Économie

De la crise à une nouvelle économie: Barack Obama pose les premiers jalons d’une économie verte.

« Aux nations qui, comme la nôtre, connaissent une relative prospérité, nous disons que nous ne pouvons pas nous permettre de rester indifférents au sort du reste du monde ni de consommer les ressources mondiales sans en mesurer les conséquences. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui. »

« Aux nations qui, comme la nôtre, connaissent une relative prospérité, nous disons que nous ne pouvons pas nous permettre de rester indifférents au sort du reste du monde ni de consommer les ressources mondiales sans en mesurer les conséquences. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui. »

S’il n’a guère été commenté dans les médias, ce petit extrait du discours d’investiture de Barack Obama n’est pas passé inaperçu parmi les observateurs des politiques environnementales américaines. En fait, il ne faisait que confirmer les positions que ce dernier a défendues tout au long de son parcours jusqu’à la Maison-Blanche. Et si certains pouvaient demeurer sceptiques, les premières mesures que le nouveau président s’est hâté de prendre dès son arrivée au pouvoir ont dissipé tout doute quant à sa volonté de mettre en œuvre une véritable politique environnementale.

En fait, comme l’affirmait le spécialiste Michael E. Kraft à l’occasion du dernier congrès de l’International Studies Association, tenu à New York le 16 février dernier, si les changements annoncés dans plusieurs domaines de la politique américaine demeurent pour l’heure hypothétiques, la nouvelle orientation en matière d’environnement est pour sa part certaine, comme en témoignent nombre de mesures que le président, à peine entré en fonction, a jugé bon de prendre.

Tout d’abord, le président Obama a demandé à l’Agence de protection de l’environnement (EPA) de reconsidérer sa décision d’empêcher la Californie de réglementer les émissions des automobiles, et de laisser les États libres de répondre aux exigences du protocole de Kyoto. Une véritable « course vers le haut » pourrait dès lors débuter entre des États désireux de montrer la voie en matière de changements climatiques et de technologies vertes, une dynamique que l’administration Bush avait littéralement tuée dans l’œuf.

Lorsque la position de l’EPA aura été revue, pas moins de 17 États américains – près de la moitié du marché de l’automobile – pourraient adopter des réglementations plus strictes, ce qui devrait envoyer un signal clair aux constructeurs.

Selon Barack Obama, « le gouvernement fédéral doit travailler avec, et non contre les États pour réduire les gaz à effet de serre ». C’est dans cette perspective que la nouvelle administration compte mettre en vigueur dès 2011 – plutôt que 2020 – les nouvelles normes d’efficacité énergétique adoptées en 2007, ce qui permettra de réduire la consommation américaine de deux millions de barils de pétrole par jour.

Dans la foulée de ces réglementations, le président Obama ouvre une nouvelle ère d’« écoconditionnalité » avec son plan de relance, lequel, il faut le reconnaître, semble à l’opposé du dernier budget fédéral canadien en matière d’environnement.

Le plan américain qui vient d’être adopté, composé pour un tiers de mesures fiscales et pour deux tiers d’investissements, vise en effet à combiner économie et protection de l’environnement. En stimulant à la fois l’activité industrielle et les comportements d’achat verts, ce plan, couplé aux mesures de réglementation, devrait propulser une véritable modernisation écologique de l’économie américaine, laissant potentiellement le Canada loin derrière.

À titre d’exemple, pendant que le gouvernement canadien soutient les industries pétrolière et nucléaire, le plan du président Obama accroît les avantages fiscaux offerts au secteur des énergies renouvelables. Il propose également un crédit d’au moins 2 500 dollars pour l’achat d’un véhicule électrique, ce qui stimulera l’industrie automobile américaine – dans la mesure où celle-ci est disposée à développer ce type d’offre.

De son côté, le gouvernement canadien n’impose aucun incitatif à la modernisation écologique et aux véritables développements technologiques qu’exigent les enjeux écologiques, ce qui risque de coûter très cher à nos industries et à notre économie d’ici quelques années, lorsque nos entreprises seront incapables de répondre aux nouvelles normes américaines, mais aussi internationales, en matière de performance environnementale.

L’énergie constitue assurément un immense chantier pour les États-Unis : il est également prévu de moderniser le réseau de distribution, notamment afin de permettre le transport des énergies solaire et éolienne ; en outre, l’administration devrait commencer par faire le ménage dans sa propre cour en améliorant de 75 % l’efficacité énergétique des bâtiments fédéraux au cours des prochaines années.

Par ailleurs, l’engagement en matière de production d’énergies renouvelables, que la nouvelle administration américaine compte doubler d’ici les trois prochaines années, en plus d’avoir des visées écologiques, poursuit un objectif que l’on pourrait qualifier de « géostratégique », dans la mesure où le président souhaite libérer le pays de sa dépendance au pétrole ; ainsi, politique, économie et environnement se conjuguent de façon inédite.

Alors qu’à peine entré en fonction, Barack Obama a mis sur pied une équipe solide et a déjà pris une série de mesures en faveur de l’environnement, son engagement ne peut faire de doute. Bien entendu, il se heurtera à de l’opposition, et l’opinion publique pourrait ne pas toujours être d’accord avec lui.

En se promettant de redonner à la science la place qui lui revient, le président facilitera sans aucun doute la légitimation de ses politiques environnementales. Mais le plus important facteur de succès de ses politiques auprès de l’électorat résidera dans sa capacité à concilier modernisation écologique et vitalité économique, c’est-à-dire à redéfinir la prospérité américaine en y intégrant la conservation de l’environnement. Là se situe certainement l’un des plus importants clivages entre l’administration Obama et celles qui l’ont précédée.

La protection de l’environnement avait été présentée jusqu’alors comme un sacrifice que le peuple américain ne serait jamais prêt à faire : « Notre mode de vie n’est pas négociable ! » À l’inverse, Barack Obama rejette le dogme d’une soi-disant contradiction entre l’économie et l’environnement, opposant plutôt l’économie polluante d’hier à l’économie verte de demain, si bien que le combat ne se livre plus entre économie et environnement, mais plutôt entre économie du passé et économie du futur.

Dans cette perspective, même la crise économique peut paraître comme une occasion à saisir : au-delà des compromis nécessaires avec les républicains, le plan de relance est en effet l’occasion d’investissements majeurs qui peuvent être assortis d’une certaine « écoconditionnalité ». Alors que des investissements exclusivement écologiques pourraient être difficiles à justifier encore aujourd’hui, le contexte de la crise impose peut-être une modernisation écologique qu’il aurait autrement fallu planifier sur une dizaine d’années au moins ; or, le plan de relance promet dès maintenant un rendement à la fois économique et écologique.

Après ces premiers jalons, beaucoup sont impatients de voir quel rôle jouera le nouveau président lors des négociations de l’après-Kyoto, à Copenhague, en décembre prochain.

Il y a quelques décennies, rappelle Michael E. Kraft, c’est avec succès que les États-Unis avaient ouvert la marche dans le dossier des chlorofluorocarbones (CFC) et de la couche d’ozone. Si ce pays décide, comme on pourrait s’y attendre, d’adopter cette fois encore une position de chef de file en matière de changements climatiques, la dynamique des prochaines négociations en sera profondément bouleversée et pourrait présider à d’intéressantes réactions tout autant de la part de l’Europe que de la Chine.

En conclusion, si, après seulement quelques semaines de mandat, il est encore difficile de juger des engagements du président Obama en matière d’environnement, on peut néanmoins penser que le meilleur reste à venir.

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