Économie

Le iPad, sauveur de la presse écrite ?

Sur fond de crise de l’imprimé, certains éditeurs voient dans le iPad la technologie qui les fera renouer avec la rentabilité. Toutefois, rien n’est moins sûr.

Le jour du lancement du iPad, plusieurs éditeurs de quotidiens et de magazines étaient présents sur la boutique en ligne AppStore. En effet, le iPad permet aux éditeurs de commercialiser leurs contenus en passant outre le Web. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, l’utilisateur du iPad peut dorénavant télécharger une application qui lui ouvrira les portes de l’information numérique.

La reproduction à l’écran de la mise en pages papier, entre autres des magazines Time et Paris Match ou du quotidien USA Today, est somptueuse. D’ailleurs, des magazines comme Wired entendent repousser les limites du graphisme en exploitant les possibilités offertes par cette mise en pages déstructurée combinant texte et contenus multimédias. Cela dit, les lecteurs seront-ils prêts à payer pour des contenus améliorés alors que l’information circule librement et gratuitement sur la Toile ? Certains doutent que ce nouveau modèle, le freemium, où se côtoient information gratuite et dossiers à valeur ajoutée, puisse mettre fin au purgatoire de l’industrie des médias.

Le célèbre consultant en matière d’information Jeff Jervis, passée une courte période d’émerveillement devant le iPad, a rapidement déploré l’absence d’interactivité, et prône le retour au modèle rassurant pour les éditeurs : celui des médias de masse et de la diffusion classique.

Par ailleurs, l’expert économiste des médias Robert Picard rappelait récemment que l’information ne serait pas commercialement viable sans l’apport de la publicité, des petites annonces, de la météo ou des cahiers spéciaux. Selon lui, « l’information est [ainsi] fournie aux masses à un prix bas […]. La majeure partie du public n’étant pas intéressée par l’info d’actualité (le hard news), le gros du journal est consacré au sport, au divertissement [et] au style de vie », bref à la consommation.

Pour de nombreux observateurs des médias, seule une véritable stratégie de diversification drainera à nouveau des revenus. Toutefois, ladite diversification  pose de sérieux problèmes déontologiques, à savoir le rôle des journalistes et de l’information, ainsi que les relations entre information, publicité et commerce.

Le iPad

Après des années de rumeurs toujours démenties, au début de 2010, Apple a annoncé la commercialisation imminente de sa tablette électronique. Comme pour toutes les nouvelles créations d’Apple, le iPad, avant même son lancement mondial, avait bénéficié d’une effervescence médiatique sans précédent… sans qu’Apple ait à verser un seul sou. Bien entendu, les observateurs chevronnés ne peuvent s’empêcher de se demander si, comme avec le iPod et le iPhone, Apple réussira à imposer LA norme.

Un concept inventé… en 1968

Bill Gates, le PDG de Microsoft, défend depuis longtemps les tablettes numériques. Ces dernières n’ont malheureusement pas connu à l’époque le succès escompté, du fait d’un amalgame bancal entre logiciel et matériel.

À une époque où l’ordinateur personnel n’était qu’un rêve, le chercheur Alan Kay imagina, en 1968, le concept d’ardoise électronique. Le Dynabook, un ordinateur portable à usage créatif destiné aux enfants, resta à l’état de projet, mais permit à son concepteur de concevoir plusieurs avancées technologiques telles les interfaces graphiques que nous connaissons aujourd’hui.

Une formidable machine à consommer des contenus

À première vue, l’objet ressemble à un iPhone surdimensionné. Doté d’une surface tactile multipoints, il se manipule de la même façon et partage le même système d’exploitation.

Cependant, la performance du iPad va bien au-delà de celle du iPhone. En plus des quelque 180 000 applications de ce dernier, de nouveaux logiciels vendus exclusivement à la boutique en ligne AppStore offrent des outils de gestion de temps, un client courriel, un navigateur Web et même une suite bureautique, puisque le clavier virtuel permet la saisie de données directement sur son écran huit pouces.

WiFi, Bluetooth, GPS, accéléromètre et capacités de stockage de données de 16 à 64 Go sont offerts avec le modèle de base ; une version munie d’une puce 3G sera offerte aux utilisateurs nomades les plus fortunés. Agréable à utiliser, le iPad affiche une autonomie de près de 10 heures avant recharge grâce à la nouvelle puce mise au point par Apple, offrant un agréable compromis entre économie d’énergie et puissance. 

Cette puissance fait du iPad une formidable machine de jeux portable, un outil de création et de traitement d’images… Les démonstrations parlent d’elles-mêmes. Sans chercher à supplanter l’ordinateur portable ou les nouvelles générations de « netbooks », il fera le bonheur de nombreux usagers.

L’iPad est à son meilleur comme outil de consommation de contenus numériques. En effet, le visionnement d’un film ou de photos, de même que l’écoute de musique, est une expérience éblouissante. Attention, toutefois : en l’absence de port USB sur le iPad, les contenus autres que ceux achetés dans les boutiques en ligne d’Apple nécessitent un accessoire supplémentaire ou le branchement du iPad à un ordinateur muni de l’application iTunes.

Avec le iPad, Apple ajoute une nouvelle boutique à son « écosystème » commercial comprenant déjà le iTunes Store (musique, films et séries télé) et l’AppStore : iBook, et entre ainsi de plain-pied dans l’univers des livres électroniques où, jusqu’à présent, Amazon régnait en roi et maître avec son Kindle. Il reste à voir comment réagira ce dernier, et surtout, celui dont on attend beaucoup à la fois sur le marché des « ardoises » et sur celui du livre électronique, le géant de la recherche, Google.

iAd : un nouveau concept de publicité mobile

En général, sans publicité, un quotidien ne peut survivre. Mais quid de cette nouvelle régie publicitaire introduite par Apple lors du lancement du iPad? Elle suscite à la fois espoir et … méfiance.

Le consultant médias Jeff Mignon estime que ce sont plutôt des activités connexes à l'information qui draineront des revenus. Toutefois, selon lui, étant donné que la notion de rareté d’espace publicitaire vient de voler en éclats avec le numérique, les quotidiens devraient pratiquer la gestion de la relation client (CRM) et l'exploration de données (data mining) : « Sachant que la publicité bascule d'un mode informatif à un mode transactionnel, les quotidiens devront intégrer des outils de mesure puissants et les utiliser correctement pour prouver aux annonceurs que leur publicité est efficace et rejoint le public cible. Google a compris cela depuis le tout début. »

Sur le Web, les éditeurs n’auront aucune difficulté à mettre en application ces concepts. Cependant, les agences sont-elles toujours un intermédiaire crédible, ou faudra t-il que les médias traitent directement avec les annonceurs ? En lançant le iPad, forte de sa nouvelle régie publicitaire iAd, Apple entend changer les règles du jeu.

Un modèle contesté et contestable

Selon Gene Munster, analyste de Piper Jaffray et spécialiste de l'univers Apple, « la régie publicitaire iAd est la première qui permette de proposer des contenus “rich media” de façon attractive à un très large public. »

En effet, en acquérant la petite société Quattro Wireless, spécialisée en publicité mobile, Apple s’est donné l’expertise pour établir sa plateforme publicitaire. Les publicités seront intégrées aux applications téléchargeables, et interactives au point où certaines se déclineront sous forme… de jeux. Les utilisateurs du iPad consulteront la publicité sur le iPad sans sortir de l'univers Apple.

Outre un camouflet à Google, l’on estime que cette publicité hyper séduisante, très ciblée et géolocalisée assurera à Apple des revenus potentiels de plus de cinq milliards de dollars par an, sur lesquels Apple entend prélever une quote-part de 40 %.

Certes, Frédéric Filloux, éditeur au groupe Schibsted ASA, constate qu’Apple entend verser leur part de redevances aux éditeurs d’applications… mais en conservant la quasi-totalité des précieuses données issues de la vente de publicité par l’intermédiaire de la régie iAd. Les éditeurs font-ils une si bonne affaire ?

Véronique Marino est directrice du programme médias interactifs de l’INIS. L’arrivée des nouveaux outils des médias interactifs et des technologies de l’information et des communications ne cesse de la fasciner.

Selon vous, comment s’inscrit le iPad dans l’« écosystème » technologique actuel ?
On commence à cerner des pistes, mais il manque une donnée essentielle : l’utilisation que les consommateurs en feront – au-delà de l’enthousiasme des journalistes et des tout premiers usagers. Je ne le vois pas remplacer tout de suite l’ordinateur de maison, mais il sera sûrement le deuxième ou le troisième appareil qu’on n’osait pas acheter. C’est un « dumb terminal » terriblement intelligent...

Plusieurs y ont vu l’ultime appareil de consommation de contenus. Est-ce votre vision ?
Le iPad matérialise surtout un changement majeur dans notre relation à l’objet en répondant à une demande de plus en plus forte. Il était déjà possible d’accéder à nos documents, à Internet et au Web autrement que derrière un bureau. Mais il manquait un chaînon au croisement entre téléphone intelligent, ordinateur portable et télé. L’informatique avait déjà révolutionné l’espace de vie privée ; avec le iPad, on reprend le pouvoir sur la technologie, qui s’efface au profit d’une expérience utilisateur plus proche du contenu. Mais l’appareil ultime serait plutôt Pranav Mistry et sa technologie (gratuite !) SixthSense, mise au point avec le MIT, qui utilise tous les supports pour diffuser du contenu. Le iPad n’est qu’un début.

Selon vous, l’appareil s’éloigne-t-il des concepts du Web 2.0, à savoir communication et interaction ?
Je crois que les fonctionnalités existantes – envoi de l’adresse Web, d’images ou de courriels – répondent assez bien au besoin d’interaction de la majorité. Je ne vois pas d’éloignement par rapport au Web 2.0. Par contre, l’application est par définition restrictive puisqu’elle nous adresse un contenu unique ; elle resserre donc notre vision du monde. Le iPad est une coquille à applications, donc à canaux choisis, qui fragmente le Web au risque de créer un circuit fermé dans lequel nous ne consommerons que ce que nous aurons créé. En même temps, n’oublions pas que c’est une  minorité qui fabrique du contenu ou en publie. Il serait drôle que ce soit le iPad et les ardoises numériques en général qui créent cet espace « grand public » tant espéré par les marques, tandis que le Web « sans application » deviendrait un espace plus underground... 

Ces ardoises numériques représentent-elles une véritable révolution ou une simple évolution ?
Les deux ! Mais la révolution n’est pas tant dans la technologie (même si celle-ci est géniale) que dans la perception de la technologie, comme de la science-fiction devenue réalité. La révolution est dans l’expérience du contact avec le contenu et donc dans la manière de le penser, de le montrer. Il faut du contenu en grosse quantité pour que ces outils existent réellement. C’est fantastique, comme perspective.

Cette façon de faire d’Apple, de lier fortement ses « écosystèmes » commerciaux (iTunes, iBooks, AppStore), offre-t-elle des avantages aux consommateurs ? Aux éditeurs de contenus ? Aux développeurs ?
Le guichet unique correspond depuis longtemps à un désir des consommateurs (être à un clic de tout) comme des éditeurs (être à un clic des consommateurs). Apple a séduit les usagers par la simplicité et l’achat instantané, ainsi que les développeurs, qui voient disparaître le cauchemar de la compatibilité. Cela dit, le revers de la médaille est là aussi. C’est un monstre à trois têtes : Google, Apple et Facebook. Concentration des données, choix éditorial moraliste au besoin, technologie imposée – donc forcément à l’envers de l’innovation… nous glissons vers une ultraconcentration des pouvoirs. Et dire que nous avions peur de Microsoft ! À terme, il faudra une législation mondiale représentative des enjeux et une vigilance accrue. Twitter est peut-être la fenêtre qui manquait dans ce monde ultracontrôlé de portes blindées qui s’annonce.

Mario Asselin, associé principal chez Opossum – une société active dans les domaines de l’apprentissage et des technologies – a été directeur de l’Institut Saint-Joseph de Québec. Il y a lancé un nouveau programme d’études pour le troisième cycle du primaire, où chaque élève disposait d’un ordinateur portable et d’un assemblage de sites Web, « les cyberportfolios ».

Selon vous, le iPad (et cette nouvelle génération de tablettes) est-il appelé à remplacer les ordinateurs portables ?
Si le iPad (tel qu'il est conçu actuellement) avait été disponible au moment où j'ai lancé notre projet pédagogique, il n'aurait pas remplacé le modèle d'ordinateur que nous avions sélectionné, car il est trop axé à mon goût sur la consultation et pas assez sur la production. À la rigueur, ces tablettes « nouvelles générations » pourraient peut-être remplacer les ordinateurs actuellement utilisés pour des classes qui débutent l'intégration des TIC... et encore !

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces appareils en éducation ?
Du côté des avantages : la batterie offre plus d'heures d’utilisation, le prix d’achat devient accessible, et surtout, avec le WiFi, on peut naviguer sur Internet et avoir accès à du contenu en réseau ;  de plus, la « portabilité » est un avantage puisque dans une classe, tout appareil avec fil est condamné à se casser. Enfin, il y a la consultation des contenus : le iPad est une assez bonne liseuse-visionneuse, pour le prix. 

Cependant, la liste des désavantages est plutôt longue et comprend une relative fragilité, le fait qu’on ne peut utiliser qu'une application à la fois, l'impossibilité de stocker des données (pas de disque dur) en dehors d’une connexion réseau, l’absence de port USB, le fait qu’un appareil doit obligatoirement appartenir à un élève en particulier, l’absence de mode multi-utilisateurs et, enfin, le fait que le seul moyen d’enregistrer son travail est avec Google Docs.

Selon vous, le iPad est-il l’appareil que les écoles attendaient ?
En fait, il est très difficile de savoir ce que les écoles attendent en matière de TIC. Je crois que les écoles qui n'intègrent pas les TIC actuellement envisageront peut-être le iPad, mais ne l’adopteront pas à cause des restrictions de « capacité de production » de l’appareil. Par contre, pour les écoles qui intègrent déjà les TIC, le iPad pourrait compléter l’équipement.

Comment ces tablettes peuvent-elles s’inscrire dans un projet pédagogique ?
Au primaire, des jeunes pourraient être motivés par la lecture sur un iPad. Toutefois, celui-ci possède-t-il un micro ? Au secondaire, l’idée de faire travailler un groupe d'élèves en vue de concevoir et d'offrir une application vendue par d’Apple pourrait s'avérer intéressante... bien que je sois réticent face à cette histoire de iAd ! 

Je ne voudrais pas être trop sévère. Avec ce bidule, on peut dessiner et écrire dans un blogue. Avec Etherpad, accessible par le réseau, on peut écrire en mode « collaboratif » ; quelques exercices d'écriture peuvent aussi se faire avec la suite iWorks en apps (traitement de texte). Par contre, le iPad pèche par ses limites à l’égard des contenus vidéo, photo et son... Il semblerait que certaines applications puissent être utilisées en mode partagé et que, pour les plus jeunes, il y ait des calculettes et des traceurs.
Bref, même si l’on est mieux servi par un véritable ordinateur, je crois que, dans un contexte où on ne demanderait pas « la même chose en même temps » à tout le monde, quelques iPad pourraient rendre de très bons services à l’école.

Gilles Herman, éditeur et directeur général des éditions Septentrion, siège aussi au comité du numérique de l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Loin d’appréhender le passage au numérique de l’industrie du livre, il en est l’un des plus fervents promoteurs.

Les mutations en cours dans l’industrie du livre constituent-elles une menace ou une ouverture pour les éditeurs de livres québécois ?
Les éditeurs qui accompagnent leurs lecteurs et anticipent les tendances de demain se réjouissent de cette ouverture au livre numérique du marché international – y compris la grande francophonie ! –, qui devrait donner une visibilité sans précédent à nos œuvres. 

L’arrivée du iPad et des liseuses électroniques dans le paysage est-elle pour vous une bouffée d’air frais ?
Au Québec, les ventes de livres ont connu une croissance de 5 % en moyenne entre 2001 et 2007, précédant un premier recul en 2008. Le livre électronique  ouvrira de nouveaux marchés qui pourraient, à moyen terme, devenir d’intéressantes sources de revenus. Mais on en est encore loin !

Comment percevez-vous l’arrivée d’Amazon, et aujourd’hui d’Apple et de Google, dans le milieu du livre ?
Aucun d’eux ne brille par son programme de promotion des produits culturels. Il est inquiétant de voir que, tandis que les ventes de livres connaissaient une croissance régulière de 2001 à 2007, les librairies indépendantes, qui mettent en avant la diversité de notre production littéraire, ont connu une baisse de 2 % de leur part de marché. Au-delà de la promotion des œuvres, ces mégagroupes essaient avant tout de prendre le contrôle d’un marché naissant pour y établir un monopole, ce qui leur donnerait la possibilité de dicter des normes dans notre société. Ces questions devraient inquiéter le citoyen.

Plusieurs consommateurs déplorent le prix élevé des livres (l’œuvre et non pas l’appareil) en version électronique, sachant qu’il n’y a aucuns frais d’impression et de papier.  

En réalité, les coûts d’impression ne représentent en moyenne que 20 % du prix d’un livre. Le reste sert à payer le travail intangible mais réel de l’éditeur, du réviseur, du directeur littéraire, du typographe, du graphiste, sans oublier les étapes obligatoires de distribution et de vente. Le privilège d’avoir accès à une littérature de qualité vient avec le devoir de soutenir le secteur culturel qui la produit et la promeut. Et donc, d’accepter de payer le juste prix du livre. Aujourd’hui, la plupart des éditeurs québécois vendent la version numérique au moins 25 % moins cher que la version papier, c’est un bon début.

Tout cela peut difficilement être réalisé sans l’appui financier et législatif des gouvernements. Or, alors qu’en France le rapport Albanel préconise de réduire la TVA sur le livre numérique, au Québec, le comité l’Allier suggère de rétablir la TVQ sur le livre papier ! Ce serait 7,5 % voire 10 % supplémentaires qui ne seraient pas réinvestis dans la culture. Ici, on cultive la liberté d’entreprise, qui étouffe actuellement le secteur du livre anglo-saxon. Il fut un temps où les politiques culturelles étaient le levier du développement du Québec...

Comment vos auteurs perçoivent-ils l’arrivée de ces nouveaux outils ? 
Quoi qu’on en dise, la majorité des auteurs font confiance à leur éditeur. Ils perçoivent les possibilités de faire connaître leurs œuvres, mais s’inquiètent des utilisations abusives qui pourraient en être faites. Auteurs et éditeurs sont condamnés à travailler ensemble !

Le modèle commercial très fermé d’Apple constitue-t-il, selon vous, une « concurrence déloyale » ?
À nous d’inventer les façons de le détourner et d’en profiter ! Clément Laberge, de la société De Marque, propose un modèle très innovant (http://www.tiny.cc/ipadqc). Ce n’est pas le modèle Apple qui est déloyal, ce serait plutôt les fournisseurs de contenus qui pourraient se montrer déloyaux envers leurs alliés naturels en offrant à Apple de meilleures conditions. Les éditeurs doivent résister au chant des sirènes.

Comment percevez-vous le rôle du libraire dans l’avenir ? Est-ce un métier appelé à disparaître ou, au contraire, à se renouveler ?
Tandis qu’aujourd’hui une librairie classique propose déjà plusieurs dizaines de milliers de titres, voilà que le numérique nous offre l’accès potentiel à des millions d’œuvres. Les conseils du libraire, loin de devenir obsolètes, seront en fait plus nécessaires que jamais ! Seulement, les libraires vigilants et créatifs qui jouent pleinement leur rôle ont besoin d’une forme de soutien. On sait vers où aller et comment y parvenir, mais malheureusement, on manque de carburant...

Bernard Descôteaux est directeur du Devoir. Forces lui a demandé de partager avec ses lecteurs ses impressions sur la nouvelle plateforme technologique d’Apple.

Certains voient dans le iPad le sauveur de la presse écrite et de l'imprimé… Même si, comme beaucoup, vous n’avez pas encore eu l’occasion de l’essayer, quelle est votre vision de cet appareil ?
Sauveur de la presse imprimée ? Cela reste à voir. Depuis déjà quatre ou cinq ans, nous attendons ce nouveau papier électronique flexible qui aura toutes les caractéristiques du journal papier, portable, mobile, souple, offrant une grande capacité de lecture, avec en plus l’interactivité. Ce sera extraordinaire. Tous les e-readers, comme le Kindle et le iPad, sont des premiers pas dans cette direction. Le plus intéressant est à venir. Entre-temps, c’est le iPad qui me semble l’outil le plus prometteur ; peut-être pas comme sauveur, mais comme accélérateur des divers modes d’abonnement payant aux versions virtuelles ou électroniques des journaux. Notre intuition est que le iPad sera un support de lecture intéressant. En ce sens, il facilitera le passage des journaux vers le multimédia. Le iPad pourrait faire office de moule, en ce sens qu’il nous obligera à changer nos pratiques.

Comment s’inscrit-il dans votre « écosystème » de publication ?
Au Devoir, nous avançons prudemment. Déjà, nous savons que notre site Internet fonctionnera très bien sur le iPad, contrairement à la version virtuelle du Devoir, puisque celle-ci est en flash ; mais avec quelques modifications, la version PDF, elle, fonctionnera. La version mobile du Devoir, ledevoir.com, en voie d’amélioration, servira pour tous les mobiles, y compris le iPad. Après quelques mois d’expérimentation, nous ferons les choix appropriés.

Les plateformes technologiques comme le iPad devant se multiplier au cours des prochains mois, sera-t-il important pour vous d’être présent sur l’ensemble de ces outils (Apple, tablettes Android (Google), Kindle (Amazon) et Microsoft (à venir), ou seriez-vous plutôt tenté par une approche monoplateforme?
La pression de la concurrence entre producteurs de tablettes de toutes sortes ira grandissant pour que les journaux et les entreprises d’information Web aient des plateformes adaptées. Or, on n’arrivera pas forcément à répondre aux attentes des quinze abonnés au Devoir qui auront acheté un Kindle et voudront lire leur journal sur cet écran…  Ça risque d’être un peu fou. Donc, il faudra en venir à l’approche monoplateforme.

Seriez-vous tenté d’offrir un contenu de type exclusif sur ces plateformes ?
Sur ces plateformes comme sur l’ordinateur, et donc le Web. Encore là, nous ne pourrons pas fournir de multiples adaptations. J’imagine que nous aurons quelques variantes.

Y a t-il danger pour les éditeurs à faire affaire avec des entreprises technologiques comme Apple, Google, Microsoft et cie, sachant qu’elles seules contrôlent dorénavant les canaux de distribution ?
En théorie, il vaut toujours mieux demeurer maître de sa diffusion. En pratique, il s’installe des modèles qui nous obligeront à partager notre marge de profit. Se profile aussi un grave problème de concurrence.  Ces distributeurs se voient-ils détenant l’exclusivité de la distribution de tel produit, ou bien accepteront-ils de n’être que des kiosques à journaux électroniques présentant une variété de produits ? Autrement dit, le consommateur aura-t-il le choix de s’abonner au Devoir sur iTunes, chez Google, chez Microsoft, ou directement auprès de l’administration du Devoir ? Les réponses ne sont pas pour demain…

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.