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Cancer Du Cerveau

Un homme se présente à l’urgence. La quarantaine, un dossier attestant d’une bonne santé générale. Aucun antécédent médical à signaler. Mais depuis quelques jours, la persistance de certains symptômes, apparus brusquement, l’inquiète et perturbe son quotidien : maux de tête violents, confusion, perte de champ visuel. Les techniques d’imagerie médicale (scanner ou résonance magnétique) permettent de déterminer le siège exact de la tumeur et de fournir des indices sur sa nature. Mais le diagnostic précis ne pourra être établi qu’à la suite d’une biopsie cérébrale.

Un homme se présente à l’urgence. La quarantaine, un dossier attestant d’une bonne santé générale. Aucun antécédent médical à signaler. Mais depuis quelques jours, la persistance de certains symptômes, apparus brusquement, l’inquiète et perturbe son quotidien : maux de tête violents, confusion, perte de champ visuel. Les techniques d’imagerie médicale (scanner ou résonance magnétique) permettent de déterminer le siège exact de la tumeur et de fournir des indices sur sa nature. Mais le diagnostic précis ne pourra être établi qu’à la suite d’une biopsie cérébrale. Sans tarder, le patient est redirigé vers un centre de référence en neurologie. Deux semaines plus tard, les résultats de l’analyse confirment les premiers soupçons des médecins : glioblastome multiforme.

Le glioblastome multiforme (gbm ou astrocytome de grade iv) est une tumeur cérébrale maligne primitive, la forme la plus agressive de cancer du cerveau. On la qualifie de « primitive » parce qu’elle prend racine à même les cellules de soutien entre les neurones du cerveau. Au contraire d’une tumeur dite « secondaire » ou métastatique, qui vient d’ailleurs, qui s’est propagée hors de son foyer initial vers une nouvelle partie du corps.

Selon le dernier rapport annuel publié par la Société canadienne du cancer, l’Agence de la santé publique du Canada et Statistique Canada, on estime que 1,7 % (1 652 sur 96 200) nouveaux cas de cancer du cerveau, toutes catégories confondues, seront diagnostiqués chez l’homme en 2013, comparativement à 1,3 % (1 188 sur 91 400) du côté de la femme. À titre de comparaison, le cancer de la prostate et le cancer du sein, les plus courants chez l’homme et la femme, représenteront à eux seuls, respectivement, 24,5 % (23 569) et 26,1 % (23 855) des nouveaux cas diagnostiqués.

La probabilité d’être atteint d’une tumeur encéphalique au cours de sa vie équivaut à 0,9 % (1 personne sur 117 ) chez l’homme et 0,7 % (1 personne sur 150) chez la femme, tandis que la probabilité par groupe d’âge d’être frappé par un cancer du cerveau au cours des 10 prochaines années augmente à partir de 40 ans chez l’homme et de 50 ans chez la femme. Dans la mesure où le glioblastome multiforme représente environ 1 % de toutes les tumeurs intracrâniennes1, il demeure extrêmement rare.

Une maladie incurable

La compréhension de la maladie n’est pas entière et ses mécanismes de résistance sont encore mal connus. La question est complexe. Mais des constantes se dégagent néanmoins : presque tous les cas de glioblastome multiforme à haut grade sont sporadiques et sans prédisposition familiale. Ils apparaissent de façon spontanée et peuvent atteindre toutes les parties du système nerveux central, qu’ils envahissent de façon très extensive.

À l’hôpital Notre-Dame (chum), qui abrite l’un des grands centres de recherche sur les tumeurs cérébrales du Québec, le gbm est au cœur des préoccupations du radio-oncologue Jean-Paul Bahary. Ce dernier admet que ce sont des tumeurs qui ont mauvaise réputation, en ce sens où le pronostic est sombre. De fait, les traitements sont prodigués à titre palliatif seulement et ne visent qu’à prolonger la vie des patients, car une guérison complète n’est pas envisageable.

L’étude phare publiée par Roger Stupp dans The New England Journal of Medicine (2005) indique que la survie médiane est généralement inférieure à un an à compter de l’annonce du diagnostic, deux ans dans les cas les plus favorables. Cette même étude démontre toutefois qu’une combinaison de chimiothérapie et de radiothérapie après l’opération (le traitement standard à ce jour) a un effet notable sur l’espérance de vie, qui peut excéder de plusieurs mois les prédictions et va parfois jusqu’à faire mentir le pronostic de départ.

Du côté de la recherche, la barrière hémato-encéphalique, une sorte de filtre très sélectif présent dans les vaisseaux sanguins cérébraux qui empêche les médicaments d’atteindre leur cible en concentration suffisante, fait en sorte que le cerveau est un micro-environnement très difficile à recréer en laboratoire : « Plusieurs hypothèses qui ont du sens sur papier s’avèrent inefficaces en pratique », précise le radio-oncologue. La tendance actuelle est à combiner les protocoles de recherche entre différents groupes multicentriques, dans l’espoir d’obtenir des résultats plus probants, plus rapidement. Il relève du choix du patient de participer ou non à l’essai clinique proposé.

Plusieurs facteurs laissent croire que certains patients ont un meilleur pronostic que d’autres. L’âge, notamment ; les patients plus jeunes auraient des conditions de survie supérieures à celles des patients âgés. Autre facteur, le fait qu’il y a eu ou non résection chirurgicale, une opération qui consiste à retrancher l’entièreté ou un fragment de la tumeur. L’état neurologique du patient entre aussi en ligne de compte. Mais les causes de cette désorganisation des cellules demeurent mal identifiées.

Comment expliquer que la progression d’un gbm soit aussi agressive ? « Contrairement à d’autres parties du corps, le cerveau n’offre pas une marge de manœuvre qui nous permettrait de retirer complètement la tumeur sans laisser derrière elle des cellules cancéreuses, explique Jean-Paul Bahary. En raison de son emplacement, il s’agit d’une tumeur hautement infiltrante. Sans compter qu’une opération au cerveau est extrêmement délicate et peut entraîner des séquelles graves. » Même dans les cas d’opérations chirurgicales extensives, on observe systématiquement des récidives, et la maladie continue de progresser dans presque 100 % des cas.

Une meilleure qualité de vie

Les tumeurs cérébrales sont les plus invalidantes de tous les types de cancer, en plus d’entraîner des contrecoups majeurs sur le plan psychosocial. Situées au centre de la commande de la parole, du toucher et du mouvement, elles peuvent avoir d’énormes incidences sur les capacités physiques et cognitives d’un individu et toucher ses fonctions les plus essentielles.

À l’hôpital Notre-Dame, Chanez Djeffal, infirmière-pivot spécialisée en neuro-onco---logie, veille à faciliter l’expérience de la maladie de sa clientèle, ainsi que celle de son entourage immédiat : « Les répercussions sur la vie des patients et de ses proches sont profondes, explique-t-elle. La maladie altère leur jugement, leur comportement, leur humeur ; du jour au lendemain, ils ne se reconnaissent plus, deviennent étrangers à eux-mêmes et aux autres. »

« Certains patients se retrouvent complè-tement démunis, poursuit-elle. Un père de famille est privé du droit de conduire sa voiture, doit arrêter de travailler, perd son autonomie, devient dépendant des siens. Des problèmes d’estime de soi complètent le portrait, sans compter la gestion des effets secondaires occasionnés par certains médicaments, comme la dexaméthasone, un anti-inflammatoire prescrit pour réduire l’enflure dans le cerveau. »

Offrir la meilleure qualité de vie possible aux patients, tel est le mandat de Chanez Djeffal. Les quelque 200 patients traités en neuro-oncologie à Notre-Dame actuellement, qu’elle accompagne de l’annonce de leur diagnostic jusqu’aux derniers instants aux soins palliatifs, ont peu de secrets pour elle. Leur situation financière, leur vision de la maladie, leur état psychologique, l’état de leur couple, leur dynamique familiale, la sécurité de leur domicile, en cas de chute… jusqu’au nom de leur chien ! « Ainsi, je m’assure que toutes les ressources sont disponibles pour eux, et ce, rapidement. »

Ici, les patients peuvent compter sur -l’appui d’une équipe multidisciplinaire composée d’infirmiers, de travailleurs sociaux, de psychologues, d’oncologues médicaux, de neurochirurgiens, de neuropsychiatres, notamment, garante de la qualité des soins prodigués. Du point de vue technologique, le chum offre par ailleurs des modalités de traitements à la fine pointe pour ses patients : appareils de thermoradiothérapie, accélérateurs linéaires, cyberknife.

Parallèlement, partout au Québec, des chercheurs tentent de démystifier cette maladie. Parmi eux, le Dr David Fortin, du chus (Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke) a mis au point une forme de chimiothérapie fondée sur l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique, laquelle permettrait aux médicaments d’atteindre la tumeur cérébrale en quantité suffisante pour être efficace, dans le but de freiner l’évolution rapide du cancer et d’influer sur la durée de vie des patients. En 2013, au cusm, la Dre Nada Jabado et son équipe sont parvenues à repérer deux mutations génétiques à la source de près de 40 % des glioblastomes chez l’enfant. De petits bonds dans la -compréhension de la résistance du gbm aux traitements traditionnels, une bonne dose d’espoir pour les patients.

Pour en savoir plus Société canadienne du cancer : cancer.ca Fondation canadienne des tumeurs cérébrales : braintumour.ca/fr-ca

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