Drôle de titre pour un article sur la conjoncture économique. Je l’emploie en souvenir d’un grand économiste de l’Université de Montréal, aujourd’hui décédé, qui avait coutume de répéter : « Quand les États-Unis éternuent, l’Ontario tousse et le Québec attrape une pneumonie ! »

Drôle de titre pour un article sur la conjoncture économique. Je l’emploie en souvenir d’un grand économiste de l’Université de Montréal, aujourd’hui décédé, qui avait coutume de répéter : « Quand les États-Unis éternuent, l’Ontario tousse et le Québec attrape une pneumonie ! »

Dans le temps, ce sage avait parfaitement raison, et son image était pertinente. Soit dit en passant, c’est à ce même professeur que je dois de n’avoir jamais même flirté avec le communisme, car il avait constaté l’inefficacité de ce système qui allait imploser plusieurs décennies plus tard. Il ne se doutait pas, par ailleurs, qu’un jour viendrait où la pneumonie sévirait chez les Américains, la toux serait ontarienne et les simples éternuements, québécois. Or, c’est ce que nous vivons dans la foulée de la crise de 2007.

Il est clair que le Québec, en raison de divers facteurs essentiellement à moyen et à long terme, a moins souffert des perturbations que ses voisins immédiats du Sud comme de l’Ouest.

Par rapport aux Américains, si nous nous tirons mieux d’affaire, c’est que nous savons mieux qu’eux répartir la richesse : de fait, 99 % des Québécois ont un niveau de vie supérieur à 99 % des Américains. Ce fait, en apparence étonnant, est mathématiquement inéluctable lorsqu’une portion infime de la population accapare une part démesurée de la richesse. C’est cette erreur idéologique et stratégique grossière qui, en trois décennies, a fait passer de un à trente, puis à trois cents l’écart entre le salaire moyen et le plus élevé au sein d’une entreprise. Un honnête ingénieur qui gagne 80 000 dollars par an a dû s’habituer à voir son patron gagner 34 millions.

Si ce n’était que de la honteuse injustice sociale de tels agissements, ce serait déjà déshonorant pour la première puissance du monde. Mais il se trouve qu’en outre, les conséquences économiques de ces indéfendables disparités ont des répercussions néfastes sur tout l’Occident. Si les travailleurs américains ne sont pas payés équitablement, comment pourront-ils, par leur consommation, renouer avec la croissance et la maintenir ? Une transformation majeure, économique et même culturelle, s’impose donc. Autrement, la pneumonie pourrait bien se transformer en tuberculose chronique. L’économie du Québec serait ainsi contaminée à long terme et notre anémique croissance actuelle perdurerait, avec des conséquences économiques et sociales faciles à imaginer.

Le fait que l’Ontario, qui ne constitue certes pas un marché aussi important que les États-Unis, soit actuellement en proie à des quintes de toux a néanmoins des retombées non négligeable sur nos ventes, ses difficultés respiratoires étant profondes et durables. En effet, les Ontariens se sont, depuis quelques années, engagés dans le périlleux gouffre du déficit gouvernemental. Ils sont douze millions… et il leur manque 14 milliards de dollars par an pour boucler leur budget ! Comparativement au simple milliard de déficit – par ailleurs appelé à disparaître – de notre gouvernement provincial pour huit millions d’habitants, il s’agit d’un abîme potentiellement tragique. Au vu de cette situation, les inlassables détracteurs de nos politiques du déficit zéro auraient intérêt à lire la presse ontarienne actuellement…

Ainsi, nos clients du Sud et de l’Ouest ne sont pas en position d’exemplarité, loin s’en faut. Il faut dire toutefois que l’Ontario s’apprête à changer de direction et que ses relations avec ses enseignants, notamment, illustrent l’influence de la discipline québécoise des quinze dernières années. Qui l’eût cru, après des années de condescendance à notre égard ! Si l’on ajoute à cela le malaise du secteur de l’automobile, quasi mono-industrie ontarienne loin d’être totalement sortie de l’impasse, on ne peut que s’attendre à une probable anémie économique à long terme chez notre voisin de l’Ouest.

Quant aux États-Unis, un virage y est envisageable, mais il sera difficile à négocier. Le fait que le président Obama entreprenne un deuxième mandat sans réélection possible pourrait constituer un avantage, car il peut maintenant poser les gestes courageux nécessaires sans crainte d’effets sur le plan électoral. Toutefois, le bien connu contrepoids du Congrès, avantage à double tranchant du régime américain, risque d’annuler cet effet positif. Des Républicains de plus en plus rigides, voire fanatiques lorsqu’ils penchent vers le « Tea Party », sont en position de bloquer les réformes les plus sensées. Si simplement Washington pouvait taxer l’essence au même taux qu’en Europe ou même qu’au Québec, une grande partie de la « falaise » budgétaire serait gravie. Or, une telle mesure est impensable pour les fanatiques de droite, qui y verraient la même négation de l’identité nationale que le serait le contrôle des armes à feu.

Pour l’économie québécoise, le vent favorable ne devrait donc souffler ni du sud ni de l’ouest. Cependant, quelques avenues d’espoir se profilent. Il semble que nous soyons près d’accéder à un marché de 500 millions de consommateurs, sans douane ni tarif douanier, grâce au libre-échange avec l’Union européenne. Ce dernier ne constituera cependant pas une révolution, car grâce à soixante ans d’efforts continus de la part du gatt et de l’omc, les tarifs sont déjà plutôt bas. Leur disparition complète ainsi que d’autres mesures facilitant la circulation des biens et des personnes pourrait cependant donner à nos exportateurs une bouffée d’air frais.

D’autres avenues restent à explorer. Au Mexique, notre « amigo » au sein de l’alena qui compte 100 millions de consommateurs, nous n’avons pas pleinement développé nos relations économiques.

De la même manière, si nous sommes présents dans l’immense marché chinois, notre activité n’y a pas atteint sa pleine capacité… d’autant plus que ce milliard et demi de consommateurs potentiels voit son pouvoir d’achat augmenter puisque, avec lucidité, son gouvernement stimule la hausse des revenus intérieurs afin de se libérer d’une trop grande dépendance aux marchés étrangers.

Ainsi, si nous souffrons de l’anémie intérieure continentale, l’accroissement de nos ventes extérieures pourrait contribuer à nous renflouer. « Exportation » est donc un mot clé de nos stratégies. Il y en a un autre, qui y est étroitement lié : « productivité ».

En effet, pour conquérir tous ces marchés, tout ouverts qu’ils soient, il faut cultiver prix et qualité, et seule une haute productivité des heures travaillées pourra nous conduire aux rendements qui nous permettraient de séduire les consommateurs étrangers.

Comme nous manquons de main- d’oeuvre et que notre productivité traîne derrière celle de la France et des États-Unis, respectivement voisin géographique et voisin culturel – circonstances favorables au rattrapage –, un effort vers l’efficacité pourrait nous ramener les beaux jours de balance des paiements excédentaire.

Certes, les vents sont violents, mais si nous savons tirer du bon bord et choisir les bons caps, nous pourrions aller loin, comme lors de l’impressionnant virage amorcé dans les années 1960. En ce temps-là, l’Ontario nous dépassait pour pratiquement toutes les données économiques. Aujourd’hui, la tendance s’inverse toujours davantage. L’adversité présente pourrait être le catalyseur de notre redémarrage. ×

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