Énergie

La petite prairie dans la maison

Créé en 1993, Équiterre s’est donné pour mission de contribuer à bâtir un mouvement citoyen en prônant des choix individuels et collectifs à la fois écologiques et socialement équitables. L’organisme met actuellement en œuvre quatre programmes – agriculture écologique, commerce équitable, transport écologique et efficacité énergétique – au moyen desquels les citoyens et les consommateurs peuvent poser des gestes concrets ayant une incidence positive sur l’environnement et sur la société.

 

La Maison du développement durable sera construite à l’angle des rues Clark et Sainte-Catherine, à proximité du Théâtre du Nouveau Monde. Avant de choisir l’emplacement de son futur siège social, Équiterre avait envisagé différents quartiers montréalais. C’est à l’occasion d’une rencontre de concertation avec Pierre-Luc Desgagné, alors directeur principal Communications à Hydro-Québec, que la possibilité d’utiliser le terrain de la rue Sainte-Catherine a été évoquée. Les parties se sont entendues sur la signature d’un bail emphytéotique d’une durée de cinquante ans moyennant un loyer annuel symbolique.

            « La proposition était très attrayante, souligne Sydney Ribaux, cofondateur et coordonnateur général d’Équiterre : un terrain d’une valeur de un million de dollars pour un loyer de 1 dollar par mois. Nous y avons quand même bien réfléchi. Hydro-Québec est un important fournisseur d’énergie, et notre organisme ne sera pas toujours nécessairement en accord avec ses orientations. Nous tenons à conserver notre indépendance et notre droit de critique. Nous avons l’habitude de ce type de situation. Équiterre est déjà largement financé par les gouvernements du Québec et du Canada, ce qui ne nous empêche nullement de prendre position de manière ferme à l’égard de certaines de leurs initiatives. »

            Pour Équiterre comme pour Hydro-Québec, la décision de mettre en valeur ce terrain vague présente de nombreux avantages. D’une part, l’établissement de la Maison du développement durable en plein cœur du centre-ville, à proximité du quartier des affaires, lui permettra d’avoir un rayonnement maximal. D’autre part, la construction de ce type de bâtiment modèle contribuera à la revitalisation d’un quartier qui en a grandement besoin. Marie-José Nadeau, vice-présidente exécutive – Affaires corporatives d’Hydro-Québec, « cet immeuble constitue une vitrine technologique et environnementale exceptionnelle, en droite ligne avec orientations stratégiques d’Hydro-Québec comme l’efficacité énergétique et l’innovation technologique. »

Un projet audacieux

            La Maison du développement durable, dont la construction doit commencer au début de 2008 pour se terminer un an plus tard, sera le premier bâtiment certifié LEED Platine (voir encadré) construit au Québec.

            Jusqu’à présent, un seul autre bâtiment a obtenu ce niveau de certification, le plus élevé au Canada. Il s’agit d’un immeuble de trois étages abritant le personnel administratif du Gulf Islands National Park Reserve, en Colombie-Britannique.

            Avec ses sept étages, le projet d’Équiterre est beaucoup plus ambitieux, d’autant plus qu’il sera réalisé en milieu urbain, ce qui présente des défis colossaux.

            Construire un bâtiment selon les normes les plus exigeantes du développement durable représente déjà un défi ; le faire en plein centre-ville constitue un véritable tour de force.

            Ainsi, par exemple, au chapitre de la performance énergétique, il est pratiquement impossible de recourir aux énergies solaire ou éolienne. Comme le bâtiment sera situé à l’ombre des gratte-ciel, les concepteurs devront innover afin de maximiser son ensoleillement.

            Le choix d’un terrain en milieu urbain exige également la construction d’un immeuble en hauteur. Le choix des matériaux étant limité par les normes applicables à ce type de bâtiment, il est beaucoup plus difficile de recourir à des matières renouvelables, récupérées ou recyclées. Enfin, les travaux eux-mêmes donneront lieu à d’importants défis techniques, notamment en matière de gestion des déchets de construction.

Lieu de synergie et vitrine technologique

            En plus d’abriter le siège social d’Équiterre, la Maison du développement durable deviendra un lieu d’échange et de synergie permettant de promouvoir une gestion viable des ressources. Accueillant une dizaine d’organismes sans but lucratif, une entreprise d’économie sociale et un centre de la petite enfance, l’immeuble rassemblera des gens de tous les horizons ayant à cœur un développement viable et équitable.

            Par ailleurs, un Centre d’interprétation du bâtiment durable y jouera le rôle de vitrine technologique afin de diffuser plus largement les meilleures techniques d’architecture, d’ingénierie et de construction conformes aux principes du développement durable.

            La diffusion des technologies novatrices développées pour construire ce bâtiment modèle en milieu urbain permettra ainsi de faciliter la réalisation de projets semblables ailleurs au pays.

« Cet aspect du projet suscite beaucoup d’intérêt auprès des institutions d’enseignement supérieur, souligne Sydney Ribaux. Nous avons d’ailleurs conclu un partenariat avec l’École de technologie supérieure afin de faire du Centre un véritable laboratoire de recherche permanente. Les critères de certification actuels reposent sur des estimations plutôt théoriques. Nous entendons assurer un suivi étroit de chacun des aspects afin de déterminer dans quelle mesure chaque élément contribue réellement à la conservation des ressources, à l’efficacité énergétique ou à la productivité des occupants. »

Un projet mobilisateur

            Pour réaliser ce projet évalué à 30 millions de dollars, Équiterre compte sur une mobilisation des groupes environnementaux, des groupes sociaux et du milieu des affaires de Montréal.

            De nombreux partenaires y sont déjà associés : le Groupe Pomerleau, le Mouvement Desjardins, la Caisse de dépôt et placement du Québec (SITQ), la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, l’École de technologie supérieure, Espéramos Films, Fasken Martineau, Filaction, la Fondation Daniel Langlois, la Fondation Kresge, Hydro-Québec et la Ville de Montréal.

            Par ailleurs, les représentations menées par Équiterre auprès des différents ordres de gouvernement ont déjà permis de recueillir près des deux tiers du financement requis.

            Pour boucler le budget, une campagne de collecte de fonds institutionnelle sera lancée prochainement sous la présidence de Marie-José Nadeau, Vice-présidente exécutive, Affaires corporatives, et secrétaire générale d’Hydro-Québec.

 

Qu’est-ce que la certification LEED ?

            Le système d’évaluation LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) a été élaboré initialement par un organisme américain, le US Green Building Council. Ce système, qui a été adapté au climat, aux pratiques de construction et aux règlements canadiens, est administré au pays par le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa), un organisme qui regroupe des représentants de divers secteurs de l’industrie du design et de la construction.

            Après avoir effectué une vérification indépendante des documents présentés par les équipes de conception et de construction, le Conseil accorde des points au projet en fonction de conditions et de critères qui sont regroupés sous les six grandes catégories suivantes :

 

Aménagement écologique des sites

• Contrôle de l’érosion et des sédiments

• Choix de l’emplacement

• Densité de développement

• Réaménagement de sites contaminés

• Moyens de transport de remplacement

• Réduction au minimum de la perturbation du site

• Gestion des eaux pluviales

• Aménagement visant à réduire les îlots de chaleur

• Réduction de la pollution lumineuse

Gestion efficace de l’eau

• Aménagement paysager économe en eau

• Technologies novatrices de traitement des eaux usées

• Réduction de la consommation d’eau

 

Énergie et atmosphère

• Mise en service de base des systèmes du bâtiment

• Performance énergétique minimale

• Réduction des CFC et élimination des halons

• Optimisation de la performance énergétique

• Énergies renouvelables

• Mise en service améliorée

• Protection de la couche d’ozone

• Contrôle et vérification

• Électricité « verte »

 

 

Matériaux et ressources

 

• Collecte et entreposage des matériaux recyclables

• Réutilisation des bâtiments

• Gestion des déchets de construction

• Réutilisation des ressources

• Recyclage du contenu

• Matériaux régionaux

• Matériaux rapidement renouvelables

• Bois certifié

• Bâtiment durable

 

 

Qualité des environnements intérieurs

• Performance minimale

• Contrôle de la fumée du tabac ambiante

• Contrôle du gaz carbonique

• Augmentation de l’efficacité de la ventilation

• Plan de gestion de la QAI (Quality Assurance Institute - Canada)

• Matériaux à faibles émissions

• Contrôle des sources intérieures d’émissions chimiques et de polluants

• Contrôle des systèmes par les occupants

• Confort thermique

• Lumière naturelle et vues extérieures

 

 

Innovations et méthode de conception

• Innovation en design

• Professionnel accrédité LEED

 

Pour obtenir la certification de base, le projet doit totaliser un minimum de 26 points, sur un maximum de 70. La certification Argent est accordée aux projets ayant glané entre 33 et 38 points, la certification Or, à ceux qui ont obtenu entre 39 et 51 points, et la certification Platine, qui est visée par la Maison du développement durable, est réservée aux projets cumulant plus de 51 points.

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.