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En Route Pour Sochi

Lorsque les athlètes canadiens entreront en action en février prochain aux Jeux olympiques de Sochi, ils mettront à profit le résultat de quatre années d’entraînement acharné. Loin des projecteurs, entraîneurs, préparateurs physiques et conseillers sportifs scruteront leurs protégés. Quatre d’entre eux ont accepté de livrer au magazine Forces leur vision de l’aventure olympique.

Jean Paquet,
entraîneur de l’équipe canadienne de biathlon

L’équipe canadienne de biathlon peut compter sur un espoir de médaille en Jean-Philippe Le Guellec. Et celui-ci peut compter sur un entraîneur qui l’a vu évoluer au cours des sept dernières années.

« La préparation aux Jeux olympiques se déroule sur quatre ans, explique Jean Paquet, un ancien biathlète qui a participé aux Jeux d’Albertville de 1992. Le but, c’est de construire une maison vraiment solide. Pendant les premières années, tu te crées une bonne base d’endurance et de vitesse. Tu repousses tes limites avant, et l’année pré-olympique, c’est l’affûtage. »

Tous les espoirs seront permis à Sochi pour Le Guellec, premier athlète masculin canadien à monter sur le podium en biathlon, en décembre 2012, médaille d’or au cou. Cette performance a valu à Jean Paquet le titre d’entraîneur du mois de l’Institut national de formation des entraîneurs (infe) et du Club de la médaille d’or.

« En biathlon, il est fréquent qu’un athlète sur qui on ne misait pas remporte une course. Jean-Philippe n’est pas parmi les favoris, mais quand tu frôles le podium depuis des années, tu as des raisons d’y croire », confie l’entraîneur peu avant de s’envoler pour la Suède, pays hôte de la première épreuve de la saison de la Coupe du monde.

Aux olympiades, pas question pour lui de penser à autre chose qu’au bien-être de son athlète. « C’est lui qui est dans la mire. On veut lui donner tout l’équipement et tout l’encadrement nécessaire pour lui tracer un chemin clair. »

Cet encadrement est particulièrement important en biathlon, une discipline soumise aux aléas de la météo et exposée aux tracas techniques. Il arrive que l’équipement de l’athlète soit ajusté cinq minutes avant l’entrée en piste, par exemple pour ajuster l’adhérence des skis à la température.

La préparation technique et les camps d’entraînement effectués en Autriche faute d’installations adéquates au pays, cela représente des coûts et des sacrifices importants. « Faire du biathlon demande énormément de moyens, conclut l’entraîneur. On nous demande toujours de gagner des médailles pour obtenir du financement. La pression est décuplée, mais pas les moyens. »

Yves Hamelin,
directeur national du programme de patinage de vitesse courte piste

En bordure de patinoire, Yves Hamelin cumule deux rôles : celui de directeur du programme de patinage de vitesse courte piste et celui de père d’athlètes. Ses deux fils, Charles et François, seront de retour aux prochains Jeux olympiques.

« Quand tes enfants réussissent, ça procure un grand sentiment de fierté et de satisfaction. C’est l’atteinte de l’objectif visé, raconte Yves Hamelin, tout juste de retour de la quatrième étape de la Coupe du monde, disputée à Kolomna, en Russie. Ce sont des moments émotionnels qui nous marquent. » Même Marianne St-Gelais, double médaillée d’argent aux Jeux de Vancouver et copine de Charles Hamelin, est dans cette famille particulière. « Dans le contexte d’équipe, ce sont des athlètes comme n’importe quels autres, souligne Yves Hamelin. Nous avons des processus pour faire des interventions neutres quand il y a des décisions à prendre. »

Yves Hamelin baigne dans le patinage de vitesse depuis toujours. Entraîneur pendant plus de 15 ans, il s’occupe du programme de courte piste depuis huit ans. C’est lui qui veille à la gestion des ressources dont bénéficient les athlètes, de l’équipe d’entraîneurs aux nutritionnistes en passant par les psychologues. « La présence de différents experts a progressé au cours des derniers cycles olympiques, et la nutrition prend plus de place depuis quatre ans, constate-t-il. Bien sûr, l’utilisation de ces ressources varie en fonction des ressources financières. »

À Sochi, il vise une récolte de cinq médailles pour son équipe, comme à Vancouver. « On sait qu’on a le potentiel pour se placer en finale et monter sur les podiums. Il faut seulement se concentrer sur la qualité de l’exécution et éviter les impondérables, comme les chutes. C’est ce qu’on craint le plus. »

Au terme des quatre épreuves de la Coupe du monde disputées cette année, l’équipe canadienne s’est assurée de faire participer le nombre maximum de trois compétiteurs par épreuve lors des compétitions olympiques. Ce plan de match fonctionne à merveille, et la confiance est au beau fixe. « À ce stade-ci, c’est important de ne pas générer d’adaptations différentes ou d’ajouter de nouvelles composantes, analyse Yves Hamelin. Il faut consolider les acquis. »

Danièle Sauvageau,
ex-entraîneuse de l’équipe canadienne de hockey féminin et mentor

Même si elle ne tient plus les rênes de l’équipe canadienne de hockey féminin depuis sa conquête de la médaille d’or aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002, Danièle Sauvageau gravite toujours autour de la délégation olympique. Elle agit depuis à titre de mentor et consacre ses énergies à conseiller les entraîneurs de plusieurs disciplines olympiques. « Pour donner des conseils, je n’ai pas besoin de connaître toutes les disciplines. Je travaille avec le coach, dont le rôle est d’obtenir les meilleurs résultats possibles. Souvent, il doit trouver ses propres réponses. »

En plus de son travail au niveau sportif, Danièle Sauvageau donne des conseils de leadership à de grandes entreprises à l’occasion de conférences et s’occupe du développement stratégique au Service de police de la Ville de Montréal depuis plusieurs années. Le stress et le travail sous pression, elle s’y connaît. « Je dis souvent que je suis une meilleure policière grâce à mon travail d’entraîneuse et vice-versa, dit-elle, un sourire dans la voix. Je passe d’un monde à l’autre très facilement. »

« La base de la préparation varie selon les disciplines. Certaines grosses associations peuvent faire appel à des experts, tandis que les plus petites doivent se concentrer sur les critères de performance », explique-t-elle.

La panoplie de ressources mise à la disposition des athlètes constitue désormais un atout du programme canadien, à condition de ne pas en abuser. « Le but, c’est d’avoir devant soi toutes les ressources nécessaires pour livrer une performance optimale. Mais en même temps, trop, c’est comme pas assez. On est là pour lever le drapeau rouge au besoin. »

Sa vision de la préparation des athlètes est pragmatique : à un an des Jeux olympiques, il faut avoir l’impression que « tout a été fait ». « Ça peut être bon de pousser la machine, mais seulement avec le bon dosage et si ça peut permettre de réévaluer ce qui va moins bien », juge-t-elle, se rappelant au passage les huit défaites consécutives que son équipe avait subies contre les Américaines en 2001, avant de leur ravir la médaille d’or un an plus tard.

Aujourd’hui, ses contacts avec l’équipe féminine de hockey dont elle a construit les bases sont informels, mais elle suit son évolution de près. « L’équipe continue sur la bonne voie, soutient celle qui l’a vue évoluer depuis 1996. Et ce, malgré les récentes compressions. »

Nicolas Fontaine,
responsable du recrutement pour l’équipe canadienne de ski acrobatique

Avec Olivier Rochon, Travis Gerrits représente l’un des meilleurs espoirs de médaille de l’équipe canadienne de ski acrobatique aux prochains Jeux olympiques. Lorsqu’il s’élancera sur la rampe de saut, Nicolas Fontaine verra sans doute défiler en un éclair les milliers d’heures passées en sa compagnie à l’entraînement.

« Travis, j’ai commencé à travailler avec lui dès ses débuts. Donc, je serais super heureux s’il pouvait remporter une médaille, confie l’ancien champion du monde de ski acrobatique. Ce n’est pas juste un athlète que j’ai vu passer pendant deux ou trois ans. Je l’ai suivi à partir de 10 ans, l’âge de mon gars aujourd’hui, jusqu’au Jeux olympiques. C’est vraiment spécial pour un entraîneur ! »

Nicolas Fontaine s’occupe aujourd’hui du recrutement des meilleurs espoirs pour l’équipe canadienne de ski acrobatique. Il recherche chez les plus jeunes ce qui peut donner naissance à de futurs champions.

« Il faut aimer faire des sauts. Les jeunes aiment souvent aller en compétition, sauf que ça ne représente que 5 % du sport. Le reste, c’est de l’entraînement, insiste-t-il. La raison pour laquelle on était forts dans le temps et qu’on est forts encore aujourd’hui, c’est que les athlètes trippent à faire des sauts. »

À 43 ans, il a délaissé la compétition depuis longtemps mais n’a pas rangé ses skis pour autant. En compagnie de Jean-Marc Rozon, un pionnier du ski acrobatique au Québec, il saute encore régulièrement pour le plaisir.

À l’aube des Jeux olympiques, le recruteur d’élite sait dans quel état doivent être les athlètes de l’équipe nationale. « J’ai l’impression que lors d’une année olympique, l’athlète devrait être prêt et sauter moins. Comme ça, il arrive aux Jeux et il est en feu, il veut sauter. » Le but, ajoute-t-il, « c’est de réussir des sauts à la perfection, et ça, on peut seulement le faire si on a confiance en sa préparation. »

Même si l’expérience olympique ne se limite pas aux podiums, Nicolas Fontaine admet que si Olivier Rochon et Travis Gerrits remportaient des médailles, c’est toute l’équipe qui en bénéficierait.

« De la manière dont fonctionne actuellement le programme À nous le podium, si tu n’es pas capable de démontrer que tu peux remporter des médailles dans le futur, le financement est difficile. » Si l’argent n’est pas au rendez-vous, c’est donc la passion qui doit prendre le relais.

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