Économie

Le printemps de l'Europe

L’élection de Barack Obama a suscité partout dans le monde, et notamment en Europe, enthousiasme et espoir. Il faut s’en réjouir, car de tels moments d’unanimisme sont propices aux initiatives susceptibles de débloquer des situations depuis longtemps figées. Pour ne pas décevoir, la nouvelle administration américaine va devoir agir vite, et sur bien des fronts.

Il est peu probable que la relation transatlantique soit au premier rang des priorités de Barack Obama en matière de relations internationales. L’urgence, vue de Washington, c’est naturellement le retrait d’Irak, dont le principe a été confirmé et le calendrier établi.

La deuxième urgence est sans doute l’Afghanistan, qui pourrait constituer un premier sujet de débat entre les États-Unis et leurs partenaires européens. Nos amis américains vont très vraisemblablement nous demander d’accompagner sur le terrain leur montée en puissance dans le dispositif militaire qu’ils estiment nécessaire pour vaincre les Talibans.

La réponse européenne sera-t-elle à la hauteur des attentes américaines ? Rien n’est moins sûr, car nombreux sont les responsables politiques, de ce côté-ci de l’Atlantique, qui redoutent de s’enliser dans un nouveau bourbier.

Pour une action concertée au Proche-Orient

En revanche, l’Europe, qui a renforcé sa crédibilité auprès des protagonistes de la région, y compris auprès des Israéliens, est prête à s’investir dans la relance du processus de paix au Proche-Orient. La nouvelle configuration politique qui se dessine en Israël après les dernières élections législatives sera-t-elle favorable à une initiative décisive de la part des puissances du Quartet (États-Unis, Union européenne, ONU, Russie)?

J’hésite à l’affirmer au moment où j’écris ces lignes. Mais j’espère de tout cœur que les États-Unis et l’Europe pourront agir de concert pour faire bouger les lignes d’un affrontement qui, depuis un demi-siècle, pourrit la situation internationale.

Le climat des relations avec l’Iran aura à cet égard un poids certain. Et sur ce front-là aussi, surgissent plus de questions que de réponses. Le dialogue est-il possible avec un régime qui souffle en permanence le froid et le chaud ? Qui se dit prêt à la discussion mais qui, dans le même temps, provoque ses interlocuteurs potentiels en poursuivant la mise en œuvre de son programme d’enrichissement de l’uranium et lance des vecteurs qui mettent un satellite en orbite ? Ici encore, une étroite coordination entre Washington et les capitales européennes, qui ont une bonne connaissance du terrain, pourrait être fructueuse.

  Je ne vais pas passer en revue toutes les situations de crise qui méritent attention et action de la part de la nouvelle administration américaine. Les conditions d’un partenariat stratégique avec la Russie d’un côté et la Chine de l’autre sont aussi des enjeux majeurs. Je voudrais plutôt revenir à la relation transatlantique qui, pour nous Européens, est évidemment au premier plan.

Les rendez-vous d’avril

Il y a d’abord celui du G20, programmé depuis la réunion de Washington en novembre dernier. Les Européens en attendent beaucoup. Angela Merkel, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont même fait monter les enchères en déclarant récemment qu’ils n’accepteraient pas un sommet « au rabais ».

Les grands pays développés et les principales nations émergentes parviendront-ils à se mettre d’accord sur une réforme ambitieuse du système financier mondial ? Les débats seront à coup sûr animés, entre ceux qui veulent réguler le capitalisme financier pour garantir son bon fonctionnement et ceux qui ont l’ambition d’y substituer un autre modèle de développement… qui reste à définir.

Deuxième rendez-vous essentiel : le sommet de l’OTAN, à Strasbourg, organisé à l’occasion du 60e anniversaire de l’Alliance atlantique. La perspective de cette rencontre soulève déjà en France la controverse. Le président de la République ne fait pas mystère de son intention de ramener la France, à cette occasion, au sein des structures militaires intégrées de l’Alliance, que le général de Gaulle lui avait fait quitter en 1966.

Certains, chez nous, sont partis en guerre contre ce projet, les uns se réclamant de ce qu’ils estiment être leur fidélité au gaullisme, d’autres se découvrant soudainement gaullistes… par anti-sarkozysme systématique.

L’enjeu est grave 

L’idée, en soi, ne me choque pas. D’autant moins que le président Chirac et son gouvernement, que je conduisais, l’ont aussi eue en 1995.

Nous avions à l’époque enclenché un processus de rapprochement, en fixant deux conditions : d’abord, un partage équitable des responsabilités et donc des commandements au sein de l’Alliance entre Américains et Européens ; ensuite, un accroissement important de la capacité de défense autonome de l’Europe, acceptée par les Américains et voulue par les Européens, non pas pour se substituer à l‘Alliance, mais pour la compléter.

Aucune de ces conditions, en 1995, n’avait pu être remplie. Depuis lors, les choses ont changé…
À Saint-Malo, en 1998, Tony Blair et Jacques Chirac ont conclu un accord historique qui a permis le déblocage de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Cette politique a fait depuis lors des progrès notables. L’Union européenne a, par exemple, conduit vingt-trois missions à l’extérieur de son territoire, dont six opérations militaires d’envergure en Bosnie, en République démocratique du Congo, au Tchad et, en ce moment même, dans l’Océan indien, contre les pirates qui écument les côtes de la Somalie.

L’initiative de Nicolas Sarkozy s’inscrit aujourd’hui dans cette continuité. Et elle appelle les mêmes éclaircissements : y aura-t-il partage équitable des responsabilités ? Les partenaires européens sont-ils vraiment décidés à franchir le pas décisif dans la mise en œuvre de capacités militaires propres ? Américains et Européens partagent-ils la même vision du rôle de l'OTAN, qui doit redéfinir ses missions et ses terrains d'action dans un monde radicalement différent de celui dans lequel elle est née ?

On mesure l’importance de ce débat pour la France, pour l’Europe et pour la relation transatlantique. Rendez-vous en avril.

Alain Juppé est président de la Commision du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France.

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