Énergie

Le projet hydroélectrique de la Romaine

Depuis le printemps, ils sont quelques centaines de travailleurs, surtout des Nord-Côtiers, à préparer le terrain pour ceux qui viendront prochainement participer au plus grand projet de construction au Canada.

À une trentaine de kilomètres au nord-est de Havre-Saint-Pierre, ils construisent toutes les infrastructures nécessaires à un premier campement de base qui servira de tête de pont pour l’aménagement des accès au territoire du projet de la Romaine.

Une quarantaine de kilomètres plus au nord, à proximité de la future centrale de la Romaine-2, d’autres équipes aménagent le campement des Murailles et travaillent à la construction de routes et de ponts. Au total, il faudra ériger huit ponts et aménager une route permanente de 150 kilomètres pour accéder aux différents chantiers et entreprendre la construction des centrales.

Évalué à 6,5 milliards de dollars, le projet prévoit l’aménagement de quatre centrales hydroélectriques d’une puissance installée totale de 1 550 mégawatts. Répartis en cascade le long de la rivière Romaine de manière à constituer au final une chute d’une hauteur totale de plus de 425 mètres, les aménagements seront alimentés par quatre réservoirs couvrant une superficie limitée de 279 kilomètres carrés. Chaque aménagement comprendra un barrage en enrochement, une centrale munie de deux groupes turbines-alternateurs de type Francis, un évacuateur de crues et une dérivation provisoire permettant de réaliser les travaux à sec. L’électricité produite par les centrales de la Romaine sera intégrée au réseau de transport québécois au moyen d’environ 500 kilomètres de lignes de transport.

Des retombées pour le Québec et la Côte-Nord

Lancés le 13 mai dernier en présence du premier ministre du Québec, les travaux mobilisent déjà une douzaine d’entreprises de Baie-Comeau, Mingan, Sept-Îles,  Natashquan et quelques autres régions du Québec. Pour la Côte-Nord, dont l'activité économique est gravement touchée par les déboires de la pêche commerciale et de l'exploitation minière, le projet de la Romaine constitue une véritable bouffée d’oxygène. Au plus fort des travaux, entre 2012 et 2016, les chantiers mobiliseront plus de 2 000 travailleurs à la fois, dont la majorité proviendront de la Côte-Nord.

Les retombées du projet sur l’économie québécoise sont évaluées à quelque 3,5 milliards de dollars. Plus du tiers de ces achats de biens et de services liés à la construction, soit environ 1,3 milliard de dollars, profiteront directement à des entreprises de la Côte-Nord. Afin de permettre à la région hôte de profiter à long terme de la réalisation du projet , Hydro-Québec a conclu avec les collectivités locales différentes ententes de partenariat visant le financement de projets de nature économique, communautaire ou culturelle, ainsi qu’un soutien à la pratique des activités traditionnelles et à la formation professionnelle dans le cas des communautés autochtones. Des ententes similaires ont été signées avec la MRC de Minganie et avec les collectivités innues d'Ekuanitshit, de Natashquan, d'Unamen Shipu et de Pakua Shipi.

Les activités engendrées par ce projet auront pour effet d’améliorer le bilan migratoire interrégional de la Côte-Nord. Se fondant sur les données publiées par l’Institut de la statistique du Québec, le Centre local de développement Minganie estime que le projet de la Romaine permettra à lui seul de freiner de moitié l’exode de la population vers les autres régions du Québec.

Un projet rentable ?

En cette période de ralentissement économique mondial, tout investissement majeur est scruté à la loupe par une batterie d’experts. Le projet de la Romaine n’y échappe pas. Les quatre centrales du projet ajouteront chaque année quelque huit térawattheures au bilan énergétique du Québec. Aurons-nous vraiment besoin de toute cette énergie ? Pourrons-nous vendre les surplus à bon prix aux réseaux voisins ?

Pour 2010, les besoins d’énergie pour l’alimentation des clients québécois sont évalués à environ 179 térawattheures, y compris les pertes d’électricité attribuables au transport et à la distribution. Si l’on tient compte d’une augmentation moyenne prévue de la demande d’électricité de l’ordre de 1 % par an, les besoins annuels en énergie pour le Québec s’établiront à un peu plus de 200 térawattheures en 2017, quelque trois ans avant la fin des travaux à la Romaine.

D’ici là, d’autres sources d’énergie seront dégagées afin de maintenir l’équilibre actuel. Dès cette année, la dérivation partielle de la rivière Rupert et les centrales Chute-Allard et Rapides-des-Cœurs auront ajouté six térawattheures à la capacité de production. En 2012, les centrales Eastmain-1-A, Eastmain-1 et la Sarcelle apporteront 3,2 térawattheures de plus. Enfin, d’ici 2016, l’intégration de la production des parcs éoliens devrait augmenter le bilan énergétique de 11,2 térawattheures. Au moment de la mise en service des derniers groupes turbines-alternateurs du projet de la Romaine, Hydro-Québec devrait donc disposer d’une marge de manœuvre appréciable.

En 2008, les exportations nettes d’Hydro-Québec totalisaient 8 % du volume des ventes, mais comptaient pour 32 % du bénéfice provenant des activités poursuivies de l’entreprise. Cela montre la rentabilité des exportations. De plus, l’émergence de nouveaux usages de l’électricité pourrait modifier la donne au chapitre de la croissance de la demande, au Québec comme ailleurs. L’énergie disponible pourrait favoriser une utilisation accrue de l’électricité dans le domaine des transports. À elle seule, la production de la Romaine pourrait alimenter près de la totalité du parc automobile du Québec si celui-ci devenait un jour électrique.

La question de la valeur de notre électricité sur les marchés de l’exportation a récemment été soulevée par le professeur Jean-Thomas Bernard, titulaire de la Chaire en économique de l'énergie électrique de l’Université Laval. Celui-ci observe avec justesse que la grande disponibilité de gaz naturel en Amérique du Nord pourrait nuire à la position concurrentielle de l’hydroélectricité québécoise. Actuellement, les centrales au gaz occupent une position concurrentielle enviable. Pour Hydro-Québec, cependant, les perspectives à moyen et à long terme demeurent très favorables pour les énergies renouvelables, dont l’hydroélectricité, malgré la situation économique difficile qui règne depuis l’automne 2008 et le repli majeur des prix des combustibles fossiles, comme le gaz naturel.

Au cours des dix prochaines années, l’évolution des différentes filières d'électricité dépendra de multiples facteurs qui échappent aux prévisions de nombreux experts : fermeté de la reprise économique, politiques environnementales et prix des hydrocarbures.

L’an dernier, le prix du baril de pétrole est passé de 145 dollars à 40 dollars en quelques mois. En dollars constants, c’est 25 % de moins que lors du choc pétrolier de 1980.

Compte tenu de l’appétit énergétique des pays en émergence et des pressions exercées par la lutte contre les changements climatiques, il est très difficile de prévoir à quel moment la production mondiale de pétrole commencera à décliner à cause de l'épuisement des réserves facilement exploitables. Les spécialistes les plus optimistes prévoient que cela se produira vers 2020, alors que d’autres estiment que le choc se fera sentir plus prochainement.

Dans un tel contexte, il ne fait aucun doute qu’il est rentable pour le Québec d’investir dans une source d’énergie propre et renouvelable.

Un choix environnemental

Outre sa contribution au dynamisme économique et sa rentabilité, le projet de la Romaine se distingue par son intégration harmonieuse des dimensions sociale et environnementale à une approche de développement durable.

À l’échelle mondiale, la demande d’électricité croîtra deux fois plus rapidement que celle pour les autres formes d’énergie. L'Agence internationale de l'énergie prévoit qu’elle doublera entre 2005 et 2030, augmentant de 33 000 térawattheures. Pour combler une telle demande, il faudra mettre en service chaque année l’équivalent d’une fois et demie la capacité de production actuelle d’Hydro-Québec.

Cette croissance ne saurait être freinée de manière notable par des efforts accrus en matière d’efficacité énergétique. Actuellement, 80 % de la population mondiale vit dans des pays en développement qui ne disposent que de 25 % de l’électricité produite dans le monde. Environ deux milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’électricité, ressource essentielle au développement des technologies de l’information.

Les pays riches doivent poursuivre leurs efforts pour améliorer leur performance énergétique, mais ils doivent aussi viser une répartition plus équitable des ressources. Malheureusement, les nouveaux besoins en électricité seront principalement comblés par des centrales thermiques au charbon ou par des centrales nucléaires. Dans un marché mondial de l’énergie de plus en plus intégré, la mise en service de nouvelles capacités de production propres et renouvelables contribue à préserver  l’environnement et à satisfaire les besoins énergétiques mondiaux.

Depuis 2001, les exportations d’Hydro-Québec dans le Nord-Est américain ont contribué à éviter l’émission de plus de 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES). Dans un contexte où les États-Unis et d’autres pays affirment leur volonté de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, le choix de l’hydroélectricité se justifie encore plus. D’ailleurs, dès 2002, lors du Sommet mondial des Nations unies sur le développement durable, les représentants de plus de 170 pays sont parvenus à un consensus en déclarant renouvelable l'énergie hydroélectrique, quelle que soit l’ampleur du centre de production. Soulignons en outre que, dans le cadre de leur 33e conférence annuelle, en septembre 2009, les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres de l’Est du Canada ont convenu que l’hydroélectricité était une source d’énergie renouvelable et qu’elle devrait être reconnue comme telle par les lois fédérales du Canada et des États-Unis.

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