Économie

Quel type de croissance ?

Quel type de croissance ?

Personne n’est aujourd’hui capable de prévoir le moment où nos économies sortiront de la crise… Les uns perçoivent les premiers frémissements annonciateurs d’une reprise possible dès l’an prochain. D’autres redoutent les possibles rechutes d’un système financier qui reste fragilisé par 4 000 milliards de dollars d’actifs « toxiques ».

Le moment viendra à coup sûr, car les plans de sauvetage et de relance mis en œuvre par la plupart des gouvernements finiront par porter leurs fruits. Et la demande mondiale, expression de besoins immenses, est toujours latente.

Mais la question qui me préoccupe est de savoir si, après la crise, tout va recommencer comme avant, ou si nous saurons au contraire inventer un nouveau modèle de croissance et, pour être clair, accomplir la révolution écologique à laquelle nous ne pouvons nous soustraire.

Le risque de retrouver nos habitudes et de renouer avec nos « bonnes vieilles » méthodes de production et de consommation est grand. Or, c’est la voie de la facilité. C’est aussi celle de la catastrophe annoncée. Car, malgré les bonnes résolutions affichées par certains États et la prise de conscience qui s’amorce chez d’autres, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter allégrement. Si la tendance actuelle se maintient, nous risquons de ne pouvoir éviter un réchauffement climatique de quatre à cinq degrés d’ici la fin du siècle. Et les conséquences en seraient mortelles.

Vivre autrement

Il nous faut donc changer de modèle, de « logiciel » de croissance. Ce qui implique une véritable révolution dans nos modes de vie. Il va falloir apprendre à habiter autrement en maîtrisant un étalement urbain qui multiplie coûts et pollution ; à nous déplacer autrement en privilégiant, dans l’espace urbain, les transports collectifs plutôt que l’usage du véhicule individuel ; à construire autrement des habitations ou des bureaux à énergie positive ; à produire autrement en économisant toutes les ressources rares : l’énergie, mais aussi les matières premières et l’eau ; à consommer autrement, c’est-à-dire à gaspiller moins, à rejeter moins de déchets et à les recycler systématiquement.

Bref, il va falloir vivre autrement. Sobriété ne signifie pas austérité, au contraire. Une vie plus respectueuse de notre environnement peut être moins superficielle, moins stressée, plus conviviale, plus harmonieuse. Et la recherche d’un nouveau modèle de croissance passe à coup sûr par l’innovation, le progrès des technologies vertes et l’économie créative, dont le champ est immense : créations numériques des industries des télécommunications, des logiciels, du multimédia ; industries culturelles du cinéma, de la musique, de l’édition ; arts vivants, arts plastiques, design, architecture ; tourisme créatif, gastronomie, relations publiques, publicité…

Le concept d’économie créative, pour flou qu’il soit encore, inspire de nombreuses recherches et de multiples initiatives. Plusieurs métropoles s’efforcent de se positionner, face à la concurrence internationale, comme « villes créatives », à l’image de Lyon ou de Bordeaux, pour prendre deux exemples français. Montréal a déjà une longueur d’avance dans ce domaine.

La révolution technico-écologique

Je voudrais insister ici sur le couple numérique-écologique, dont la relation a été mise en évidence dans un rapport gouvernemental publié récemment en France.

En première analyse, l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur l’environnement est négatif, à un double titre au moins. D’abord, la consommation d’énergie électrique liée aux TIC est importante : le rapport l’évalue à 13,5 % de la consommation totale d’électricité par les applications finales (7,8 % de la consommation d’électricité de l’Union européenne, selon une communication de la Commission de Bruxelles), et cette consommation a augmenté au rythme soutenu d’environ 10 % par an durant les dix dernières années. Le rapport ajoute que l’arrivée de la télévision numérique terrestre (TNT) et de la haute définition (HD) ne permet pas d’espérer un ralentissement à court terme de cette consommation.

En second lieu, la filière informatique produit des quantités considérables de déchets toxiques dont la récupération et le traitement n’ont pas le niveau d’efficacité souhaitable. La priorité est donc d’agir d’abord pour réduire l’impact négatif des TIC en optimisant leur consommation énergétique, qu’il s’agisse des téléviseurs, des ordinateurs ou des boîtiers d’accès Internet des ménages, ou des centres de calcul, dont la chaleur émise, entre autres, est rarement récupérée.

Toutefois, il faut aussi prendre conscience que les TIC peuvent jouer un rôle positif en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon certaines estimations, l’économie pourrait atteindre de une à quatre fois la quantité de ces émissions.

Comment ? Les applications possibles sont multiples : le courrier électronique, bien sûr, la dématérialisation des formalités administratives (les déclarations d’impôt, par exemple), le commerce électronique, l’électronique dans les véhicules ou dans les habitations (au moyen de la domotique, à condition de maîtriser la consommation en veille) ; mais aussi le télétravail, la téléconférence et les médias en ligne ; la gestion intelligente des locaux professionnels, publics ou privés ; les réseaux électriques intelligents…

Plusieurs études d’envergure mondiale (Smart 2020) ou européenne donnent des indications intéressantes sur les économies de C02 qu’entraîne un usage innovant des TIC. Selon la Commission européenne, « en assurant la surveillance et la gestion directe de la consommation d’énergie, les TIC permettraient de réduire de 17 % la consommation énergétique des bâtiments dans l’Union européenne, et de 27 % les émissions de carbone dans la logistique des transports ».

En informatique, des solutions nouvelles telles que les clients légers (ordinateurs dépourvus de disque dur et dépendant de serveurs centraux pour le traitement des données), le calcul distribué et les technologies de virtualisation offrent la perspective de réduire les doubles emplois qui existent dans les systèmes actuels.

Les conclusions de ces études ne sont pas toutes convergentes. Mais il est d’ores et déjà certain que l’informatique verte et les TIC seront un outil puissant au service de la révolution écologique qui s’impose.

Alain Juppé est président de la Commission du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France.

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