Énergie

Retour vers le futur

Avec son exposition 1973 : Désolé, plus d’essence, le Centre canadien d’architecture (CCA) nous propose de retourner à une période récente de notre passé qui pourrait bien préfigurer notre avenir prochain : les chocs pétroliers des années 1970. 

 

 Organisée par Mirko Zardini, directeur et conservateur en chef du CCA, en collaboration avec Giovanna Borasi, conservatrice de l’architecture contemporaine au CCA, l’exposition s’intéresse plus particulièrement aux effets des chocs pétroliers sur l’évolution des concepts architecturaux. Elle est complétée par un catalogue de 250 pages qui réunit des photos des documents assemblés pour l’exposition.

            Le catalogue présente en outre une œuvre de l’illustratrice et auteure Harriet Russell intitulée Une espèce en danger, récit magnifiquement illustré qui décrit avec humour le rôle du pétrole et suggère aux jeunes lecteurs des solutions de rechange à cette ressource épuisable.

L’exposition 1973 : Désolé, plus d’essence est présentée jusqu’au 20 avril 2008 ; les internautes du monde entier peuvent en faire une visite virtuelle au www.desoleplusdessence.org

Un choc trop vite oublié

            Comme nous avons la mémoire courte et sélective, l’exposition se révèle particulièrement efficace pour nous remémorer l’universelle et profonde inquiétude qui a suivi le premier choc pétrolier de 1973.

            Rappelons les faits. En octobre 1973, les pays arabes producteurs de pétrole décident de suspendre leurs exportations vers les États-Unis et les autres pays ayant soutenu Israël dans son récent conflit avec le monde arabe. En quelques mois, le prix

du baril de pétrole est décuplé, atteignant plus de 22 dollars.Pour mettre les choses en perspective, cela équivaut à plus de 110 dollars d’aujourd’hui. Quelques années plus tard, en 1979, le changement de régime en Iran allait faire grimper la valeur du baril de pétrole jusqu’à 35 dollars.

            Les premiers effets se font sentir sur les routes et aux stations-service : pénurie d’essence, longues files d’attente et réduction de la vitesse maximale sur les autoroutes. Le gouvernement des États-Unis va même jusqu’à imprimer des millions de coupons de rationnement d’essence. Il ne seront finalement jamais utilisés.

            L’exposition illustre l’impact de la crise sur les populations du monde occidental au moyen de brochures, d’outils de promotion et de jeux de société ayant pour thèmes les profits des grands producteurs pétroliers et l’angoisse que provoque la fin d’un mode de vie.

            Si le climat d’inquiétude s’est vite dissipé avec la baisse ultérieure du prix du pétrole, les chocs pétroliers ont eu un impact profond et durable sur l’industrie automobile. Les sous-compactes japonaises, moins gourmandes, ont alors envahi les marchés européens et américains, ouvrant une brèche qui allait leur permettre, quelque vingt-cinq années plus tard, de dominer le marché mondial.

De nouveaux modes de vie

            Au-delà de leurs effets sur les perceptions et le comportement des consommateurs, les chocs pétroliers des années 70 ont provoqué une prise de conscience globale de la rareté des ressources et de l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. Ils ont en quelque sorte jeté les bases de ce qui allait devenir les principes du développement durable.

            Comme le souligne Mirko Zardini dans un essai figurant au catalogue de l’exposition : « En architecture et en urbanisme, les années 1970 auront été marquées par une période intense d’expérimentation. Mais la recherche, les bâtiments, les articles et les manuels issus de la nécessité d’affronter la crise énergétique et d’y offrir des solutions – énergies renouvelables, nouveaux modes de conservation de l’énergie, programmes radicaux fondés sur des modèles inédits d’organisation sociale et politique et de nouvelles méthodes de production – seront eux aussi peu à peu oubliés. »

            L’exposition 1973 : Désolé, plus d’essence vient nous rappeler plusieurs initiatives novatrices mises de l’avant par des architectes et des concepteurs visionnaires dans les domaines de l’énergie solaire, de l’architecture enfouie ou souterraine, de l’énergie éolienne et des systèmes intégrés.

            En entrevue, Mirko Zardini a reconnu que « plusieurs innovations technologiques d’importance ont été développées au cours de cette période, mais que les progrès les plus sensibles se sont faits à l’échelle sociale. On a proposé de nouveaux modes de vie en vue de réduire la consommation d’énergie plutôt que de découvrir de nouvelles sources d’énergie. On a mis au point des systèmes communautaires intégrés pour tenir compte de l’ensemble du cycle de vie, de la production des biens jusqu’à la gestion des déchets. » De l’avis du conservateur, ces enseignements sont les plus précieux pour relever les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui.

L’impact au Québec

            Si l’exposition fait surtout état des expériences menées dans des régions densément peuplées et largement dépendantes des importations de pétrole, les chocs pétroliers ont aussi transformé en profondeur le portrait énergétique du Québec.

            Retournons en 1973. Au moment de ce premier choc pétrolier, l’aménagement du Complexe La Grande, à la Baie- James, vient de commencer, et les travaux vont bon train. Les premières mises en service auront lieu six ans plus tard. Le pétrole représente plus de 65 % de toute l’énergie consommée au Québec, alors que l’électricité compte pour environ 25 %.

            Devant la hausse du prix du pétrole et la disponibilité de ressources hydroélectriques abondantes, les Québécois se tournent massivement vers l’électricité, principalement pour chauffer leurs habitations. Le bilan énergétique québécois s’en trouve complètement transformé. Moins de quinze ans plus tard, en 1987, le pétrole et l’électricité se retrouveront coude à coude, chacun comptant pour 40 % de l’énergie consommée.

            En plus de substituer l’électricité au pétrole, les Québécois ont réduit leur consommation d’énergie. Au cours de la période allant de 1971 à 1990, la consommation moyenne d’énergie des habitations du Québec a diminué de plus de 40 %, passant de 48 000 à 28 000 kilowattheures par an.

            Cette plus grande efficacité énergétique n’est pas seulement attribuable à l’amélioration des normes de construction ou à une meilleure performance des appareils électriques. Comme leurs concitoyens du monde entier, les consommateurs du Québec ont en effet adopté des comportements plus responsables en privilégiant le lavage à l’eau froide, en réduisant la température de consigne et en surveillant leur consommation d’éclairage et d’eau chaude.

            Ensemble, la réduction de la part du pétrole et l’amélioration de la performance énergétique ont permis au Québec de figurer parmi les leaders mondiaux en matière de lutte contre les changements climatiques. Ses émissions de gaz à effet de serre par habitant sont deux fois moins élevées que les moyennes canadienne et américaine.

            Au nombre des expériences présentées par l’exposition 1973 : Désolé, plus d’essence, le développement de l’énergie éolienne occupe une place importante. À ce chapitre, le Québec a aussi fait figure de pionnier. Hydro-Québec s'est intéressée à l'énergie éolienne dès 1975, année où elle a procédé à l'installation d'une éolienne à axe vertical de 40 kW. Aujourd’hui, l’entreprise mise sur l’intégration des énergies hydraulique et éolienne. L’énergie éolienne, qui fournit actuellement quelque 300 mégawatts au réseau du Québec, en fournira près de 4 000 d’ici une dizaine d’années.

            Les visionnaires auxquels l’exposition du CCA rend hommage ont ouvert la voie à des recherches dont les résultats permettent aujourd’hui de mieux utiliser les ressources. Leur contribution est d’autant plus importante que les défis actuels de l’équilibre énergétique mondial s’accompagnent de menaces très sérieuses pour l’environnement planétaire.

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.