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L'exemple vient de haut…

Toutes les économies du monde sont frappées – et peut-être à long terme – par les conséquences collatérales de l’abyssale dette du gouvernement fédéral américain, laquelle, dépassant les 16 200 milliards de dollars, se dirige vers la « falaise budgétaire ». Les finances publiques de plusieurs États sont aussi dans une situation alarmante. À elle seule, la dette des États-Unis, première économie du monde, atteint plus de 100 % du pib de ce pays !

Toutes les économies du monde sont frappées – et peut-être à long terme – par les conséquences collatérales de l’abyssale dette du gouvernement fédéral américain, laquelle, dépassant les 16 200 milliards de dollars, se dirige vers la « falaise budgétaire ». Les finances publiques de plusieurs États sont aussi dans une situation alarmante. À elle seule, la dette des États-Unis, première économie du monde, atteint plus de 100 % du pib de ce pays !

Au-delà de ses effets d’ordre mathématique et macro-économique, ce chaos sans précédent produit également un impact plus pervers, quasi impossible à chiffrer, mais aux conséquences encore plus profondes, découlant du mauvais exemple donné aux autres gouvernements du monde. On peut regarder de haut la Grèce, avec sa minuscule et tragique économie, mais celle-ci peut légitimement évoquer, comme bien d’autres, la mauvaise inspiration étasunienne.

Durant des décennies, les États-Unis avaient pourtant été un modèle de rigueur et de gestion sage. Ils ont longtemps incarné avec solidité la dignité des aaa qu’ils ont récemment perdus. La rigueur de la gestion de ce grand pays lui valait un degré de confiance qui a fait de lui le banquier mondial de facto pendant des années. Et cela, avant même les Accords de Bretton Woods, où le sacre officiel du « roi dollar » confirma sa domination. Dès lors, In God we trust équivalait à In usa We Trust, et pour longtemps.

Il faut reconnaître que du haut de leur prestige, les États-Unis, assis sur leurs extraordinaires succès économiques, culturels et scientifiques, avaient tout pour incarner la gestion rigoureuse et responsable. Ayant accumulé et conservé la plus importante réserve d’or du monde, ils étaient en mesure de nous fournir une véritable monnaie mondiale d’une valeur réelle et durable, le fameux « 35 $us l’once d’or ». Cet état de fait dura jusqu’au-delà de 1970.

Pour maintenir une telle crédibilité à l’échelle planétaire, même en pleine guerre froide et avec le tiers de l’humanité sous régime communiste, on ne pouvait se contenter de faire semblant. La possession d’or étant à la base du système, il fallait, pour en accumuler, avoir des excédents commerciaux, accompagnés d’une dette étatique raisonnable. En fait, à cette époque glorieuse, la dette fédérale tournait plutôt autour de la moitié du pib, parfois même du tiers. On respectait la fameuse règle de Nigel Lawson, le chancelier britannique de l’Échiquier qui avait la lucidité de stigmatiser le double déficit, étatique et extérieur.

Encore aussi récemment que sous la présidence de Bill Clinton, les finances américaines étaient pratiquement équilibrées. Que s’est-il donc produit pour que l’empire connaisse une telle débâcle ? En fait, il s’agit d’une combinaison de convergences idéologiques et de choix stratégiques catastrophiques. Le président Bush numéro deux et son équipe croyaient fermement que moins l’on payait d’impôt et moins l’État réglementait, plus la toute-puissante « main invisible » ferait tourner la machine à créer de la richesse, et même à la répartir ! Or, il s’est avéré que non seulement ce néo--libéralisme poussé n’a pas créé la richesse escomptée, mais de surcroît, la non-répartition de la richesse qui l’a accompagné allait déclencher la pire crise mondiale depuis 1929.

Le coup de grâce budgétaire fut donné par la vaine et catastrophique entreprise irakienne, où même le progressiste Tony Blair se laissa entraîner par les fausses rumeurs qui avaient berné Américains et Britanniques, entre autres nations. Si Saddam Hussein y laissa la vie, à la grande satisfaction de son ennemi juré Ben Laden, l’Irak n’est toujours pas sorti du marasme où cette aventure l’a plongé ; tout y est même pire qu’auparavant. C’est cet incroyable fourvoiement qui a amorcé le dévoiement des finances publiques.

Après des années d’exemplarité, la gouvernance américaine, qui avait réussi à maintenir le quasi plein emploi jusqu’en 2008, devint un des cancres mondiaux en matière de gouvernance, érigeant en exemple son dangereux laxisme. C’est ainsi que les États-Unis ont entraîné le monde entier – mis à part certaines puissances montantes – dans le désarroi économique. Malgré ses universités, les meilleures du monde, ses recherches, les plus avancées, et une démocratie respectable, ce pays fut l’épicentre d’une crise économique dont nous ne sommes pas encore sortis.

Pour le Canada et le Québec, c’est évidemment plus mathématique. Nous avons eu la chance d’avoir comme client, et dans un contexte de libre-échange, une économie qui, même mal en point, demeure le plus grand marché de la planète. Toutefois, dans cette conjoncture, nous sommes touchés par contagion, et la nécessaire diversification se fait toujours attendre malgré tous nos efforts. Le libre-échange avec l’Europe, solution alléchante, semble heureusement se rapprocher.

Que les ventes aient baissé en premier lieu aux États-Unis à cause d’une conjoncture désastreuse, c’est normal. Mais l’autre volet de la négligence américaine nous a également nui, le double déficit américain ne pouvant pas ne pas toucher la demande du dollar, et donc sa valeur.

Quand on achète plus qu’on ne vend, que l’on est débiteur tous azimuts et que la Chine détient à elle seule le tiers des bons du Trésor américain, le dollar américain ne peut que vaciller. C’est ainsi que la devise canadienne l’a rejoint, voire dépassé. Nos fabricants exportateurs en payent le prix fort, et la croissance famélique du Québec cette année découle directement de ces dérives américaines.

Ainsi, quand on se prend pour le leader, voire le gendarme de l’humanité, on doit en assumer pleinement les responsabilités – ce qu’ont négligé de faire les Américains depuis quelques décennies. Il est vrai que Barack Obama n’adhérait pas aux doctrines perverses de George W. Bush. Mais il a dû s’adapter au système existant et aux conséquences de la présidence antérieure. Maintenant qu’il est réélu pour un dernier mandat, voici peut-être une occasion exceptionnelle de remettre la maison en ordre, avec courage et sans craindre la défaite. S’il le fait, il méritera encore davantage son prix Nobel, et le monde entier lui en sera reconnaissant. Mais dans un système parlementaire aussi complexe, habité par tant de fanatisme idéologique, la partie n’est pas jouée. God bless America. ×

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