Économie

Un tournant historique pour les institutions financières

Kimon Valaskakis, Ancien ambassadeur du Canada a l’OCDE Professeur, sciences économiques, Université de Montréal (RET) Président Nouvelle Ecole d’Athènes

Récession ? Crise financière ? Crise économique ? Crise systémique ? En prospective, il faut chercher les faits porteurs d’avenir précurseurs de tendances. Or, tout porte à croire que la crise actuelle n’est pas une simple récession mais bien une crise systémique, et que nous nous trouvons peut-être à la veille d’un grand tournant historique qui risque de renverser des tendances vieilles de trente ans.
Le retour en force de l’État.

Récession ? Crise financière ? Crise économique ? Crise systémique ? En prospective, il faut chercher les faits porteurs d’avenir précurseurs de tendances. Or, tout porte à croire que la crise actuelle n’est pas une simple récession mais bien une crise systémique, et que nous nous trouvons peut-être à la veille d’un grand tournant historique qui risque de renverser des tendances vieilles de trente ans.
Le retour en force de l’État.

Depuis 1980, la révolution Reagan-Thatcher a entraîné un retrait considérable de l’État de la vie économique. Ce retrait a été marqué par quatre tendances lourdes : déréglementation, privatisation, réduction de l’État providence et libéralisation des échanges. La conjugaison de ces quatre tendances a contribué à l’essor d’une mondialisation qui a créé beaucoup de richesse, mais qui fait défaut au niveau de la répartition de celle-ci. On a ainsi créé un monde sans frontières, mais aussi sans règles, et qui est maintenant en voie de s’effondrer.

La déréglementation a mené au chaos actuel. Il y a clairement consensus : il faut rectifier le tir. La déréglementation a permis tous les excès, comme le montre la multitude de scandales d’entreprise survenus depuis 2000 (Enron, Worldcom, Bear Sterns, etc.) La privatisation, qui a créé en Russie, en Chine et ailleurs des milliardaires instantanés n’ayant plus de comptes à rendre à personne, est aujourd’hui remise en question. Le gouvernement Bush a bel et bien nationalisé Fannie May, Freddy Mac et AIG. Il est ainsi curieux de voir le gouvernement le plus à droite de la planète recourir à une stratégie de gauche. D’autres l’imiteront certainement. La réduction de l’État providence est aussi remise en question. Le sauvetage de nombreuses entreprises par le contribuable et l’octroi de parachutes dorés à des PDG incompétents irritent grandement le public. Privatiser les profits et nationaliser les dettes ne passe pas bien, surtout sous un régime démocratique. Il faudra faire davantage pour le peuple sous peine de se voir chassé du pouvoir. Enfin, le libre échange, vache sacrée du capitalisme moderne, est en train de perdre de sa popularité. L’échec de la ronde de Doha et le ressac américain vis a vis des pertes d’emplois semblent militer contre le libre échange mondial et favoriser des blocs régionaux tels que l’Union européenne. Cette dernière est autant un projet politique qu’économique, avec une charte sociale et des règles éthiques. Les blocs socioéconomiques comprenant des pays qui partagent le même projet de société pourraient remplacer le libre-échange universel.
La nécessité d’une meilleure gouvernance mondiale

Le retour en force de l’État peut-il se faire au niveau purement national ? La mondialisation, phénomène probablement permanent, l’interdit. Quand Roosevelt a introduit le New Deal, le gouvernement américain pouvait effectivement contrôler l’économie américaine, car les multinationales n’étaient pas encore présentes. Or, aujourd’hui, celles-ci jouissent d’une mobilité géographique qui leur permet d’échapper à une juridiction particulière. Les 193 membres souverains des Nations Unies et les milliers de gouvernements infra-nationaux créent des juridictions concurrentes. Aucun gouvernement ne peut imposer ses règles au monde entier. La superpuissance américaine rivalise désormais avec plusieurs puissances étrangères (Chine, Inde, Japon…). De plus, les fonds souverains de plusieurs États ont maintenant le pouvoir d’acheter les entreprises américaines en difficulté et d’en prendre le contrôle. Pour éviter de nouvelles guerres mercantilistes, il faudra aller vers une meilleure gouvernance mondiale, d’abord au moyen d’une concertation d’organismes nationaux, telle l’actuelle action concertée des banques centrales. Ensuite, de nouvelles institutions ou une refonte d’institutions actuelles devront assumer le rôle d’arbitrage essentiel à un capitalisme mondial durable et équitable.

La tourmente actuelle est porteuse d’avenir pour un nouveau capitalisme international responsable et durable. Le grand Adam Smith, père du capitalisme, l’avait bien dit : si les hommes étaient des anges on n’aurait pas besoin de gouvernements. Il faut encadrer les activités humaines par l’empire du droit, pas seulement à l’échelle des nations, mais aussi et surtout à l’échelle mondiale. La gouvernance globale n’est pas seulement souhaitable. Elle est inévitable.

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