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Énergie

Retour en force du gaz naturel

Gérard Mestrallet, président-directeur général, GDF SUEZ

Il semble que le gaz naturel soit appelé à demeurer la source d’énergie majeure de ce siècle et du suivant. Et que, dans un après-pétrole avec moins de nucléaire, cette énergie fossile occupera une place dominante dans l’offre énergétique mondiale, en complémentarité avec les énergies renouvelables.

Il semble que le gaz naturel soit appelé à demeurer la source d’énergie majeure de ce siècle et du suivant. Et que, dans un après-pétrole avec moins de nucléaire, cette énergie fossile occupera une place dominante dans l’offre énergétique mondiale, en complémentarité avec les énergies renouvelables.

Le paysage énergétique s’est modifié radicalement au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. D’après Gérard Mestrallet, pdg de GDF SUEZ, premier électricien non nucléaire au monde, les gaz non conventionnels ont changé la donne et, n’en déplaise à ses détracteurs, le gaz de schiste y figure au premier plan.

« Le nucléaire représente 15 % de la capacité de production électrique installée dans le monde. Ce pourcentage était déjà appelé à baisser, car il est de plus en plus coûteux de construire une centrale, et il baissera sûrement plus que prévu, de nombreux pays ayant décidé de revoir la sécurité de leurs installations nucléaires avant de lancer tout nouveau projet, voire de renoncer à ce type d’énergie, comme en Allemagne », explique-t-il.

Chez GDF SUEZ, on voit cette filière comme une façon de « produire de l’électricité en énergie de base, à un prix compétitif, sans CO2 », en association avec le gaz naturel et les énergies renouvelables. Mais le nucléaire ne représente que 10 % de la production électrique au sein du géant mondial et seulement 3 % de son chiffre d’affaires, qui atteint les 14 milliards d’euros. « Notre Groupe est avant tout le leader mondial du non-nucléaire», insiste M. Mestrallet.

Un leader dans l’industrie gazière, mais aussi dans ses complémentarités, c’est-à-dire les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Un leadership confirmé avec son rapprochement de la britannique International Power, en 2011. « Nous sommes engagés de longue date dans le développement des énergies renouvelables. Sur les 15 000 MW de capacités de production d’électricité en construction à travers le monde, près de 6 000 MW intègrent le recours aux énergies renouvelables », précise M. Mestrallet.

L’énergie hydraulique est au deuxième rang dans le portefeuille de production électrique du Groupe, après le gaz naturel. « Nous développons et exploitons des installations hydroélectriques depuis plus de 30 ans et avons participé à plus de 700 projets hydroélectriques à travers le monde. Le Groupe est très présent en Amérique latine, notamment au Brésil, où il est le premier producteur privé d’électricité du pays. Nous nous sommes aussi beaucoup développés dans l’éolien et la biomasse. »

Gérard Mestrallet rappelle le choix de l’Union européenne d’une croissance peu carbonée et économe en énergie. En France, près de 60 % du parc de production de l’entreprise est constitué par des renouvelables. « Si notre Groupe est nº 1 dans les centrales à gaz dans l’Hexagone, il l’est aussi dans l’éolien en plus d’être nº 2 dans l’hydraulique. Nous y avons également développé de nombreux projets dans le solaire et la biomasse. » GDF entend s’y déployer encore davantage : « Nous avons décidé de renforcer notre ambition en augmentant nos capacités installées renouvelables de 50 % d’ici 2015 par rapport à 2009. »

« La consommation mondiale d’énergie a augmenté de plus de 5 % en 2010, tandis que les émissions de CO2 ont atteint leur plus haut niveau historique, fait remarquer Gérard Mestrallet. C’est l’occasion de renforcer et de développer les métiers qui seront les nouveaux relais de croissance de demain : l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ces dernières seront indispensables dans la mise en œuvre d’une économie peu carbonée. »

LIMITES DU RENOUVELABLE

Mais les défis demeurent et la carte du renouvelable, parfois plus coûteuse que les autres formes de production d’électricité, n’est pas une panacée. « La solution qui permettrait de stocker l’électricité n’a pas encore été inventée et aucune production d’énergie ne cumule sécurité d’approvisionnement, protection environnementale et compétitivité. À moyen terme, les énergies renouvelables ne pourraient à elles seules se substituer aux énergies fossiles et au nucléaire, car elles sont par nature intermittentes, comme l’éolien ou le solaire. C’est pourquoi nous sommes convaincus que la bonne solution est un portefeuille énergétique diversifié et équilibré avec le nucléaire en énergie de base, associé au gaz et aux énergies renouvelables. »

Le gaz naturel est ainsi appelé à demeurer en position de force dans l’offre énergétique mondiale. « Il est une source énergétique fondamentale pour l’Europe et pour le monde entier, et cette situation devrait se renforcer dans un proche avenir. En outre, il fait partie des sources d’énergie qui ont le moins d’impact en ce qui a trait à l’émission de CO2 et qui complètent le mieux les énergies renouvelables. »

Gérard Mestrallet se réfère à l’étude Low Nuclear de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui articule trois scénarios. Le gaz apparaît dans chacun comme la seule énergie fossile en croissance : « Sa part dans le mix énergétique est constante à 22-23 % dans les 3 scénarios, alors que celle des énergies renouvelables et du charbon dépend fortement des politiques de lutte contre le changement climatique. »

Et cet avenir se trouve modifié sous l’action des gaz non conventionnels, qui, selon l’AIE, élèvent les ressources en gaz naturel à l’équivalent de 250 années de production. « Même si les énergies renouvelables se développent fortement, les énergies fossiles resteront longtemps essentielles dans le mix énergétique mondial, alliées à une consommation d’énergie plus rationnelle et au développement de l’efficacité énergétique. »

GAZ DE SCHISTE

La filière gaz de schiste, soumise à un moratoire en France et contestée un peu partout dont au Québec, demeure donc très présente et très vivante dans le paysage énergétique. Aux États-Unis, le gaz de schiste, avec ses prix très faibles, a rehaussé la compétitivité énergétique du pays. « Je trouve dommage qu’en France on ait refermé ce dossier avant même de l’avoir ouvert, sans connaître au préalable le potentiel de gaz naturel dans le sous-sol français. »

Gérard Mestrallet a déjà martelé que la France n’a ni charbon, ni pétrole, ni gaz. Et l’AIE a publié une étude estimant que les deux pays d’Europe qui pourraient, en théorie, avoir le plus gros potentiel en matière de réserves de gaz non conventionnels sont la France et la Pologne. « L’État devrait expertiser les différentes technologies d’extraction et n’autoriser que celles qui préservent l’environnement, sous le contrôle des pouvoirs publics », prône-t-il, remarquant que : « Les mentalités évoluent, sous l’effet des groupes de travail d’experts et de scientifiques missionnés sur ce sujet ». D’autant qu’il faut préparer l’après-pétrole. « De manière générale, anticiper l’épuisement des énergies fossiles et développer les économies d’énergie doivent être la priorité de toute politique énergétique, même si le progrès scientifique et l’exploitation du gaz non conventionnel ont contribué à augmenter considérablement les réserves », dit Gérard Mestrallet. Il se montre toutefois prudent lorsque invité à situer la place que devrait occuper le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta dans le calcul de ces réserves. « Il convient à chaque partie prenante, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un État, de définir son mix énergétique. Nous sommes présents dans l’exploration-production de gaz naturel, mais nous n’avons pas choisi de faire des sables bitumineux un axe de notre développement et nous ne disposons pas d’expertise spécifique dans ce domaine. »

PRÉSENCE NORD-AMÉRICAINE

GDF SUEZ emploie quelque 80 000 personnes dans une trentaine de pays. Au Canada et au Québec, dans le domaine du gaz naturel, le géant de l’énergie est partenaire du projet Rabaska, qu’il a lancé en 2005 en partenariat avec Gaz Métro et Enbridge. Ce projet consiste à développer un terminal méthanier sur le fleuve Saint-Laurent, afin d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL). Un projet qui évolue au ralenti. « Depuis, le marché du gaz en Amérique du Nord a connu un véritable bouleversement, notamment avec l’émergence du gaz non conventionnel, de sorte que l’intérêt d’une importation de GNL pour le Québec dans les conditions actuelles a été très substantiellement réduit », nous résume M. Mestrallet.

Dans ce segment, il rappelle que « le Canada dispose d’un terminal de regazéification sur la côte Est et a importé l’équivalent de 40 cargaisons de GNL en 2011, car certains terminaux d’importation de GNL sont indispensables pour alimenter des régions éloignées des principaux réseaux de transport de gaz naturel. C’est aussi le cas de la Nouvelle-Angleterre aux États-Unis, où se situe notre terminal d’Everett, à Boston. A contrario, on parle d’exportation sous forme de GNL, grâce aux nouvelles ressources de gaz naturel dans certaines régions d’Amérique du Nord (golfe du Mexique ou Ouest canadien), dès 2016-2017. Nous restons attentifs aux projets d’exportation qui pourraient voir le jour au Canada, en particulier en Colombie-Britannique. »

Dans le domaine de la production d’électricité, GDF SUEZ dispose de 475 MW de capacité installée, sous la forme de parcs éoliens et d’une centrale à cycle combiné au gaz naturel (112 MW), situés dans les provinces Maritimes et en Ontario. « Nous poursuivons notre développement par la construction de nouvelles installations éoliennes et solaires, d’une capacité totale de 310 MW, en Ontario et en Colombie-Britannique. »

Avec le Plan Nord du gouvernement québécois de Jean Charest, ou l’accord de libre-échange qui sera éventuellement conclu entre le Canada et l’Union européenne, les occasions seraient nombreuses. « Nous sommes attentifs aux possibilités offertes par votre pays, dans l’éolien notamment, et nous nous tenons prêts à relever les défis énergétiques mis en avant par le gouvernement du Québec et le Plan Nord de manière générale », conclut le pdg de GDF SUEZ.

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