Québec

Fatima Houda-Pepin à Visage Découvert

Nous nous étions donné rendez-vous dans un restaurant de Brossard, au cœur du comté qu’elle a représenté à l’Assemblée nationale pendant 20 ans. Ici, tout le monde connaît Fatima Houda-Pepin. Elle inspire le respect. J’avais l’impression que les clients du Breakfast Club allaient se mettre au garde-à-vous ! Déterminée, elle a réquisitionné un salon privé, commandé un espresso le temps que je me dépêtre avec mon magnétophone numérique. En entrevue, pas un mot de trop, aucune hésitation, un discours fluide et clair, ce qui est rare. Cette femme a l’esprit remarquablement structuré.

Nous nous étions donné rendez-vous dans un restaurant de Brossard, au cœur du comté qu’elle a représenté à l’Assemblée nationale pendant 20 ans. Ici, tout le monde connaît Fatima Houda-Pepin. Elle inspire le respect. J’avais l’impression que les clients du Breakfast Club allaient se mettre au garde-à-vous ! Déterminée, elle a réquisitionné un salon privé, commandé un espresso le temps que je me dépêtre avec mon magnétophone numérique. En entrevue, pas un mot de trop, aucune hésitation, un discours fluide et clair, ce qui est rare. Cette femme a l’esprit remarquablement structuré.

Lise Ravary : Un an s’est écoulé depuis les événements qui vous ont amenée à quitter le monde politique, soit l’accrochage avec Philippe Couillard et votre défaite contre Gaétan Barrette. Comment s’est passée cette année ?

Fatima Houda-Pepin : Je n’ai jamais cessé d’être une citoyenne engagée dans la communauté. J’ai peut-être eu cette intelligence, quand je suis entrée en politique, de conserver mes liens d’amitié et un certain nombre d’activités. Par exemple, je donnais des conférences sur des questions pour lesquelles on me reconnaît une certaine expertise, dans les milieux universitaires, auprès des groupes de femmes, dans le milieu communautaire. Je n’avais pas cessé de le faire pendant les 20 ans où j’ai été députée. J’ai continué à répondre aux demandes, dans les limites de ma disponibilité.
Après avoir quitté la politique, je ne suis pas tombée dans le vide. Mais je me suis payé le luxe de me demander : « Qu’est-ce que je veux faire les 10, 15 prochaines années ? » En attendant, j’ai accepté un contrat, que je suis en train de terminer, sur le développement démocratique et le leadership des femmes.

Quel souvenir gardez-vous de ces 20 années ?

J’ai vécu 20 ans de bonheur. Je sais que, de l’extérieur, on a une très mauvaise perception de la politique et des politiciens. Moi, j’ai vécu la politique dans un engagement total envers les citoyens, l’intérêt public, et tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par conviction ; je n’en regrette pas un seul moment. Être en politique et faire de la politique, c’est noble, quand on le fait noblement.

Que faire, alors, pour redorer le blason de la politique ?

Quand on demande aux gens comment ils perçoivent les politiciens, ils répondent que ceux-ci sont menteurs, malhonnêtes, qu’ils ne tiennent pas leurs promesses, etc. Or, il est démontré que les partis politiques, dans les meilleurs des cas, ne réalisent pas 60 % des engagements pris en campagne électorale. Et désormais, les partis se présentent en campagne électorale sans engagements. Une fois élus, ils imposent un programme pour lequel ils n’ont jamais reçu de mandat. C’est très préoccupant.

Est-ce la faute de la partisanerie ?

Voilà une autre chose qui est en train de tuer la démocratie. Elle a atteint un niveau tel que, de nos jours, plusieurs politiques sont mises de l’avant pour des raisons strictement stratégiques. Au lieu d’essayer de vraiment améliorer les choses, on se laisse entraîner par les relations publiques, les communications. Parfois, cela mène à des bassesses incroyables. Les véritables enjeux sont perdus dans tout cela. On ne devrait pas mettre des bâtons dans les roues d’initiatives qui touchent le bien public.

Comme, par exemple, en éducation ?

Pour moi, l’éducation, c’est un enjeu majeur, majeur, majeur. C’est le fondement de la société, et la base de notre relève. Or, on n’a pas entendu parler d’éducation pendant la campagne, personne ne s’en préoccupe depuis que le gouvernement est là. C’est grave. Et chaque fois qu’on en parle, c’est sous l’angle des structures et des coupures. Les gens en ont soupé. Mais si on leur présente un projet stimulant, inspirant, les gens vont embarquer.

Quelles préoccupations trônent en haut de votre liste ?

La diversité religieuse pose un défi énorme aux sociétés démocratiques. Tout d’abord, les religions, on ne les connaît pas. Et quand on les connaît, c’est souvent à travers des préjugés. Et les religions sont porteuses de valeurs qui ne sont pas toujours concordantes. Il faut accepter les religions pour ce qu’elles sont, mais il faut se battre contre l’instrumentalisation des religions. Ce qui relève de la foi, de la piété, je le respecte. Mais je suis d’une vigilance sans faille pour contrer les manipulations effectuées au moyen des religions, en particulier la mienne, qui, malheureusement, a son lot de fanatiques. Tout cet endoctrinement, il ne faut pas se raconter d’histoires, existe dans un registre politique. La religion, c’est le paravent.

Comment contrer l’intégrisme ?

Il ne faut pas que ce qui se passe en Europe vienne ici. On n’en sortira pas tant qu’on ne se sera pas donné un cadre de référence. Le jalon, c’était mon projet de loi 491. Je ne suis pas dans les interdits tous azimuts, dans le combat du foulard. Pour moi, la neutralité doit s’appliquer aux personnes en position d’autorité contraignante. Mais le Parti libéral, sous monsieur Charest, hésitait à agir, de peur de perdre des votes.
Êtes-vous en colère contre le Parti libéral ?
J’ai vu beaucoup de choses de l’intérieur, mais je suis loyale. Loyale envers le Parti libéral. Je suis fédéraliste, et j’étais libérale bien avant l’arrivée de Philippe Couillard. Et je le serai après lui.

Quels défis vous attendent ?

Je veux continuer de contribuer au débat. Je continue à travailler, mais l’important, pour moi, à cette étape-ci de ma vie, c’est de partager mon expérience, mon expertise. Je suis très préoccupée par la question de la démocratie et par la participation des jeunes à la vie politique. Il faut aller les chercher. Il faut faire de la politique autrement. La clé, c’est de ne pas vouloir changer le monde, mais de petites choses, pour améliorer la vie des gens.

Peut-on espérer votre retour en politique un jour ?

Pas pour le moment.

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