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le pacte qui a changé le commerce

En fait, il devrait avoir 150 ans n’eut été d’une regrettable dérive commise par l’Angleterre, dont nous étions une colonie à l’époque et qui a sympathisé avec les Sudistes lors de la guerre de sécession. En effet, depuis 1854, nous pratiquions une sorte de libre-échange avec les États-Unis : cela s’appelait la réciprocité. Pendant une décennie, notre économie a prospéré grâce aux ventes à nos voisins du Sud, qui constituaient déjà un marché vaste et prospère.

En fait, il devrait avoir 150 ans n’eut été d’une regrettable dérive commise par l’Angleterre, dont nous étions une colonie à l’époque et qui a sympathisé avec les Sudistes lors de la guerre de sécession. En effet, depuis 1854, nous pratiquions une sorte de libre-échange avec les États-Unis : cela s’appelait la réciprocité. Pendant une décennie, notre économie a prospéré grâce aux ventes à nos voisins du Sud, qui constituaient déjà un marché vaste et prospère.

Nous en avons perdu l’accès en 1865, car les Yankees du Nord, après leur victoire, n’ont pas pardonné aux Britanniques leurs tendances sudistes. Cette fracture ayant occasionné au Canada français un surplus de main-d’œuvre, les Américains ont fort intelligemment recruté ici des travailleurs excédentaires. Notre démographie était alors galopante, et les francophones n’étaient pas particulièrement bien vus dans l’Ouest canadien. Le Québec a alors vu s’accélérer l’exode d’un large pan de sa population, à tel point qu’aujourd’hui, il y a pratiquement autant de descendants québécois aux États-Unis qu’il y en a ici. Sans cet accident historique, le Québec aurait connu en même temps Céline et Madonna !

Après ce bouleversement est née une soi-disant « confédération », qui n’en n’était pas une, et la « national policy », à l’opposé du libre-échange. Cette politique, grossièrement protectionniste, tablait sur un commerce par étapes de l’est vers l’ouest : de Londres à Halifax puis à Montréal et Toronto et encore vers l’ouest.

Cette stratégie était économiquement et géographiquement absurde. Quand on a à quelques centaines de kilomètres au sud ce qui se dessine déjà comme une grande puissance formant un alléchant marché, on ne cultive pas la fermeture.

Un Québécois, Wilfrid Laurier, successeur du protectionniste Macdonald, eut la sagesse de se rendre compte de -l’incongruité de cette politique. Il proposa donc de nouveau la « réciprocité » à l’élection de 1911, qu’il perdit, pour notre plus grand désavantage. Tous ces épisodes protectionnistes et bien d’autres illustrent les torts économiques et humains infligés à notre nation par certaines politiques fédérales. Aucune péréquation ne compensera jamais ces pertes abyssales. Même Mackenzie King, libéral comme Laurier, qui avait pourtant pris conscience de l’erreur et souhaitait la réparer, fut incapable de rétablir le libre-échange après la Deuxième Guerre mondiale.

Par ailleurs, en 1965, on instaura une sorte de libre-échange avec les États-Unis, mais pour un seul produit : l’automobile, fabriquée à 100 % en Ontario ! Cette formule, -établie par l’AutoPact, dura jusqu’à sa condamnation par l’omc en 2001. Ces nouvelles années perdues pour le Québec permirent à l’Ontario de dominer économiquement le Canada et de surclasser le Québec durant des décennies. Ce n’est que grâce à un vaillant combat de notre État national pour la diversification économique et la consolidation du « Québec Inc. » que les dégâts ont pu enfin être limités.

J’ai affirmé pendant des décennies que sans l’automobile, le taux de chômage ontarien aurait toujours dépassé celui du Québec. C’est sans joie que j’ai vu la crise de 2007 me donner raison, et c’est toujours le cas. Car l’Ontario ne nous dépasse plus depuis des années. En effet, notre taux de chômage, de 14 % quand j’ai été nommé ministre des Finances, en 1996, était tombé à environ 8 % quand j’ai quitté le pouvoir en 2003, et il s’est stabilisé à ce niveau. Les Québécois jouissent aujourd’hui, grâce à la répartition de la richesse qui prévaut dans la province et à son virage technologique, d’un niveau de vie supérieur ou égal à celui des Ontariens.

Il est évident que le rattrapage s’est accéléré de façon spectaculaire au cours du quart de siècle de libre-échange. Le Québec, bien inspiré, a appuyé massivement Brian Mulroney, Québécois comme Laurier, qui a fait du traité un enjeu électoral majeur. Curieusement, le parti Libéral a d’ailleurs pris position contre. Pour des raisons évidentes évoquées plus haut – le libre-échange était déjà au cœur de son économie – l’Ontario a voté massivement contre.

Au Québec, seul le monde agricole et les syndicats se sont opposés à l’époque au traité proposé. Dans le premier cas cela se -comprend : l’agriculture constitue le volet le plus complexe de la science économique, et les données incontrôlables du climat rendent les agriculteurs méfiants envers la libre circulation. Et cela, même si le Québec est un respectable exportateur agro--alimentaire malgré la détérioration inquiétante de notre balance agricole au cours des dernières années.

Quant aux syndicats, leur protectionnisme de l’époque, dans la tradition du syndicalisme étasunien, n’avait aucune base logique. Il est tout à leur honneur d’en avoir enfin pris acte afin d’évoluer. En effet, il est évident qu’un nombre incalculable de leurs membres le sont devenus grâce au libre-échange, qui leur a procuré de bons emplois bien rémunérés.

Une nation de huit millions d’habitants dotée d’une économie moderne et diversifiée ne peut pas être protectionniste. Nous exportons actuellement 50 % de tout ce que nous produisons. Les matières premières, toujours intéressantes, qui dominaient nos ventes avant notre virage technologique, sont dépassées par les produits à haute valeur ajoutée davantage liés à la science et à la technologie que ceux dont la nature nous a généreusement fait cadeau.

Le libre-échange fut donc le déclencheur du bond réalisé par nos ventes en direction du Sud, alors que celles effectuées vers le reste du Canada sont stables. Au lieu de « Sud », il faut maintenant dire « Sur » – l’équivalent espagnol –, car le premier traité a conduit à la signature de l’alena. Notre marché libre ne regroupe ainsi plus seulement 35 millions de consommateurs, mais 435 millions, et sans douanes pour les freiner.

Par le libre-échange qui se dessine avec l’Union européenne, nous nous approcherons du milliard de clients potentiels sans barrières ni tarifs. Ce n’est pas la population chinoise à l’égard du nombre, mais c’est beaucoup plus à l’égard du pouvoir d’achat.

Aux adversaires de ce nouveau traité, je conseille de relire les arguments négatifs des années 1980 dont s’inspirent encore certains d’entre eux. Nous risquerions de perdre notre système de santé, celui de l’Éducation, notre démocratie ? Comme si l’Europe était un désert en ces domaines ! Oui, il y a des précautions à prendre en matière de culture, d’environnement, de protection sociale, mais n’oublions pas que souvent, les Européens nous dépassent sur ces fronts. Un nouveau et intéressant quart de siècle de fluidité pourrait bien s’offrir à nous.

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