Économie

FACEBOOK attention, vous êtes cerné !

Lorsque le bureau du premier ministre du Canada en vient à interdire à son personnel politique de fréquenter Facebook, le réseau social le plus populaire de l’heure, par crainte d’une indiscrétion coûteuse, ou qu’au contraire, un député flamboyant comme Denis Coderre l’utilise pour rester en contact avec ses « amis » et supporteurs, on peut en conclure que l’essor phénoménal qu’a connu Facebook au cours des derniers mois est bien plus qu'une simple mode passagère. Facebook est en fait la success story d'un phénomène Internet qui existe depuis un certain temps, celui des réseaux sociaux.

 

Trois questions à…

Yves Williams, président de Netsym communication et d’Agentsolo.com. Cofondateur de La Toile du Québec

Facebook et les réseaux sociaux : révolution ou simple évolution ?

L’intérêt pour la mise en relation des individus et des groupes sur Internet n’est pas nouveau. Depuis plus de dix ans, l’une des préoccupations premières est de faire se rencontrer les gens, par le courriel, le clavardage, les messageries diverses.

Depuis le début et encore aujourd’hui, le but principal d’Internet est la communication entre les individus.

Je vois  donc l’explosion des réseaux sociaux comme une continuité des origines du Web.

Pourquoi maintenant ?

            L’objectif de créer des réseaux est ancien, mais les conditions sont nettement plus favorables aujourd’hui. Facebook symbolise l’aboutissement d’années d’expérimentation sur ce qu’on appelait il y a quelques années la « communautique », et bénéficie de nouvelles façons de programmer le Web, de la haute vitesse, et une grande effervescence technologique.

            Facebook est exemplaire par sa facilité d’utilisation dans le cadre d’un offre complexe. Par ailleurs, les réseaux sociaux se construisent généralement autour d’un objectif, d’un usage premier, alors que Facebook permet d’une certaine façon de créer ses propres raisons et motivations d’établir ses relations. Cela fait et fera de lui pour longtemps un réseau social généraliste dominant.

Quels sont les avantages pour un professionnel ou un travailleur autonome ?

            Bien avant le Web, bien avant le Web social, les réseaux existaient. Internet n’a rien inventé à cet égard. Un des moteurs du développement des affaires, une des principales sources de contrats professionnels, une des meilleures façons de trouver un travail, tiennent dans l’entretien et l’utilisation de son réseau de contacts. Un professionnel, un travailleur autonome, un entrepreneur pourront tirer un grand parti des sites de réseaux sociaux... surtout si les réseaux sont liés à leurs activités.

            Toutefois, le développement d’un bon réseau de contacts demande certaines qualités et une bonne dose de travail. le principede bon sens est le même sur Internet. L’adhésion à un ou plusieurs réseaux sociaux n’est pas une fin en soi. Il s’agit de participer et d’utiliser les outils proposés.

 

Trois questions à…

Philippe Le Roux, Président de VDL2, l'agence InternetAnalyste et stratège Internet

Pourquoi Facebook connaît-il un tel succès ?

            Facebook est le plus visible. Il y a deux clefs à ce succès : Facebook est centré sur l'individu et non sur son statut (contrairement à Linked In ou à MySpace, par exemple) et, surtout, il s'agit en même temps d'une plate-forme ouverte à tous les contenus et applications que les internautes veulent utiliser et ajouter. En bref, la force de Facebook est d'offrir des outils de socialisation, de communication et de partage, plutôt que des boîtes qui enferment.

Il y a un an, Google achetait YouTube pour 1,5 milliard de dollars. Avec l'investissement de Microsoft dans Facebook, on parle de 15 milliards de dollars. Exagération ou valeur réelle ?         

         Internet est en train de révolutionner nos organisations sociales et nos systèmes économiques. Internet a dépassé en 2007 la plupart des prévisions qui avaient alimenté la bulle spéculative des années 1990. Il devient donc difficile d'évaluer la valeur d'un joueur stratégique. Et Facebook est un joueur stratégique comme Yahoo, Google ou YouTube . La grande question est de savoir si les dirigeants de Facebook et ses actionnaires actuels et futurs sauront transformer cette position stratégique en réussite économique. Disons que Facebook possède tous les ingrédients pour un nouveau succès Internet exceptionnel. Reste à savoir s'il trouvera la recette pour les apprêter sans gâter la sauce.

Les inquiétudes quant à l'utilisation des données personnelles sont-elles justifiées ?        

Facebook a démontré que les gens ne veulent pas vivre cachés dans une culture du secret. Ils veulent pouvoir communiquer et socialiser avec authenticité. L'approche traditionnelle consistant à protéger les données personnelles est donc vouée à l'échec. Il faut plutôt protéger les personnes de l'utilisation qui pourrait être faite de cette information : interdire la revente de données personnelles, interdire le croisement de bases de données provenant d'entreprises différentes. Ce n'est pas ma date de naissance qui est dangereuse, c'est l'utilisation légale que peut en faire l'industrie des bases de données et du datamining.

 

Trois questions à…

Fred Cavazza, Consultant indépendant

Facebook est-il un nouvel Eldorado  commercial ?

            Sans vouloir lui retirer son indéniable succès et certaines qualités, il y a fort à parier que les annonceurs n’y trouveront qu’un intérêt très relatif.

 

 

• La croissance et l’audience de Facebook sont largement surévaluées ;

• L’« écosystème » mis en place autour de la plate-forme Facebook ne tiendra pas ses promesses ;

• Les modèles publicitaires  sont bancals ;

• La concurrence avec d’autres plates-formes sociales sera très rude.

Facebook est-il en train de réinventer la roue ?

            L’offre de Facebook ne révolutionne rien du tout.        Quand on y réfléchit bien, que propose Facebook ? Des business pages (vous possédez déjà un site Internet, non ?), des statistiques détaillées sur le nombre de visiteurs sur ces pages (une belle régression par rapport aux outils actuels d’analyse de la performance) et des programmes publicitaires s’appuyant sur le coût pour mille (CPM) et coût par clic (CPC) (même pas de CPA – coût par acquisition – à la Amazon ?). Bref, Facebook nous refait le coup du Web dans le Web. Ce n’est pas ce que j’appelle une révolution, d’autant plus que les questions entourant la confidentialité et l’amitié sont très ambiguës.

Faut-il oublier Facebook ?

            Non, bien évidemment, chacun est libre de s’en servir pour construire son réseau et pour retrouver de vieilles connaissances. Par contre, les annonceurs devront être très prudents quant à l’exploitation de ce réseau. Oui, l’application iLike est un authentique succès, mais est-ce que pour autant des constructeurs automobiles des fabricants de vêtements peuvent en profiter ?

            Facebook va donc progressivement venir se ranger aux côtés des MySpace, Skyblogs, Friendster… Comprenez par là qu’il va perdre son avantage vis à vis d’initiatives réellement plus ambitieuses, comme OpenSocial.

            J’ai cru au modèle de Facebook. J’ai réellement cru qu’ils pouvaient révolutionner l'Internet social et proposer une approche unifiée. Mais je n’y crois plus, car ses créateurs auront beaucoup de difficultés à transformer leurs rêves d’étudiants en réalité économiquement viable.

 

Extraits d'un billet  affiché sur www.fredcavazza.net publiés avec la permission de l’auteur.

 

Trois questions à…

Carl-Frédéric De Celles,Président des sociétés Ixmédia et Opossum. Cofondateur du site-laboratoire québécois Pssst !

En quoi les réseaux sociaux tel Facebook sont-ils importants, voire essentiels, dans votre vie personnelle et professionnelle ?

            Facebook, c'est la version post-moderne du cinq à sept de chambre de commerce, avec la particularité que vous pouvez choisir les membres qui y assistent et que c'est intemporel. Important ? Essentiel ? Tout autant que les cinq à sept de chambre de commerce. Certains y trouveront des contacts ou l'âme sœur, d'autres les fuiront comme la peste. Certains s'y habilleront de couleurs vives, d'autres s'amuseront à faire de la sociologie sarcastique en longeant les murs.

Comment tirer profit des réseaux de mise en relation ?

            Les gestionnaires ne peuvent passer à côté de ce qui est sous-jacent au phénomène Facebook : sa vitesse de déploiement, son côté organisé, les motivations des gens qui l'utilisent, etc. Ce sont des marques concrètes de la culture numérique des jeunes générations. Comme l'ont été la radio, la télévision, le téléphone, le télécopieur, le courriel et le clavardage. Ce sont des réflexes qui resteront au cœur de leur culture.

            C'est évident que l'on exagère la « mode Facebook ». Mais la vague de fond est là pour durer. Et je ne crois pas à cette idée de dichotomie entre une utilisation professionnelle et personnelle. En affaires, on échange avec des personnes d'abord et avant tout. Linkedin aurait sûrement pu prendre l'envergure de Facebook s'il avait permis aux gens d'y partager les photos de leurs enfants !       

Facebook et les autres réseaux sociaux sont-ils des outils de marketing direct que les entreprises devraient regarder de plus près ? Des stratégies à éviter ?

Bien des gens confondent la mode et la vague de fond. Nul ne peut embarquer sur la vague sans comprendre le contexte. C'est encore nouveau, c'est un terrain d'expérimentation. Certains y plongeront tête première, croyant tout comprendre – les gens de marketing sont plutôt forts à cet égard. Il faut s'attendre à voir des échecs. Les réseaux sociaux ne sont pas à la base des outils de marketing. Comme les cinq à sept de chambre de commerce ne sont pas toujours le lieu propice à l'achat d'assurances ou de services financiers. C'est un endroit où il y a des gens. Et qui dit gens, dit marché…

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