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Royaume-Uni: Pays Des Référendums

Selon certains, Coinneach Odhar, également connu sous le nom de The Brahan Seer, une sorte de « Nostradamus écossais » du début du 17e siècle, aurait prédit que le jour où des hommes passeraient sous la mer dans des voitures sans attelage pour se rendre en France, l’Écosse connaîtrait un nouveau départ, libérée de toute oppression. En 1994, près de 400 ans après cette prophétie, on inaugurait le tunnel sous la Manche, et en 1999, c’était la « dévolution » des pouvoirs à l’Écosse.

Selon certains, Coinneach Odhar, également connu sous le nom de The Brahan Seer, une sorte de « Nostradamus écossais » du début du 17e siècle, aurait prédit que le jour où des hommes passeraient sous la mer dans des voitures sans attelage pour se rendre en France, l’Écosse connaîtrait un nouveau départ, libérée de toute oppression. En 1994, près de 400 ans après cette prophétie, on inaugurait le tunnel sous la Manche, et en 1999, c’était la « dévolution » des pouvoirs à l’Écosse. Mais nombreux sont ceux pour qui le dénouement n’aura lieu que l’année prochaine, le 18 septembre 2014, quand l’Écosse tiendra son référendum sur l’indépendance.

La question sera claire et directe : « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » Selon les conditions de l’Accord d’Édimbourg, conclu entre les premiers ministres écossais et anglais, Alex Salmond et David Cameron, le 15 octobre 2012, la question que posera le référendum doit être limpide et de nature à produire un résultat acceptable inspirant confiance. Lors d’un voyage en Écosse au cours des dernières semaines, j’ai certes rencontré quelques partisans d’un « Oui » ferme, mais la plupart des gens voteraient « Non » s’ils devaient se prononcer maintenant. « Yes Scotland » (yesscotland.net) représente le point de vue des tenants de l’indépendance, et « Better Together » (bettertogether.net), la position unioniste. Salmond a élargi le droit de vote aux 16‑17 ans dans l’espoir de rallier les jeunes. À Glasgow, une militante convaincue du « Oui », dans la vingtaine, affichait une attitude sans équivoque : « Optons pour l’indépendance ! » mais m’a dit avoir du mal à susciter l’enthousiasme de ses amis avec ses dépliants. À l’île d’Arran, le véhicule d’un travailleur d’une distillerie de scotch était entièrement couvert d’autocollants pro-indépendance.

Il faut chercher longtemps pour trouver ces autocollants et ces dépliants, où que l’on se trouve. Aux Shetlands, au fond d’un petit magasin, j’ai vu une mince pile de circulaires soutenant le « Non », destinées aux collectivités agricoles et rurales. Mais dans ces îles, les partisans de l’indépendance viendraient pour la plupart de l’Écosse continentale ! En fait, si on leur en donnait le choix, c’est pour leur propre autonomie qu’opteraient de nombreux résidents des Shetlands, sur le modèle des îles Féroé au Danemark. Car les habitants de ces îles ont des préoccupations très éloignées des rêves romantiques d’indépendance : les réductions budgétaires menacent des services essentiels comme partout ailleurs au Royaume-Uni. Sur le traversier de Lerwick à Unst, j’ai vu une citoyenne de l’âge d’or transportant ses provisions de la semaine : les résidents des îles ont droit à une allocation de transport spéciale, que le conseil local menace de supprimer.

Vu du Québec, le référendum écossais n’a rien à voir avec les droits linguistiques et les droits des minorités : moins de 60 000 personnes parlent le gaélique, à peine plus de 1 % d’une population totale de 5,3 millions d’habitants. Même si, toutes tendances politiques confondues, l’on reconnaît aisément l’importance de préserver cette langue, on n’apprécie guère d’avoir à payer le coût élevé des services publics offerts en gaélique.

La campagne du « Oui » table sur certains événements historiques, mais en passe d’autres sous silence. En effet, 2014 marquera le 700e anniversaire de la bataille de Bannockburn de juin 1314, où Robert Bruce, roi d’Écosse, terrassa l’armée anglaise de sorte que l’Écosse échappa à l’Angleterre, contrairement au pays de Galles. J’ai été témoin des fêtes marquant le 500e anniversaire de la bataille de Flodden, auxquelles Alex Salmond n’a pas participé. Cette défaite écossaise aux mains des Anglais, tragédie nationale marquée par la mort de plus de 10 000 soldats et nobles écossais ainsi que du roi James IV, aurait directement conduit à l’union des couronnes d’Angleterre et d’Écosse en 1603.

Quand le parlement écossais s’est réuni pour la première fois, le 12 mai 1999, Winnie Ewing, qui agissait à titre de présidente temporaire, a déclaré : « Je commencerai par les mots que j’ai toujours voulu prononcer ou entendre prononcer : “Le parlement écossais, qui a suspendu ses travaux le 25 mars 1707, est à nouveau réuni en vertu de cette loi.” » Si l’Écosse devenait indépendante, Élizabeth II serait toujours reine des Écossais puisque le référendum porte sur la dissolution des parlements réunis en 1707 par les Actes d’union et non sur la dissolution de l’union des deux couronnes en 1603, quand James VI, roi d’Écosse, devint James 1er d’Angleterre. Après 1707, l’Écosse a conservé sa propre Église, son système éducatif et son système juridique, mais jusqu’en 1999, elle est demeurée assujettie à un gouvernement relevant uniquement du parlement du Royaume-Uni.

Pour réussir, la campagne du « Oui » devra mettre l’accent sur l’avenir, et en particulier, sur des liens plus solides avec l’Union européenne. Or, l’Écosse et le reste du Royaume-Uni ont des positions de plus en plus divergentes sur cette relation importante. Au Royaume-Uni, le gouvernement de coalition revoit sa relation avec l’UE, et advenant sa réélection, David Cameron s’est engagé à tenir un référendum sur l’adhésion à l’UE en 2017 (voir l’article que j’ai écrit à ce sujet, « Brexit », dans le numéro 173 de Forces). Un résident d’Écosse interviewé par la BBC a déclaré : « En tant qu’Écossais d’origine polonaise vivant à Glasgow, je souhaite que l’Écosse demeure au sein de l’Union européenne. C’est la raison pour laquelle je voterai “Oui” l’année prochaine. Les visées isolationnistes de Westminster sont dommageables pour l’Écosse et menacent son adhésion à l’Union européenne. »

Le gouvernement écossais s’estime par ailleurs sous-représenté au sein de l’Union européenne, car le gouvernement central britannique contrôle toutes les questions qui touchent l’UE. Même avant l’élection du Parti national écossais, favorable à l’indépendance, un rapport du gouvernement britannique de 2007 a fait l’objet d’une fuite indiquant que les représentants du Royaume-Uni avaient largement laissé de côté l’Écosse dans leurs négociations clés avec l’UE. Toutefois, si l’Écosse accédait à l’indépendance, son adhésion à l’Union européenne ne serait sans doute pas automatique : elle devrait poser sa candidature. Ce point de vue de la Commission européenne, contesté par le Parti national écossais, est partagé notamment par l’Espagne, qui redoute l’établissement d’une sorte de précédent applicable à la Catalogne. Les 28 pays membres devront donc approuver l’admission de l’Écosse. Or, il ne s’est encore jamais produit qu’une portion d’un pays membre acquière son indépendance et qu’il soit nécessaire de se prononcer sur son adhésion à l’UE en tant qu’entité séparée. D’autre part, il se peut aussi que l’acceptation de l’Écosse à titre de membre soit conditionnelle à son adoption de l’euro et de l’espace Schengen. Quoi qu’il en soit, les contrôles frontaliers avec l’Angleterre seraient impraticables et leur mise en place, improbable, tout comme l’adoption de la monnaie européenne unique.

À quoi doit-on donc s’attendre ? Toutes les parties veulent éviter le scénario québécois de type référendum-sans-fin, mais à supposer que le « Non » l’emporte, on élargirait probablement le débat de façon à englober le transfert d’autres pouvoirs, en accordant à l’Écosse, par exemple, l’autonomie fiscale complète. Déjà, le Scotland Act (2012) confère au parlement écossais des pouvoirs limités pour établir un taux d’imposition du revenu en Écosse, lequel devrait s’appliquer en 2016. Le premier ministre Salmond travaille à la version finale du livre blanc hautement détaillé qu’a produit sur l’indépendance son gouvernement, ouvrage qui devrait être publié en novembre et qui marquera vraisemblablement le lancement de la campagne à grande échelle.

En 2007, Wendy Alexander, alors à la tête du Labour Party écossais, faisait cette mise en garde : « Si nous nous convainquons qu’un nouvel arrangement constitutionnel constitue la réponse à tous les problèmes de l’Écosse, nous tomberons rapidement dans le piège consistant à trouver des excuses et à ne pas assumer la responsabilité d’amorcer des changements dès maintenant. Et les perdants seront les personnes les plus vulnérables de notre société. » Sa position est d’autant plus pertinente en période de compressions budgétaires extrêmes, dans un pays où tant de résidents comptent sur d’indispensables allocations. En fin de compte, même si l’accent que l’on met sur l’identité et l’histoire écossaises peut motiver une partie des votants, ce sont les aspects économiques de l’indépendance qui détermineront l’issue du référendum.

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