Le néologisme le plus entendu à Londres ces derniers mois a été « Brexit » (=British exit), c’est-à-dire le retrait possible de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (ue). En janvier 2013, dans un discours attendu depuis longtemps, le premier ministre David Cameron a promis un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’ue, advenant que les conservateurs l’emportent aux prochaines élections générales.

Le néologisme le plus entendu à Londres ces derniers mois a été « Brexit » (=British exit), c’est-à-dire le retrait possible de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (ue). En janvier 2013, dans un discours attendu depuis longtemps, le premier ministre David Cameron a promis un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’ue, advenant que les conservateurs l’emportent aux prochaines élections générales. Il a déclaré qu’un gouvernement conservateur renégocierait l’adhésion du pays à l’ue pour créer une relation plus souple, plus adaptable et plus ouverte, et qu’il demanderait le vote sur cette question d’ici la fin de 2017.

Comment perçoit-on dans le monde cette sortie possible de l’Union, ce « Brexit » ?

Philip H. Gordon, Secrétaire d’État adjoint aux Affaires européennes, a sommairement résumé la position de Washington comme suit : « Nous appuyons une présence britannique forte dans une Union européenne forte. »

À Varsovie, depuis la chute du mur de Berlin, la politique polonaise consiste à renforcer la position de la Pologne au coeur de l’Europe par une alliance avec la France et l’Allemagne. Dans un discours souvent cité tenu en septembre 2012, Radek Sikorski, ministre des Affaires étrangères de la Pologne, a déclaré au Palais Bleinheim que le Royaume-Uni aurait certes les coudées plus franches à l’extérieur de l’ue, mais aux dépens de son pouvoir et de sa liberté. Les Polonais comprennent qu’on ne peut pas -diriger sans être aux -commandes. Ils insistent sur la solidarité entre pays membres et non membres de la zone euro, ce qui ne signifie pas pour autant que le rythme d’intégration doive être le même pour tous – pour les Polonais comme pour d’autres, il existe une différence entre une Europe asymétrique « à plusieurs niveaux » et une Europe multiforme « à plusieurs vitesses ». Ils rejettent la première, mais la seconde leur semble acceptable.

À Paris et à Berlin, la priorité va à la survie de la zone euro et de la monnaie unique.

Si, pour les Français, le Royaume-Uni joue un rôle de premier plan dans la politique étrangère et en matière de défense, ils sont souvent consternés par le penchant des Britanniques pour le libéralisme et la domination des marchés. Le gouvernement français condamnerait toute tentative de leur part de dilution des mesures de protection sociale dans un marché unique, comme l’a déclaré Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères : « Nous souhaitons que les Britanniques puissent apporter des éléments positifs à l’Europe... Mais on ne peut pas faire l’Europe à la carte. »

Au cours de la dernière année, en Allemagne, le gouvernement d’Angela Merkel a opté pour un plus grand pragmatisme dans ses rapports avec l’ue tandis qu’il s’efforçait de gérer les retombées de la crise liées au sauvetage de la Grèce. Il semble en effet que l’on ait réaffirmé les intérêts nationaux de l’Allemagne au sein des institutions de l’ue. En même temps, du point de vue des Allemands, le Royaume-Uni (ru) semble avoir « quitté la pièce » : ne disposant pas d’un levier de pouvoir suffisant pour négocier, ce pays est perçu comme ayant par rapport à l’Europe une stratégie dilatoire plutôt qu’une stratégie de retrait.

Le président du Conseil européen, Herman van Rompuy, dans un discours prononcé dans la City de Londres fin février 2013, a recouru à la métaphore suivante : « Comment convaincre une pièce remplie d’invidus alors que votre main est sur la poignée de la porte ? Comment encourager un ami à changer si vous cherchez déjà votre manteau des yeux pour sortir ? » Il tentait d’illustrer que la sortie des zones existantes de coopération n’est« pas seulement une affaire à régler entre Bruxelles et Londres, mais [qui] influera sur les liens entre le ru et 26 autres pays, bientôt 27 ». « Vous devrez plaider votre cause auprès de chacun d’eux », a-t-il prévenu.

L’on pourrait avancer que les effets à plus long terme à ce jour des doutes britanniques quant à leur adhésion ont consisté à pousser le ru toujours plus loin en marge des discussions stratégiques actuelles de l’ue et de renforcer la perspective d’une Europe asymétrique. Pour résoudre la crise de la zone euro, les gouvernements de l’Union ont pris conscience que l’on ne peut pas se contenter de coordonner la politique économique ; elle doit aller plus loin et garantir davantage de transparence dans la prise des décisions finales, ainsi que prévoir un mécanisme de supervision unique conçu pour les pays de la zone euro, mais qui soit également applicable aux autres pays de l’Union. Pour le Royaume- Uni, le danger réside en ceci que l’union bancaire englobera tôt ou tard presque tous les pays membres actuels – il semble en effet que 25 des 27 pays de l’Union pourraient y participer. Les Britanniques ont toujours soutenu que le principal avantage de l’Union résidait dans la création d’un marché unique. Toutefois, selon de nombreux analystes, il est difficile de dissocier le marché unique de l’union bancaire. Lord Kerr, l’ancien représentant permanent du ru auprès de l’ue, estimait pour sa part qu’il n’y avait pas de réelle distinction.

Au cours des 18 prochains mois, le gouvernement du Royaume-Uni examinera l’équilibre des compétences de l’ue, c’est-à-dire qu’il vérifiera les gestes de l’ue et ses répercussions sur le ru. Cette analyse détaillée vise à cerner clairement la manière dont les intérêts nationaux du ru interagissent avec le rôle de l’ue, particulièrement en période de grands changements au sein de l’Union. Du point de vue du ru, sa relation avec l’ue est transactionnelle. Pour d’autres, l’Europe constitue un modèle de conciliation. À bien des égards, l’aspect le plus important du discours du premier ministre Cameron sur l’ue portait sur le rejet spécifique de l’engagement, dans le Traité de Rome, à « établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Selon David Cameron, les Britanniques ont plutôt foi en une union souple de pays membres libres qui partagent des traités et des institutions et qui tendent ensemble vers un idéal de coopération.

Ces points de vue divergents – soit un engagement durable envers la solidarité européenne exprimé dans le cadre d’une union économique et politique forte, soit une coopération moins contraignante et plus utilitaire – façonneront le débat au cours des prochaines années au sein de l’ue. Il reste à voir dans quelle mesure le Royaume-Uni exercera une influence réelle quant à l’orientation future de l’Union. ×

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