Économie

Les gens d’affaires d’ici doivent sortir de leur carré de sable - Le point de vue d'Isabelle Hudon

Le point de vue d’Isabelle Hudon
 

Le Sommet du 400e anniversaire de la ville de Québec, le président français Nicolas Sarkozy à la tête de l’Union européenne, un sommet Canada-Europe en octobre... Les planètes n’ont jamais été aussi bien alignées pour le premier ministre Jean Charest et son rêve d’un nouvel espace économique pour le Québec.

  Cependant, si le moment semble propice, la mobilisation de la communauté des affaires n’est toujours pas acquise. « Il serait trop fort de dire que les gens d’affaires sont mobilisés. Mais il ne fait pas de doute qu’ils sont intéressés. »

            Isabelle Hudon observe que, pour le moment, ce projet d’intégration économique entre le Canada et l’Europe – ou de libre-échange dans sa forme la plus accentuée – découle davantage de priorités québécoises que d’une volonté canadienne.

            La présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain constate, de son poste d’observation, un intérêt plus généralisé pour l’Asie que pour l’Europe. « Je ne vois aucune réticence. Mais une mobilisation des gens d’affaires prend normalement forme autour d’un plan d’action. Et cette étape du plan d’action survient généralement après celle des conversations diplomatiques. »

            Isabelle Hudon associe également cette retenue à l’échelle canadienne au fait que les relations internationales ne sont peut-être pas au sommet des priorités du gouvernement fédéral de Stephen Harper.

            Du côté européen, on semble encore s’inspirer ou se laisser influencer par les remontrances de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon laquelle le Canada serait plus restrictif à l’endroit des investissements étrangers. « L’OCDE reproche au Canada de mettre des barrières à l’investissement alors qu’en Europe, en France plus particulièrement, on prétend adopter des règles transparentes. » L’OCDE se réfère ici  à la Loi sur Investissement Canada, qui prévoit l’examen d’une transaction à laquelle participent des étrangers sous l’angle des bénéfices que cette transaction rapporte au Canada et aux Canadiens.

            Pourtant, depuis la promulgation de cette loi, en 1989, une seule transaction impliquant une prise de contrôle étrangère a été bloquée. Mais lorsqu’on amorce des négociations favorisant une plus grande intégration, on entre dans le jeu du donnant-donnant. « Je ne sais pas jusqu’où nous sommes prêts à aller », se demande Isabelle Hudon.

            Selon la représentante de la communauté d’affaires montréalaise, la récession américaine, plus que la montée du protectionnisme, donne le signal que le moment est venu de « sortir de notre carré de sable ».

            Certes, il reste encore beaucoup de potentiel à explorer et à exploiter au sud de la frontière. Certains États possèdent une économie aussi importante que nombre de pays composant l’Union européenne. « Mais avec 80 % de nos exportations dirigées vers un seul pays, nous devons nous diversifier. Et les débouchés qu’offre l’Asie, entre autres l’Inde et la Chine, devraient faire partie de la réflexion de nos entreprises en matière de croissance. On sent toute fois que les entrepreneurs sont plus craintifs, peut-être essentiellement pour des raisons de coutumes et de culture d’entreprise. »

            Surtout, il n’y a pas que le commerce. « Il faut également rechercher les talents, les attirer et les garder. » Pas étonnant que la prochaine étape ne vise pas tant l’élimination des obstacles tarifaires entre l’Europe et le Canada, déjà réduits à leur plus simple expression, que l’augmentation de la mobilité de la main-d’œuvre qualifiée, la reconnaissance des diplômes, l’harmonisation des réglementations, l’ouverture des marchés publics et la promotion des investissements. Un vaste et ambitieux projet.

            « Nous y voyons du sérieux, mais nous voulons également voir des actions. Car c’est ainsi que les choses se décident. Par des personnes qui s’unissent, qui se connectent, qui exercent un leadership fort et solide », conclut Isabelle Hudon.

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