Économie

Boom à l’Est et à l’Ouest Passage à vide pour l’Ontario et le Québec

Entrevue avec Sandra Pupatello, ministre du Développement économique et du Commerce de l’Ontario.

Elle nous parle de l'Ontario, au cœur d'un paysage économique et politique en pleine transformation…
 

Forces : Quels sont les principaux défis auxquels fait face l'Ontario ?

Sandra Pupatello : Ils ne dépendent pas de nous ! Les deux plus importants sont la valeur du dollar canadien et le ralentissement de l'économie américaine. C’est contrariant, surtout sachant qu’environ 85 % des produits manufacturés de l'Ontario sont exportés, et ce, essentiellement vers les États-Unis. Cela, associé à la hausse du dollar canadien depuis 2000, constitue pour nous une double malchance.

Forces : Quels sont les plus grandes forces de l'Ontario ?

Sandra Pupatello : La diversification de nos marchés. Notre économie n'est pas monosectorielle. Si certains secteurs se trouvent dans une situation précaire ― comme le secteur manufacturier, largement dépendant de l'économie américaine ―, l’économie ontarienne prise dans son ensemble, même si elle tourne au ralenti, est en croissance constante.

Certains secteurs se portent extrêmement bien, par exemple l'agriculture, la transformation des aliments, les biotechnologies, l'aérospatial, les finances, et l'industrie pharmaceutique.           

Même le secteur de l'industrie automobile se porte assez bien, si on le compare avec l'ensemble de l'Amérique du Nord ; nous sommes le plus grand fabricant d'automobiles du continent, celui qui a bénéficié du plus haut niveau d'investissement, soit plus de 10 milliards de dollars, une somme colossale.  Malgré de sérieuses difficultés, les gens qui investissent le font en Ontario. À titre d'exemple, Toyota ouvrira prochainement une nouvelle usine à Woodstock.

Forces : Les coûts de transport des produits en provenance de Chine et d'autres pays d'Asie subissent la hausse des prix du carburant. La fabrication de produits qui a été délocalisée vers d'autres pays reviendra-t-elle en Ontario ?

Sandra Pupatello : Les coûts élevés de l'essence touchent tous les secteurs de l’économie, et certaines entreprises pourront sans doute en tirer parti. Quelques-unes en profitent déjà pour rendre plus écologiques leurs activités et leurs produits, en créant des technologies et des méthodes de fabrication plus efficaces, abordables et durables. 

Le travail manufacturier a été largement délocalisé, mais il nous revient en partie. Et pas uniquement à cause du prix de l'essence. Nous avons d'abord connu un certain engouement engendré par la perspective d'une main-d'œuvre bon marché. Toutefois, au chapitre de la qualité des produits et de l'accès rapide à des services, il y a nécessairement un prix à payer.

Par exemple, l'industrie de la fabrication employant des outilleurs-ajusteurs s'est largement déplacée vers la Chine. Mais on s’est depuis rendu compte que la maintenance est indissociable de la nature même de leur travail ; or, il est plus simple d’assurer la maintenance chez soi. À l'étranger, on rencontre un problème de coûts et de compétences. Le miracle de la délocalisation est désormais remis en question, et une partie de ces emplois nous reviennent. Il y a donc de nombreuses raisons de garder les emplois au pays.

 

Forces : Quelle est la situation de l'emploi en Ontario ?

 

Sandra Pupatello : Nous aimerions qu'elle soit meilleure, mais nous sommes néanmoins satisfaits de notre performance. L'Ontario compte pour 40 % de l'économie canadienne, il en est le moteur le plus important ; il est donc primordial pour l'ensemble du Canada que l'économie ontarienne se porte bien.

 

Forces : Comment voyez-vous les forces économiques et politiques du Centre du Canada par rapport aux succès de l'Ouest et à la perspective d'un boom pétrolier dans les Maritimes ?

 

Sandra Pupatello : Je suis très heureuse de leur réussite. C'est très bien pour l'ensemble du Canada, et c’est excellent aussi pour l’Ontario, qui est leur plus grand consommateur.

 

L'Ontario est le plus gros client de presque toutes les sociétés pétrolières et gazières ; il représente environ 40 % de leur chiffre d'affaires. Avec 110 milliards de dollars de production en Ontario, nos énormes contrats nourrissent les secteurs pétroliers et gaziers. Il y a donc une certaine concurrence entre les différentes régions du Canada ; cependant, nous sommes tous liés, et le pays fonctionne comme une grande coopérative.

          

Forces : L'énergie nucléaire est-elle une solution réaliste, efficace et souhaitable pour l'Ontario ?

 

Sandra Pupatello : Les Ontariens sont conscients de leurs besoins en énergie nucléaire et des avantages de cette source énergétique. En Ontario, 50 % de l'énergie est de source nucléaire – et elle est propre.

L'Ontario est en voie d'éliminer complètement l'usage du charbon : nous en serons débarrassés dès 2014. Et c'est en maintenant un bon approvisionnement d'énergie de source nucléaire que nous pourrons atteindre cet objectif. Nous espérons également produire sous peu 20 % d'énergies renouvelables.

Forces : Plus tôt en 2008, l'Ontario et le Québec ont conclu un accord historique visant la coopération à plusieurs niveaux. Quels en seront les avantages pour les travailleurs et les entreprises des deux provinces ? Cet accord pourra-t-il fortifier le Centre du Canada ?

Sandra Pupatello : Tout récemment, lors d’une conférence avec le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec, Raymond Bachand, lorsque nous avons annoncé ensemble que « le Centre du Canada est de retour », cela a suscité des applaudissements retentissants.

Le Centre du Canada est à la base de l'économie de la nation. Nous avons donc pris les mesures nécessaires pour éliminer les barrières entre le Québec et l'Ontario afin d'accroître nos échanges commerciaux, et décidé de nous appuyer sur nos nombreux points communs pour travailler en collaboration. La mobilité de la main d’œuvre à l’échelle canadienne constitue par ailleurs un avantage.

 

Sur le plan international, plus nous serons ouverts à la mobilité des ressources, plus nous serons efficaces lors de nos discussions commerciales avec l'Union européenne. Dans le cadre de projets tels que le Programme pilote des candidats de l’Ontario (PPCO), nous créons un climat favorable pour les entreprises étrangères qui désirent investir chez nous : nous les aidons à recruter des travailleurs qualifiés (que nous aidons, si nécessaire, tout au long du processus d'immigration) ; de plus, le programme permet aux employeurs de demander une autorisation pour que des postes soient occupés par des nouveaux arrivants, et même de recruter des nouveaux arrivants en Ontario.

 

Forces : Le libre-échange au sein des Amériques est-il toujours un objectif réaliste et souhaitable ?

 

Sandra Pupatello : Oui. Lorsque la lumière aura été faite sur l'ALENA, nous constaterons que tous en ont bénéficié.

 

Forces : Envisagez-vous un accord de libre échange avec l'Europe ? Pour quand ? Quels en seraient les avantages et quels sont les obstacles ?

 

Sandra Pupatello : Je pense qu'il serait prématuré de parler d'un accord de libre-échange avec l'Europe, mais nous souhaitons fortifier nos liens économiques avec l’UE.

 

Des ministres du Québec et moi-même avons rencontré des représentants de l'Union européenne pour discuter de notre synergie et de nos intérêts communs, dont les énergies alternatives et les techniques avancées de production sont un exemple. Par « techniques avancées », j'entends réduction des coûts, ensemble de compétences élevées pour une production efficace, et importance réelle donnée à l'éducation. C'est un point essentiel pour L'Union européenne, car les économies fortes qui possèdent un haut niveau d'éducation s'épanouissent.

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