Économie

Le commerce Canada-Europe - Le point de vue de Perrin Beatty

Le commerce Canada-Europe

Le point de vue de Perrin Beatty

Le moment est venu pour le Canada de diversifier ses marchés à l’exportation.

Car le ralentissement économique américain et les élans protectionnistes, et surtout la remise en question de l’ALENA au sud de la frontière, braquent les projecteurs ailleurs. Sur l’Asie, certes, mais surtout sur l’Europe, où beaucoup reste à faire. La voie européenne est d’autant plus attirante que Bruxelles fait désormais preuve d’ouverture, ce qui n’était pas le cas il y a trois ou quatre ans.  

 

Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, n’apprécie pas les discours politiques américains qui promettent une renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique le 1er janvier 1984. Cette remise en question de l’ALENA pourrait bien découler d’un certain opportunisme électoral, en cette course à l’élection présidentielle aux États-Unis ; mais il n’empêche qu’« à force d’en parler, on crée un mouvement. Et ce mouvement peut lier les mains du politicien qui, une fois élu, devra tenir ses promesses ».

            Ainsi, derrière les nombreuses déclarations de la Maison-Blanche selon lesquelles l’ALENA est là pour durer et « on ne répare pas un succès », les critiques répétées des deux candidats démocrates à l’investiture pour la présidentielle soulèvent des préoccupations.

            Il pourrait être dangereux de rouvrir et de renégocier l’ALENA, estime le représentant du monde des affaires canadien. Cette rhétorique démagogique a pour toile de fond une récession économique aux États-Unis qui n’est pas sans alimenter une poussée de fièvre protectionniste.

            Soudain, cette conjoncture vient rappeler au Canada qu’il peut être souhaitable d’élargir ses marchés et ses débouchés, et que son commerce extérieur est trop concentré aux États-Unis, pays qui absorbe jusqu’à 80 % des exportations canadiennes.

            « L’attrait des États-Unis est bien réel. Nous avons les mêmes systèmes, les mêmes façons de faire des affaires. Et le Canada jouit d’une grande proximité avec le marché le plus riche au monde. Cela ne devrait toutefois pas nous aveugler et nous empêcher de déplacer notre attention vers d’autres espaces économiques. »

            Le Canada souhaite un aboutissement du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En attendant, il multiplie les négociations bilatérales, entre autres avec le Pérou, la Colombie et la Corée du Sud, tout en parlant investissement avec la Chine et l’Inde, et en poursuivant les discussions au sein du partenariat pour assurer la sécurité et la prospérité de l’ALENA.

            S’ajoute cette étude conjointe entre le Canada et l’Union européenne « en vue de parvenir à une intégration économique équilibrée et plus poussée entre l’Union européenne et le Canada », peut-on lire dans la déclaration officielle publiée à l’issue du sommet Canada-Union européenne tenu en juin 2007, à Berlin. « Nous pourrions tirer de notre relation économique avec l’Europe bien plus que ce que nous avons présentement. »

            Cet important partenaire canadien, deuxième sur le plan des exportations, reste largement secondaire par rapport au poids qu’occupe le marché américain.

            Perrin Beatty y voit un marché mature, qui s’élargit vers les économies émergentes de l’Est. Une zone économique qui se classe parmi les dix plus grandes destinations quant aux investissements étrangers et qui est devenue, à son tour, deuxième investisseur étranger au Canada.

            Du point de vue canadien, outre notre marché, « nous leur offrons un accès à l’ALENA, notre particularité linguistique et une zone de confort quant à notre culture d’entreprise », poursuit-il. Mais de là à pousser plus à fond l’intégration économique de manière à entamer des négociations de libre-échange entre ces deux grands partenaires, il n’y a qu’un pas, qu’on hésite encore à franchir.

            Cette idée de libre-échange, qui semble surgir tous les dix ans, se heurte chaque fois à un manque d’intérêt observé des deux côtés de l’Atlantique. Toutefois, cela pourrait changer. « À Ottawa, c’est devenu une priorité. Ce ne l’était pas pour Bruxelles il y a trois ou quatre ans. Mais après plusieurs séances de négociations frustrantes sur des enjeux spécifiques, l’intérêt va grandissant. » Perrin Beatty croit qu’il y a une volonté réciproque de négocier désormais de façon globale, ou « agrégée », et non plus marché par marché ou économie par économie. Il insiste pour soutenir que cette question de libre-échange canado-européen mérite qu’on s’y attarde. Elle ne mobilise pas nécessairement tous les Canadiens, « mais nous avons nos Alcan, nos Bombardier et d’autres entreprises intéressantes de toutes tailles », dit-il.

            Il reste que l’importance relative du commerce avec l’Union européenne est deux fois plus élevée dans le cas du Québec. Autrement dit, parmi les provinces canadiennes, c’est le Québec qui comptabilise le plus d’échanges commerciaux avec l’Europe.

            D’ailleurs, le libre-échange avec l’Europe semble encore n’être qu’une préoccupation québécoise, comme on l’a souvent pensé du côté de Bruxelles. « On peut affirmer que le regard de l’Ouest est surtout dirigé vers le Pacifique, alors que celui de l’Est est orienté vers l’Atlantique. Toutefois, l’intérêt pour de telles négociations est pancanadien, sous le leadership québécois », a nuancé le président de la Chambre de commerce du Canada.

            Perrin Beatty revient sur cette intention prêtée à l’Union européenne de rechercher plutôt un traité de libre-échange avec l’ensemble de l’Amérique du Nord, pierre angulaire d’une grande union occidentale qui ferait contrepoids aux grands regroupements régionaux d’Asie et d’Amérique du Sud.

            Au demeurant, une entente de libre-échange entre l’Europe et le Canada serait un premier pas, une étape vers la création d’une « zone de prospérité transatlantique ». Selon le porte-parole des entreprises canadiennes, un rapprochement de cette envergure serait beaucoup plus difficile et plus complexe. « On se retrouverait à l’échelle de l’OMC, et devant des enjeux de la même nature que ceux qu’on y débat sans trop de succès depuis de nombreuses années maintenant. »

            Sans oublier que l’environnement actuel est plutôt dominé par des influences protectionnistes qui se trouvent nourries par le ralentissement économique et par la disparité entre le dollar américain et l’euro. Ce sont justement ces mêmes pressions protectionnistes et les impératifs de sécurité des Américains qui, en se transformant en barrières commerciales, incitent le Canada à diversifier ses marchés extérieurs. « Toutes les économies doivent progresser », a résumé Perrin Beatty.

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