prochain film
Laurence Anyways. Dans les années 1990, un homme tente de sauver son couple après avoir décidé de changer de sexe. Ce film exige un budget de sept millions. Un nouveau défi pour ce réalisateur habitué à la débrouille.

Distinctions obtenues pour Les Amours imaginaires
Meilleur film, Sidney Film Festival
Distinctions obtenues pour J’ai tué ma mère
Trois récompenses cannoises dont le Prix Regards Jeunes, Quinzaine des Réalisateurs

LE GARS DE QUÉBEC

Nom : Jeremy Peter Allen
Âge : 42 ans
Le film : Manners of dying. Sorti en 2005 et tiré d’une nouvelle de l’écrivain Yann Martel (L’histoire de Pi), ce huis-clos oppose Roy Dupuis en prisonnier condamné à mort à Serge Houde, qui incarne le directeur de la prison.

Le court métrage Requiem pour un plafond avait ouvert à Jeremy Peter Allen la porte de près de 25 festivals internationaux. Manners of dying est son premier long métrage. « C’est tellement gros, faire son premier film ! On se prend toujours un peu trop au sérieux », estime, rétrospectivement, celui qui est aussi professeur de cinéma à l’Université Laval. « C’est dur de réussir un bon film, à n’importe quelle phase d’une carrière ; c’est souvent comme un coup de dés. Un tournage est semblable à une course hors route : il y a des dérapages contrôlés, il faut apprendre à gérer les sorties de piste, à réorienter. On doit composer avec beaucoup de forces autres que sa propre volonté. Avec le timing, aussi. »

Puisque cet Ontarien d’origine est parfaitement bilingue, pour cette histoire imprégnée d’américanité, il tourne dans la langue de Spielberg. « On savait que c’était un film à risques, qui aurait une vie underground dans les festivals et sur les chaînes spécialisées. La langue anglaise a permis de l’envoyer en Inde, en Afrique de l’Est, dans plusieurs pays d’Europe. » Résident de Québec depuis son enfance, Allen a fait la gageure d’y créer son cinéma. Pari osé. « Faire du cinéma au Québec, c’est déjà un choix politique, en raison du financement public. Il faut argumenter de façon politique, aller cogner aux portes. À Québec, dans les années 1990, il y a eu une certaine effervescence avec Ricardo Trogi, Francis Leclerc et Jean-François Rivard, tous de très bons réalisateurs… qui sont maintenant à Montréal. Aucune relève n’a poursuivi cette démarche politique, et la production dans la Vieille capitale a beaucoup baissé. Je sens un certain découragement, une désaffection. » Rien qui empêche le réalisateur de rêver aux cinq ou six films qu’il souhaite voir naître. « Je préfère réaliser moins de films, mais que ce soit des films plus personnels, que le public les aime ou non. »

Prochain film
Le fiancé. Dans une petite ville québécoise, une employée d’une usine de meubles en difficultés financières s’invente un fiancé et un drame pour sauver son emploi. Cette supercherie sauvera-t-elle toute la ville ?

LA FILLE D’LA GANG

Nom : Anaïs Barbeau-Lavalette
Âge : 31 ans
Le film: Le Ring, sorti en 2007. Le jeune Maxime Desjardins-Tremblay y incarne un gamin de 12 ans de Hochelaga-Maisonneuve, qui oublie, en se lançant dans les matchs de lutte, ses lourds problèmes familiaux.

Si Le Ring est son premier long-métrage de fiction, Anaïs Barbeau-Lavalette s’était déjà fait solidement les dents sur un nombre impressionnant de documentaires. Des Petits princes des bidonvilles aux gamins du Honduras, de l’Inde, de Palestine ou de Montréal, elle braque sa caméra sur les enfants défavorisés.

Pourquoi sauter la barrière de la fiction ? « J’avais l’impression d’être allée au bout du sujet de l’enfance à HoMa, mais j’avais encore des choses à dire. Même pour mes prochaines fictions, je me rends compte qu’il faudra que je tourne d’abord un documentaire, question de vraiment entrer dans l’humanité du sujet. » D’ailleurs, le traitement du Ring est documentaire. À cause du budget serré de 850 000 dollars, qui ne permettait presque pas d’éclairages, explique la réalisatrice. Mais aussi parce que « cela collait avec l’histoire. J’aime ce souffle hyper-réaliste ».

Talentueuse, jeune et jolie, Anaïs Barbeau-Lavalette réussit dans un monde d’hommes. « Grâce aux filles qui étaient là avant, les choses ont changé dans le milieu du cinéma. » Il faut dire qu’Anaïs savait à quoi s’attendre. Manon Barbeau, sa mère, a notamment réalisé Les enfants du Refus global.

Et la place des femmes maintenant ? « Je suis consciente que nous ne sommes pas assez nombreuses, mais je vois beaucoup de jeunes femmes qui arrivent avec leurs projets de films et je suis convaincue que dans cinq ans, on pourra nommer sans problèmes une dizaine de nouvelles réalisatrices. Je suis enceinte, annonce-t-elle, je vais tourner mon prochain film avec mon bébé. J’avais peur que mes producteurs soient réticents, mais ils m’appuient à 100 %. On est rendus là ! » conclut la réalisatrice.

Prochain film
Inch’Allah : une Québécoise en Palestine rencontre la guerre, ceux qui la font et ceux qui la vivent. Un film inspiré de ses différents séjours dans cette région du monde.

Distinctions obtenues
Grand Prix New Talent et Golden Lion Award au Festival International du Film de Taipei
Meilleure réalisation au Festival Mirada’s Madrid International Women’s Film Festival
Prix spécial du Jury et Prix du meilleur acteur au sixième Festival International de Vladivostok
Meilleur film et Meilleure musique au dixième Festival international du film d’Aubagne
Jutra de la Meilleure musique

LE DOCUMENTARISTE

Nom : Guillaume Sylvestre
Âge : 33 ans
Le film : Durs à cuire. Sorti en 2007, ce documentaire suit les chefs Normand Laprise, du Toqué!, et Martin Picard, du Pied de cochon.

Guillaume Sylvestre a concocté un petit miracle. Pendant un an et demi, il a suivi les deux chefs à Lyon, Barcelone et Hong Kong. Tout ça avec un maigre budget de 250 000 dollars. Alors qu’il n’espérait qu’une diffusion sur les ondes de Canal D, Durs à cuire lui a ouvert la 36e édition du Festival du nouveau cinéma de Montréal (FNC). « Je ne m’attendais pas à un tel succès », s’étonne Sylvestre. Certains critiques lui ont reproché de trop se focaliser sur le côté rabelaisien et festif des deux grands chefs. Le métier de cuisinier serait, selon les détracteurs, plus aride que l’image qu’il en donne. « Pour que ce soit un documentaire, il faut un point de vue, un regard de réalisateur, estime Sylvestre. Sinon, c’est un reportage et tu le présentes à l’émission Découverte. Je voulais montrer l’envers du décor. On ne s’attend pas à ce que ces gens-là soient ainsi, justement. On montre toujours un côté édulcoré des cuisines. »

Le fils de Denise Bombardier a lui-même connu les coups de feu derrière les fourneaux avant de choisir le métier, non moins ardu, de documentariste. « En Europe, le documentaire marche mieux qu’en Amérique du Nord, mais ce n’est facile nulle part. Nous sommes plutôt Américains à cet égard ; le documentaire, chez nous comme aux États-Unis, n’a pas beaucoup de place. Je pense que c’est culturel. Mais tout est relatif : en Russie, certains mettent leur vie en jeu pour tourner. »

Prochain film
Sauvage, une fiction sur la nouvelle génération d’autochtones des villes et des réserves qui sera présentée au 39e Festival du nouveau cinéma de Montréal (FNC).

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.