International

Initiatives européennes

Lancée en mars 2000 par l’Union européenne, la « stratégie de Lisbonne » visait à faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde à l’horizon 2010 ». L’ambition était grande, sans doute irréaliste. Peut-être pouvait-elle même faire sourire. Et de fait, huit ans plus tard, elle ne semble pas en bonne voie. Dans un rapport récemment remis au gouvernement français, Laurent Cohen-Tanugi en dresse un bilan contrasté : l’objectif d’un taux de croissance de 3 % n’a pas été atteint par l’Union européenne sur la période 2002-2006, constate-t-il, même si « la moitié des États membres ont affiché des résultats supérieurs ». Certes, les taux d’emploi global « ont connu une évolution positive ». Mais les dépenses européennes de R-D demeurent très loin de l’objectif affiché de 3 % du PIB. À 1,8 %, « elles apparaissent même en régression depuis 2000 ». Les 27 États membres de l’UE ne renoncent pas pour autant, et le Conseil européen de mars 2008 vient même de réaffirmer sa détermination.
 

Si j’ai rappelé ces initiatives européennes, c’est moins pour débattre des résultats obtenus que pour mettre en évidence une réalité : il existe partout, aujourd’hui, un consensus pour faire du triangle éducation-recherche-innovation le socle de toute stratégie de progrès économique, social et environnemental, et la seule bonne réponse à la mondialisation. C’est le défi que, face à la stimulante concurrence des économies émergentes, nous devons absolument relever.

            La France partage évidemment cette conviction et s’efforce de mobiliser toutes ses énergies pour obtenir des résultats significatifs. C’est, en première ligne, l’affaire des acteurs économiques et sociaux, avec le soutien des pouvoirs publics nationaux et régionaux. Mais les villes ont aussi un rôle crucial à jouer. J’ai déjà eu l’occasion de souligner, dans ces colonnes, leur responsabilité éminente dans la modernisation des infrastructures de transport ou pour la prise en compte des exigences du développement durable dans la construction et l’habitat. Elles doivent également mettre en œuvre des politiques ambitieuses d’éducation, d’encouragement à la recherche et de promotion de l’innovation. Dans la concurrence acharnée que se livrent les grandes métropoles pour attirer des entreprises créatrices d’emploi, la qualité de l’offre éducative et universitaire est en effet un atout essentiel. De toutes les études réalisées sur les motivations des investisseurs dans leurs choix d’implantation en pays développés, il ressort que les critères prioritaires ne sont pas tant le taux d’imposition ou le niveau des salaires que la qualité de vie et la richesse du tissu universitaire et du milieu de la recherche.

            Chez nous, les villes n’ont, en propre, que la charge de l’enseignement élémentaire. Et encore n’interviennent-elles en principe que pour la construction et

l’entretien des bâtiments. Elles débordent toutes du champ strict de leurs compétences officielles pour s’intéresser aux activités périscolaires proposées aux enfants dans le domaine culturel et sportif, par exemple, et, de plus en plus, dans celui du soutien scolaire et de l’aide aux devoirs. Mais les villes sont également amenées à s’engager dans des relations avec le monde universitaire et de la recherche. C’est la philosophie des pôles de compétitivité créés il y a quelques années par le gouvernement français pour mieux associer entreprises, universités et laboratoires de recherche, collectivités locales et État dans le financement et le développement de projets innovants. Bordeaux, pour prendre un exemple qui me tient à cœur, bénéficie de quatre pôles principaux : aéronautique et espace, lasers, filière bois papier, et agroalimentaire associé à la pharmacie et à la santé.

            Le pôle aéronautique, qui regroupe sous le label « Aerospace Valley » les capacités de Bordeaux et de Toulouse, compte 75 grandes entreprises, 250 PME, 17 centres de recherche et 42 centres de formation. Parmi les projets structurants qu’il a lancés, je citerai la constitution, à Toulouse, du plus grand campus universitaire dans le domaine de l’aéronautique et des systèmes embarqués ; ou encore la création d’un plateau technique consacré à l’amélioration des performances des matériaux à Bordeaux.

            Nos villes se veulent aussi parties prenantes du développement de leurs universités. Elles ont bien compris que la force d’attraction de leurs établissements d’enseignement supérieur est un atout décisif dans la concurrence qu’elles se livrent entre elles. J’ai été frappé, durant mon séjour à Montréal, de la place prépondérante que tiennent les universités dans le rayonnement de la grande métropole québécoise, aussi bien à l’intérieur du Québec et du Canada qu’au-delà des frontières du pays.

            Les universités françaises prennent de mieux en mieux en compte cette exigence d’ouverture et de rayonnement international. Les autorités municipales s’efforcent de les y aider. Ce renforcement passe d’abord par un regroupement des structures et par la constitution d’universités capables d’atteindre la taille critique internationale.

            C’est ainsi que les quatre universités bordelaises, Bordeaux I, II, III et IV, viennent de se regrouper dans un pôle unique de recherche et d’enseignement supérieur simplement dénommé Université de Bordeaux. L’effet a été immédiat : elles ont gagné plusieurs dizaines de places dans le classement de Shanghai. Le même mouvement s’observe partout en France.

            Outre la loi récente qui accentue l’autonomie de nos universités, dont la marge de manœuvre n’a, hélas ! rien à voir avec celles de leurs homologues nord-américaines ou même européennes, le gouvernement vient enfin de lancer l’opération Campus, dont le but est de distinguer, comme l’a fait récemment le gouvernement allemand, une dizaine d’universités d’excellence dotées de moyens supplémentaires.

            Le classement se fera en fonction d’un projet pédagogique et scientifique, mais il est intéressant de constater que les autorités universitaires ont veillé à élaborer ce projet en étroite liaison avec les gouvernements locaux, villes et régions principalement. D’abord, et cela va de soi, dans la mesure où la modernisation et l’extension des sites universitaires dépendent étroitement de décisions d’urbanisme qui relèvent des autorités municipales. De ce point de vue, tous les maires tiennent à assurer le bon développement des activités universitaires, mais aussi la qualité de la vie étudiante sur le territoire de leur commune.

            En second lieu, le choix des disciplines prioritaires et des filières de formation doit être articulé avec les compétences scientifiques locales, mais également avec le potentiel économique régional et les affinités internationales des villes. Tel que mentionné dans le dossier Campus de l’Université de Bordeaux, « les pôles d’excellence correspondent à des thématiques reconnues sur la scène internationale comme facteurs majeurs de rayonnement… Chacun de ces pôles s’inscrit dans une perspective de développement fort portée notamment par l’existence de projets structurants pour le territoire ». On ne saurait mieux exprimer l’interdépendance nouvelle qui unit les villes et leurs universités : les premières fondent en grande partie leur croissance sur la force d’attraction des secondes… lesquelles ont besoin de s’ancrer dans un territoire pour jouer de tous leurs atouts.

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