Culture

Cinq photographes du Québec en autoportraits

 

Clic ! La photo est prise, 

s’affiche, s’agrandit, s’échange. 

On peut en prendre cinq cents, 

en conserver dix, retoucher, 

recommencer…

 

Les photographes professionnels se sont adaptés à la révolution numérique. Plusieurs y ont vu l’occasion d’exploiter ces nouveaux tremplins de création pour mieux manœuvrer l’image. D’autres ont choisi d’en protéger les usages classiques, préférant les ébats dans les chambres noires aux voltiges du pixel.

Contrairement aux photos des amateurs du dimanche, la prise de vue est le résultat d’un regard amplifié par la maîtrise de l’espace, du cadrage, de la lumière, de la composition et de l’angle. Artiste et artisan, le photographe puise sa conception de la réalité à la source de son expérience et de son regard sur le monde. Avec le temps se révèle une signature distinctive, originale.

Le 6e art est le plus attentif témoin de la petite et grande Histoire des 150 dernières années. Encore aujourd’hui, rien n’exprime avec autant d’assurance à quel point une seule image vaut mille mots.

Voici six artistes d’ici à qui nous avons soumis un questionnaire, sous forme de formulaire d’accréditation. Chaque photographe avait pour défi de se faire tirer le portrait dans un photomaton et de vous proposer une seule photo, la plus représentative de son œuvre.

Bien que ces artistes soient souvent multidisciplinaires, nous avons choisi de vous les présenter par catégorie : photojournalisme (Roger Lemoyne) ; publicité (Jean-François Gratton) ; art (Serge Clément); mode (Leda et St.Jacques) et relève (John Londono).

 

 

Nom: Roger Lemoyne

Naissance: 1958 à Montréal

Études: Cinéma à Concordia et Beaux Arts à Londres

Photographe depuis: 1987

www.rogerlemoyne.com

Premier contact :

Les livres de photos de mon père.

Première photo professionnelle :

Mes premières photos publiées étaient des images de la Papouasie. J’ai eu la chance de commencer avec un sujet extraordinaire, car je ne connaissais ni le pays ni ce dans quoi je m’aventurais.

La photo, c’est :

Magique. Le trou de serrure dans la porte de la vie.

Meilleure photo :

C’est comme choisir un préféré parmi ses enfants. Je pense à un reportage réalisé au Zaïre en 1997, lors de massacres de Hutus réfugiés du Rwanda. Je ne crois pas que je réaliserai dans ma vie une série de photos plus forte que celle-là. On parle beaucoup de l’enfer dans la presse, mais pour ces gens, c’était vraiment l’enfer.

Influences :

Mon ami photographe Ilkka Uimonen, qui a dit : « Pour photographier, il faut croire qu’il existe aussi un monde invisible ».

Glamour, la photo ?

Le reportage, c’est glamour une fois que c’est réalisé, publié, apprécié. Mais sur le coup, c’est la merde. Dormir dans une voiture remplie de bidons d'essence après Katrina, se faire aveugler par le gaz lacrymogène en Cisjordanie, ou au sommet de Québec, les nuits blanches en Irak… Mais c’est justement tout ça que j’aime.

Mise en scène rêvée pour une photo :

Ruines, poussière, fumée, crépuscule, humanité.

Distinctions : 

Pictures of the Year International (POYi). Primé en 1999, 2000, 2001, 2003, 2004 et 2006. Prix d’excellence en 2005. Canadian National Magazine Awards, Concours Bayeux-Calvados pour Correspondants de Guerre, The Alexia Foundation, National Press Photographers Association, World Press Photo, LUX/CAPIC, Ernst Haas, CEBA, Communications Arts Photography Annuals, Art Directors club of New York, Western Magazine Awards (Gold).

 

Nom: Serge Clément

Naissance: 1950

Études: Cégep du Vieux Montréal

Photographe depuis: 1974

www.galeriesimonblais.com

www. galerielacerte.com

www.corkinshopland.com

 

Première photo professionnelle :

Depuis mes débuts, je pense la photographie dans des ensembles, des séries ou des séquences. Mon premier sujet a été une série sur l’affichage et l’automobile, réalisée sur une période de deux ans.

La photo, c’est :

Une passion, une nécessité, une présence, une ouverture au monde.

Meilleure photo :

Je n’ai aucune nostalgie de mes projets réalisés, ils ne m’appartiennent plus, ils sont arrêtés. Les photographies m’intéressent donc durant le processus de création.

Influences :

Robert Frank, Lee Friedlander, Daido Moriyama.

Glamour, la photo ?

Au cinéma et dans la tête des gens, certainement. Et cette croyance permet aux photographes d’entrer facilement dans le quotidien des gens.

On gagne sa vie avec la photo d’art ?

Oui, avec une forte dose d’acharnement et de courage et de travail à la puissance dix.

Mise en scène rêvée pour une photo :

La vie. Très souvent, la réalité dépasse la fiction.

La photo dans dix ans :

Elle sera vivante, active, en transformation à l’image du médium depuis sa création.

Caméra de voyage :

Leica 35mm.

Distinctions :

Roloff Beny Book Award 2004 (mention).

Publications personnelles :

Sutures (Berlin 2000-2003), Les 400 coups, Montréal, 2003. Fragrant Light, de Tilly-Blaru, Hong Kong, 2003. Vertige Vestige, Les 400 coups, Montréal, 1998. Cité fragile, Vox, Montréal, 1992.

Expositions :

Noces d’argent, Le Réverbère, Lyon, France, septembre 2006.

Nulle part, ailleurs, Le Réverbère, Lyon, France, décembre 2005.

Nulle part, ailleurs, Galerie Simon Blais, septembre 2005.

ARTport conTEMPORARY, Art Gallery of Nova Scotia, Halifax,Canada,  juillet 2005.

Marks of Honour - A striking Library  Van Zoetendaal + FOAM (photography museum), Amsterdam, Hollande, mai 2005.

 

Nom: Leida et St.Jacques

Naissance: 1971 et 1953

Photographe depuis: 2000 et 1978

www.leda-st-jacques.com

 

Premier contact :

Leda : À dix-sept ans, j’idéalisais encore mon père photographe qui nous avait abandonnés quand j’étais enfant.

St.Jacques : Moi, c’était un coup de tête.

Première photo :

Leda : Un canard dans la rivière Il Naviglio, la plus polluée d’Italie.

St.Jacques : La ruelle de mon enfance.

Première photo professionnelle :

St.Jacques : Un reportage sur le Kendo, au Japon.

Leda : J’ai posé en madone, nue avec un sein découvert pour le X-Press d’Ottawa. Malgré la poursuite, le journal était très heureux de la publicité !

La photo c’est :

Leda : Un moment…

St.Jacques : Un tout !

Influences :

Leda : Helmut Newton.

St.Jacques : Les vieux photographes encore passionnés à 80 ans.

Pourquoi travailler à deux ?

St.Jacques : Pour être ensemble.

Leda : Quatre yeux et deux cerveaux valent mieux que moitié moins.

Ce qui vous énerve chez l’autre ?

Leda : Ses sautes d’humeur.

St.Jacques : Ses tendances autocratiques !

Ce que vous admirez chez l’autre ?

St.Jacques : À part son corps, son intelligence.

Leda : Son ouverture d’esprit.

Vous ne photographieriez pas :

Leda : La guerre.

St.Jacques : Les mariages.

Glamour, la photo ?

Leda : Oui…

St.Jacques : Surtout en mode.

Si je n’avais pas été photographe :

Leda : Plein de choses.

St.Jacques : Musicien.

Mise en scène rêvée :

Leda : Kate Moss, budget illimité.

St.Jacques : Kate Moss, dans une île vierge du Pacifique.

L’expo idéale serait :

Les deux : Dans un an !

La photo dans dix ans :

Leda : Sur le bord de la piscine d’un hôtel cinq étoiles avec chauffeur privé, lalalallalla !

St.Jacques : Omniprésente.

Plus belle photo de famille :

Leda : Ma mère, seins nus, sur la plage, avec le rocher Percé en arrière-plan.

St.Jacques : La photo de mon fils, à trois jours, éclairé par un lever de soleil.

Histoire :

St.Jacques a photographié pour National Geographic et Stern. Il a rencontré Leda en lui enseignant la photo. Ils se sont unis, St.Jacques a perdu son emploi, ils forment aujourd’hui un tandem pas banal. 

Distinctions :

Six prix Lux au cours des quatre dernières années.

Portfolio :

ELLE Canada, ELLE Québec, Nylon, Urbania. Le couple a réalisé des campagnes internationales pour Buffalo Jeans, Harry Rosen, Goldwell et RW & CO, et a signé de récentes campagnes pour Sleeman et Moslon Dry.

 

 

Nom:Jean-François Gratton

Naissance: 1964 à Montréal

Études: Cinéma à l'Université Concordia

Photographe depuis: 20 ans

www.shootstudio.ca

Premier contact :

Adolescent, à 14 ans, j’étais convaincu que je deviendrais photographe. La photo me passionne encore maintenant.

Première photo :

Paysage urbain de nuit, des reflets de la ville dans une flaque d’eau.

Première photo professionnelle :

Photographe de plateau pour le film Les Tisserands du pouvoir de Claude Fournier.

La photo, c’est :

Beaucoup de passion !

Meilleure photo :

Une photo prise pendant la Fête des morts au Mexique.

Vous refuseriez d’endosser :

Il m’est déjà arrivé de refuser de travailler pour une entreprise qui fabrique des armes.

Le client rêvé ?

Un client qui te laisse travailler avec une grande marge de manœuvre. Ça arrive quelquefois.

Photo artistique et photo publicitaire :

Étonnamment, c’est assez proche. La différence, c’est surtout que, pour la photo publicitaire, quelqu’un d’autre impose la démarche. Mais dans les deux cas, le travail et l’énergie sont souvent les mêmes.

Glamour, la photo ?

Peut-être en apparence. Faire des photos en hélicoptère ou dans un château peut faire envie, mais la plupart du temps, il s’agit de longues heures et de beaucoup de stress.

Si je n’avais pas été photographe :

J’aurais été cuisinier.

Mise en scène rêvée pour une photo :

Tous les ingrédients sont réunis au bon moment. Des moments magiques qu’on a le privilège de saisir.

L’expo idéale :

Exposer un travail soutenu et cohérent avec une soixantaine de tirages grand format et beaucoup de visiteurs. J’aime beaucoup les expositions extérieures bien intégrées à la vie urbaine.

La photo dans dix ans :

La transformation a été tellement rapide ces dix dernières années que l’avenir peut nous réserver encore beaucoup de surprises : intégration 3D, diffusion sans fil, limite du droit à l’image à cause des droits d’auteurs...

La photo au Québec :

C’est formidable ! Il y un énorme potentiel tant du point de vue géographique que dans le savoir-faire.

Vos influences :

Eugène Smith, Richard Avedon.

Actuellement je travaille sur :

Au travail, pour Air Canada et Fido. Pour ma démarche personnelle, je travaille sur l’abandon.

Distinctions :

Plusieurs fois lauréat du Prix Lux depuis 1999.

 

 

Nom: John Londono

Naissance: 1976 à Caracas au Venezuela

Études: BAC en Beaux Arts à l'Université Concordia

www.johnlondono.com

 

Premier contact :

Un polaroid offert par grand-mère Esneda à mes quatre ans, pour faire des images de nos voyages.

Première photo :

Probablement le village à notre arrivée au Québec, Sainte-Angèle-de-Monnoir. Tout particulièrement un arbre magnifique et gigantesque, situé au centre du cimetière.

Première photo professionnelle :

Une série d’images du groupe montréalais The Hot Springs.

Meilleure photo :

Ma rencontre fortuite avec un prénommé Ray. Il portait un long manteau et un chapeau. Un beau moment, le sujet d’une de mes premières bonnes images.

Influences :

La musique, le cinéma, le théâtre, Jürgen Teller, Wolfgang Tillmans, Paolo Roversi, Hannah Starkey, Philip-Lorca diCorcia, Terry Richardson, Michael Ackerman, Antoine d’Agata, Serge Clément.

Vous ne photographieriez pas :

Mon mariage.

Si je n’avais pas été photographe :

Éleveur de chèvres à Sainte-Angèle-de-Monnoir ou vendeur de chips de plantain dans les rues de Caracas.

Distinctions :

Sélection des Photographes Émergents 2006, Fondation Magenta. Prix Agence Québec Wallonie-Bruxelles pour la Jeunesse (2004) ; Prix Lux, catégorie étudiant (1999 et 2000).

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commentaires

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Super belles photos. Félicitations aux photographes.