Société

Parents secours !

En l’espace de quelques décennies, le modèle de la famille nucléaire a été fortement ébranlé. Autrefois issus de clans nombreux, les parents bénéficiaient du soutien de leur entourage élargi : des tantes, grands-mères et voisines qui avaient « vu neiger ».

Aujourd’hui, la réalité des nouveaux parents s’est complexifiée. Ils sont plus souvent isolés, démunis, débordés ou tout simplement perpelexes devant leur longue liste de questions. Pour toute réponse, les organismes d’aide, souvent méconnus et sans le sou, se démènent pour offrir une aide respectueuse.

Appels à l’aide

Parent monoparental qui peine à joindre les deux bouts, insécurité avec le poupon, remise en question de l’autorité, épuisement, maladie... Les casse-tête familiaux d’aujourd’hui sont multiples et complexes.

« Les parents sont des pivots de notre société. Dans le contexte socioéconomique actuel, on met beaucoup de pression sur eux. Développer ses habiletés parentales demande du temps et du soutien. Or, les ressources manquent. Il faut créer des espaces où les parents pourront échanger, ventiler, se rassurer », affirme Michel Lafortune, directeur général de Générations, l’organisme qui chapeaute Tel-Jeunes et la LigneParents, qui, à elle seule, reçoit 10 000 appels par an. « Au printemps dernier, nous avons constaté que les appels de parents étaient plus lourds et plus longs que ceux des jeunes. Nos intervenants professionnels leur proposent des stratégies d’action, mais il n’y a pas de suivi. Lorsque nécessaire, nous les dirigeons vers un clsc ou un organisme familial reconnu », explique Michel Lafortune.

Outre les services des clsc, les lignes téléphoniques Info-Santé, LigneParents et Éducation Coup-de-fil, le Québec compte plusieurs organismes qui tentent, de peine et de misère, de recevoir les familles et de les servir avec des moyens limités.

« Les ressources sont méconnues parce que, pour ces organismes, la promotion est un couteau à double tranchant. Il y a quelques semaines, j’ai ramassé à la petite cuillère une directrice d’organisme parce qu’elle avait fait de la promotion qui s’est soldée par trop de demandes pour qu’on puisse y répondre », soulève Louisane Côté, directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (fqocf). Avec 280 organismes communautaires Famille (ocf), l’ensemble des régions du Québec est bien desservi, estime-t-elle. Or, en raison des budgets limités, la capacité d’accueil demeure un enjeu important.

Si elle reconnaît que le gouvernement provincial a donné beaucoup aux familles, notamment en ce qui a trait aux services de garde et au régime parental, Louisane Côté regrette que le soutien aux actions communautaires Famille ne soit pas plus important : « C’est l’un des secteurs les moins financés comparativement aux maisons de jeunes ou aux centres pour femmes. Les besoins sont pourtant similaires, mais les ocf sont dans une situation bien moins bonne. »

Guillaume Lemanceau a quatre enfants. À la suite de la séparation d’avec la mère de ses trois premiers, il s’effondre. Il appelle à l’aide pour surmonter cette épreuve et préserver sa relation avec sa progéniture. Une affiche sur le babillard d’un clsc l’incite à se tourner vers l’organisme Pères Séparés. « Les rencontres m’ont apporté un soutien psychologique et moral et m’ont permis de reprendre le contrôle et d’affronter plus sereinement les visites au palais de justice. Elles m’ont aidé à me libérer de mes tourments pour passer de bons moments avec mes enfants. » Aujourd’hui, ce père de 47 ans vient de se joindre au conseil d’administration de l’organisme et suit une formation pour diriger les groupes de soutien.

Après l’accouchement de son troisième, Geneviève Ayotte s’est trouvée immobilisée en raison de graves problèmes de dos. Une infirmière lui donne un renseignement précieux : l’organisme Les Relevailles de Montréal offre un service à domicile pour accompagner les mères pendant les premiers mois consécutifs à l’accouchement. Dans le cadre d’un jumelage personnalisé, une gentille dame s’est rendue chez elle pour l’assister : soins à l’enfant, repas, lavage, nettoyage – des tâches que cette mère de 34 ans peinait à accomplir. « Au-delà de l’aide et de la compagnie, elle m’a apporté de la compréhension et des encouragements durant les jours sombres. Elle arrivait ici comme une boule d’énergie, et c’était contagieux ! » Toujours en congé de maladie, Geneviève Ayotte reconnaît avoir longtemps hésité à chercher de l’aide. « Mais après avoir connu ce service, je regrettais de ne pas y avoir eu recours pour ma deuxième ! »

La famille reconstituée de Brigitte Dalpé compte cinq garçons. Au bord de l’épuisement, cette mère de famille a vu une lueur d’espoir dans une annonce de journal. Cette femme de 33 ans au bout de ses forces a confié sa marmaille à la Maison Kangourou le temps de se refaire une santé. « J’ai pu me reposer physiquement et surtout mentalement. Et ça a fait du bien à mes enfants, qui ont fait des activités nouvelles, dans un nouvel environnement. Ils m’en parlent encore ! »

Si les problématiques sont multiples, les parents interrogés arrivent tous au même constat : Ces ressources ont été immensément salutaires en moment de crise. Tous regrettent d’une même voix que ces services ne soient pas plus connus et plus accessibles.

Le premier éducateur

Le parent devrait être considéré comme le premier éducateur, insiste Louisane Côté. « Il faut faire reconnaître les actions et le rôle du parent. Trop souvent, il est perçu comme un acteur de seconde zone. » La directrice de la fqocf voit d’un mauvais œil l’exclusion des parents du milieu scolaire : « Les parents sont perçus comme des “dompeux”. Ils se font dire : Ne vous en occupez pas, on va le faire. Ainsi, le parent ne se perçoit plus comme un acteur important dans le développement et l’éducation de son enfant ». Selon elle, cette situation se répercute sur les demandes effectuées auprès des ocf. « Une de nos premières préoccupations, c’est de redonner aux parents confiance dans leur rôle. Nous leur rappelons que c’est de leur responsabilité de s’imposer auprès des spécialistes qui gravitent autour de leurs enfants. »

En plus des questions d’éducation, les ressources parentales couvrent un large éventail de sujets. Parmi les nouvelles inquiétudes, les intervenants interrogés ont observé une forte hausse de la cyberdépendance et de la cyberintimidation.

Les périodes prénatale et postnatale amènent également leur lot de difficultés. « La transmission intergénérationnelle qui se faisait au sein de la famille n’est plus la même. L’isolement engendre de l’épuisement, des remises en question, de l’insécurité. Les parents vivent dans une société de haute performance ; ils sont plus scolarisés et vont chercher de l’information à toutes les sources… ce qui peut aussi créer de la confusion. Les ressources sont là pour objectiver le tout, afin qu’ils y voient plus clair », précise Louise Boucher, directrice du Réseau des centres de ressources périnatales du Québec, qui regroupe 10 centres soutenus par le ministère de la Santé et des Services sociaux (msss) – un chiffre que la directrice voudrait voir grimper à 40.

Alors que les familles sont de plus en plus branchées, des ressources comme Éducation Coup-de-fil envisagent de nouvelles façons de les rejoindre. Pour la première fois en 30 ans, l’organisme voit son nombre annuel d’appels (environ 3 000) diminuer. « Même si l’outil de communication change, les besoins demeurent criants. Les cas vont de légers (une mère s’inquiète que son enfant refuse la purée de carottes) à graves (une mère subit de la violence de la part de son fils de 19 ans) », souligne Amélie André, adjointe à la direction de l’organisme.

L’autre parent

Alors que les hommes participent plus que jamais à la vie familiale, le père fait encore souvent figure de parent pauvre. Dans une étude réalisée en 2009-2010, le Regroupement pour la valorisation de la paternité (rvp) a établi que 80 % des organismes communautaires Famille n’offrent aucun soutien aux pères. « C’est comme s’il était un fantôme. C’est à peine si on lui adresse la parole aux cours prénataux, et il n’y a parfois pas de siège prévu pour lui lors du suivi postnatal ! Jusqu’à tout récemment, il était inscrit “autre parent” à côté de “mère biologique” sur la déclaration de naissance. Qui a envie d’être l’“autre parent” ? » s’indigne Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement. Que ce soit dans les activités, les communications, les programmes, les mesures ou les lois, peu d’éléments sont destinés à la condition paternelle, soutient-il.

Les hommes attendent d’être dans un état de détresse avant d’avoir recours à de l’aide, souligne pour sa part Patrick Cavalier, directeur de Pères Séparés. « Ils nous appellent en mode survie, après avoir tout essayé sans obtenir de réponses satisfaisantes. Or, ils prennent de plus en plus leur place », constate-t-il. En effet, l’organisme, qui offre du soutien psychosocial et des conseils juridiques, a vu son nombre d’appels doubler en cinq ans.

En collaboration avec les ocf, le ministère de la Famille vient d’adopter un nouveau Programme de soutien à des actions en matière d’engagement des pères, qui vise à fournir une offre de services adaptés aux réalités paternelles. « Le Programme remporte un succès extraordinaire, ce qui prouve que les organismes aiment travailler avec les pères, mais ne savent pas toujours comment s’y prendre », affirme Raymond Villeneuve, du rvp. Au cours de la dernière année, le Regroupement a épaulé 84 des 280 ocf dans cette prise de virage.

Les ressources parentales sont peu visibles, mais elles existent bel et bien et s’adaptent constamment dans un monde en rapide mutation. Il suffit parfois d’un premier contact pour qu’une main se tende, de part et d’autre. ×

RESSOURCES DE PREMIÈRE LIGNE
LigneParents 1 800 361-5085, ligneparents.com
Mission : Alter ego de Tel-Jeunes, LigneParents est un service d’intervention gratuit, accessible jour et nuit et offert par des intervenants professionnels.
Activités : Soutien ponctuel de résolution de problèmes, réponses aux questions, aide en situation de crise.
Éducation Coup-de-fil 514 525-2573, 1 866 329-4223, education-coup-de-fil.com
Mission : Service de consultation professionnel d’aide aux parents par téléphone ou par courriel. Ouvert du lundi au vendredi, de septembre à juin.
Activités : Aide ponctuelle concernant les difficultés de vie quotidienne entre parents et enfants, possibilité de suivi par le même intervenant, consultation professionnelle au moyen de formulaires, ateliers pour les parents.
Ligne Info-Santé 8-1-1 : Service de consultation téléphonique qui permet de joindre une infirmière en cas de problème de santé non urgent. Disponible à toute heure du jour, 365 jours par an.
Répertoire des CLSC : indexsante.ca
Maison Kangourou 514 524-4141, maisonkangourou.com
Mission : Services d’urgence et de première ligne en matière d’hébergement pour les enfants.
Activités : Hébergement, sessions d’information.

ORGANISMES COMMUNAUTAIRES FAMILLE
Fédération québécoise des organismes communautaires Famille 1 866 982-9990, fqocf.org
Mission : Regrouper et soutenir les quelque 200 organismes communautaires Famille membres, tout en contribuant à assurer la place de la famille dans la société québécoise.
Activités : Soutenir les OCF, promouvoir et défendre les familles. Publications et répertoire des membres en ligne.

PÉRINATALITÉ
Réseau des Centres de ressources périnatales 418 336-3316, reseaudescrp.org
Mission : Chapeaute les 10 centres de ressources périnatales au Québec afin d’échanger leur expertise, de donner des outils de gestion et d’assurer leur pérennité et leur expansion.
Activités : Services de soutien et d’accompagnement, service de répit et de relevailles, activités d’information et de formation, services d’entraide et de loisirs.
Les Relevailles de Montréal, 514 640-6741, relevailles.com
Mission : Soutenir les parents dans l’enrichissement de leurs compétences, de la grossesse à la vie avec le nourrisson.
Activités : Cours, ateliers, rencontres, service à domicile Coup de main, consultations privées, soutien téléphonique, centre de documentation et boutique.

PÈRES
Le Regroupement pour la valorisation de la paternité 514 528-9227, rvpaternite.org
Mission : Regroupement d’organismes et d’individus dont la mission est de valoriser le rôle du père et de promouvoir son importance dans la famille et dans la société.
Activités : Recherche sur les services publics et politiques, organisation d’événements comme la Semaine québécoise de la paternité, qui tiendra sa première édition du 10 au 16 juin 2013.
Pères Séparés 514 254-6120, peres-separes.qc.ca
Mission : Centre d’entraide et de soutien qui axe ses efforts sur le vécu émotionnel des pères, l’éducation parentale, la sensibilisation publique et l’action sociale.
Activités : Soutien de groupe, rencontres individuelles, soutien aux démarches d’autoreprésentation juridique pour l’exercice du rôle parental, activités sociales, service de renvoi vers d’autres organismes.
Maison Oxygène 514 523-9283, maisonoxygene.com
Mission : Ressources d’hébergement père-enfant et de soutien communautaire présentes dans six régions du Québec.
Activités : Hébergement temporaire, écoute ou soutien par un groupe d’intervenants, activités pères-enfants, soutien et suivi post-hébergement.
L’Hirondelle 514 281-5696, hirondelle.qc.ca
Mission : Faciliter l’accueil et l’insertion socioéconomique des nouveaux arrivants et faire participer les Québécois dans la réussite de leur intégration à leur nouveau milieu de vie.
Activités : Renforcement des compétences parentales, services de soutien aux pères et à leurs familles, ateliers de formation, activités familiales, rencontres interculturelles, jumelages.

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