Énergie

Péribonka, des coureurs des bois aux ingénieurs

Avec un peu plus de 500 habitants, Péribonka compte parmi les plus petits villages du Québec. Aujourd'hui, Péribonka est devenu le terrain d'enjeux énergétiques majeurs.

Péribonka été rendu célèbre par l'un de ses illustres citoyens, Louis Hémon, qui en a fait le théâtre du destin de son héroïne, Maria Chapdelaine. Le village tire son nom de la rivière Péribonka, à l'embouchure de laquelle il a été établi en 1908. Ce nom d'origine montagnaise – pelipaukau – signifie « rivière creusant dans le sable, où le sable se déplace ». Aujourd'hui, ce ne sont plus des coureurs des bois qui s'activent dans la région, mais des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers de la construction qui s'affairent depuis plus de trois ans à l'aménagement hydroélectrique de la Péribonka pour le compte d'Hydro-Québec Production.

Les enjeux

Avantagée par un débit important et une dénivellation de plus de 250 mètres, la Péribonka présente un potentiel hydroélectrique fort intéressant. La société Alcan y a d'ailleurs construit au cours des années 1950 trois centrales totalisant 1 165 mégawatts.

Le projet d'Hydro-Québec Production, qui s'achèvera au cours de l'été 2008, vise l'aménagement d'une centrale souterraine de 385 mégawatts immédiatement en amont du point de confluence de la rivière Péribonka avec la rivière Manouane.

Les trois groupes turbines-alternateurs de la centrale produiront annuellement 2,25 milliards de kilowattheures, soit l'équivalent de la consommation de 85 000 maisons unifamiliales. La centrale a été inaugurée officiellement le 10 décembre dernier, avec trois mois d'avance sur l'échéancier prévu.

Afin de régulariser les apports en eau de la centrale, on a construit un barrage de 80 mètres de hauteur et deux digues de fermeture, ce qui a permis la création d'un réservoir de 32 kilomètres carrés. Les crues éventuelles pourront être recanalisées vers le lit de la rivière par l'intermédiaire d'un évacuateur de crues d'une capacité de l'ordre de 5 300 mètres cubes à la seconde. Le chantier étant situé à plus de 150 kilomètres des grands centres de la région, il a fallu y aménager un campement temporaire pouvant accueillir 1 200 travailleurs, chiffre atteint au cours de l'été 2006. Outre des dortoirs, le campement abrite des bureaux administratifs, une cafétéria pouvant servir plus de 1 200 personnes, un centre de loisirs et d'activités physiques, un bar et un dépanneur. Toutes ces installations seront démantelées au cours de l'été 2008, et l'aire du campement sera reboisée.

Le souci de l'environnement

Comme tous les autres projets d'Hydro-Québec, celui de l'aménagement hydroélectrique de la Péribonka a été soumis à un inventaire du milieu et à des analyses environnementales très rigoureuses.

Dans le cas d'un aménagement hydroélectrique de ce type, l'impact principale sur l'environnement est associé à la perte d'habitat résultant de la création d'un réservoir ou de l'exploitation d'un banc d'emprunt.

On a pris différentes mesures pour minimiser les répercussions sur le milieu naturel ; on a ainsi déboisé la bordure du réservoir de manière à y favoriser la reconstitution de la végétation. On a conservé certains arbres afin qu'ils puissent abriter de nombreuses espèces animales, principalement du gibier d'eau.

Par ailleurs, une partie d'un banc d'emprunt ayant servi à la construction du barrage a été aménagée en milieu humide. Des marais, des herbiers aquatiques et des bassins peu profonds y permettent l'isolement des couples de canards. L'aménagement de l'autre partie du banc d'emprunt se fera prochainement, ce qui transformera un secteur abîmé en une trentaine d'hectares de milieux humides favorables au gibier d'eau.

Les mesures d'atténuation environnementales ont également tenu compte de l'attrait exercé par la région sur les pêcheurs sportifs. Afin de compenser les pertes de production en omble de fontaine et en ouananiche, on a prélevé, dans les lacs Onistagane et Manouane, des œufs de touladis qui ont été fécondés en vue de l'ensemencement du réservoir.

En regard des effets à long terme d'un tel projet sur l'environnement global, les impacts locaux sont minimes. Car dans la perspective d'un marché de l'énergie qui se mondialise, toute nouvelle production d'énergie renouvelable ne peut que contribuer à réduire les pressions qui s'exercent sur l'exploitation de ressources à l'origine des émissions de gaz à effet de serre

Que ce soit par l'exportation d'électricité vers des régions qui dépendent des hydrocarbures ou par l'électrification des transports terrestres, le développement des ressources renouvelables du Québec peut contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique.

Miser sur l'eau et le vent

L'aménagement hydroélectrique de la Péribonka, au coût de 1,2 milliard de dollars, ne représente qu'une partie des sept milliards de dollars investis par Hydro-Québec Production depuis 2004 dans trois grands projets d'aménagement hydroélectrique.

Cette intense activité sur le front hydraulique vient compléter l'important appel d'offres lancé en 2005 pour l'acquisition d'un bloc additionnel d'énergie éolienne de 2 000 mégawatts. Elle confirme l'orientation visant à miser sur le développement complémentaire de l'hydroélectricité et de l'éolien.

Conformément à l'approche « portefeuille » préconisée par la Stratégie énergétique du Québec, Hydro-Québec devrait disposer d'ici 2010 d'un portefeuille de projets ayant fait l'objet d'ententes avec les collectivités et ayant obtenu les autorisations gouvernementales requises.

Ainsi, les nouveaux projets pourront être entrepris rapidement, au gré de l'évolution de la demande au Québec et des occasions d'affaires sur les marchés extérieurs. Cette approche permettra de gagner environ cinq années sur l'échéancier entre la décision de construire et la mise en service des installations. Retombées économiques

Depuis le début des travaux, les retombées économiques régionales associées au projet d'aménagement hydroélectrique de la Péribonka dépassent le demi-milliard de dollars. Le chantier a nécessité la présence hebdomadaire de plus de 700 travailleurs en moyenne, dont 80 % provenaient de la région du Saguenay.

La stimulation du dynamisme économique d'une région peut avoir des effets durables à long terme. Au fil des ans, les grands travaux réalisés par Hydro-Québec – sur la Côte-Nord, à la Baie-James ou ailleurs – ont permis aux Québécois de développer une expertise reconnue mondialement dans les domaines de l'hydroélectricité et du transport à haute tension.

Ainsi, les chantiers hydroélectriques ont permis à plusieurs petits entrepreneurs régionaux de se mesurer aux plus grands et de devenir à leur tour chefs de file dans leur domaine.3 

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.