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Le FMI après DSK

Lorsque Dominique Strauss-Kahn a pris les rênes du Fonds monétaire international (FMI), l’institution plus que sexagénaire avait plus que jamais besoin de crédibilité. DSK lui en a donné. Ce qui s’est produit au Sofitel de New-York, nonobstant la présomption d’innocence, est déjà une catastrophe pour la présumée victime, le prévenu, leurs familles, le Parti Socialiste français, la France entière, et bien entendu, pour le FMI.

Le FMI avait une longue pente à remonter. Le fameux « consensus de Washington » ultra-libéral et laxiste pratiqué des décennies durant avait terni l’image de l’institution non seulement à gauche, mais aux yeux de tous ceux qui ne voient pas en l’offre et la demande la panacée à tous les problèmes. Si, jusqu’à récemment, la perception du FMI en tant qu’institution idéologique marquée au fer de la droite libérale était largement justifiée et semblait ancrée à l’échelle planétaire, DSK est en partie parvenu à la modifier.

Il est vrai qu’un Français, ancien ministre socialiste et présidentiable quasi assuré sous cette étiquette, pouvait difficilement être accusé, même par les plus délirants gauchistes, d’être à la solde de la City, de Wall Street et des multinationales. Cet économiste brillant, ancien professeur à Sciences Po, progressiste sage et modéré ne pouvait que redorer, à Brasilia comme à Beijing, à New Delhi comme à Ouagadougou, l’image ternie du FMI. DSK parti, il ne sera pas simple de retrouver une figure aussi crédible, ayant à son actif un parcours aussi impressionnant.

Le recentrage accompli par DSK au cha-pitre idéologique et sur le plan de la perception n’était qu’une première étape : il reste encore à modifier radicalement la réalité des choses. Sur le plan institutionnel en particulier, la répartition du pouvoir entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres est toujours insoutenable. Si on ne mesure pas la valeur d’une nation uniquement en fonction de son PNB, on ne peut tolérer que le banquier mondial qu’est le FMI soit contrôlé par une petite portion de l’humanité. Les États-Unis, avec près de 20 % des votes, détiennent une puissante minorité de blocage, alors que la Chine et le Brésil ne détiennent que 4 % et 3 % des votes respectivement.

Sur le plan conjoncturel, on peut également affirmer que le FMI de DSK a fait preuve d’une efficacité exceptionnelle devant la plus importante crise financière de tous les temps. Même sans détenir les pouvoirs d’une véritable banque centrale, il a remarquablement su guider et appuyer les autorités monétaires des pays affectés.

Au-delà des idéologies, les gouvernements et décideurs, soutenus par le Fonds, ont pris les mesures nécessaires pour limiter les dégâts, en Europe comme en Amérique. L’argent public a servi à rescaper les institutions privées qui pouvaient l’être. À court terme, cela pouvait sembler injuste ; toutefois, dans de nombreux cas, un rééquilibrage est en cours. 

Le FMI n’a pas failli à la tâche non plus dans la prévention des catastrophes de finances publiques. Il n’a pas esquivé ses responsabilités et s’est porté au secours de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Il a bien coopéré avec la Banque centrale européenne. Après tout cela, qui pouvait encore regarder le FMI de haut, comme c’était souvent le cas avant DSK ?

Dans le nouveau contexte, unique dans l’histoire, cette institution crédible et respectable aura maintenant à assumer le rôle d’une véritable banque centrale planétaire, dont le besoin se fait sentir de façon de plus en plus urgente. Il serait même bon, dans cette optique, de changer le nom de la Banque Mondiale, qui peut être un formidable outil de coopération, mais que son nom actuel fait passer pour la banque qu’elle n’est pas. En fait, c’est le FMI que l’on doit désigner comme « banque mondiale ». Quand ce banquier planétaire aura été réellement instauré, il aura devant lui un vaste projet de régulation de la mondialisation que nous connaissons, qui pourrait certainement bénéficier de davantage d’équité et d’harmonie. 

Cela ne sera pas simple, car ce banquier universel, contrairement à tous les banquiers centraux, au lieu d’avoir une seule devise à gérer, devra assurer la coexistence de plusieurs. Cela devrait amener en particulier la fin de la « guerre des monnaies », qui matérialise le commerce déloyal et compromet la fluidité des échanges patiemment établis par l’action de l’OMC, en particulier. Si la question des monnaies avait été réglée, le cycle de Doha serait peut-être déjà clos avec succès…

Certes, durant des décennies, nous avons connu une sorte de monnaie mondiale, et le pays qui contrôlait le « roi dollar » s’est longtemps bien acquitté de sa mission. Mais après plus d’un demi-siècle, Les États-Unis sont un pays épuisé, endetté à l’intérieur comme à l’extérieur, et qui, de toute ma-nière, ne sera cessera probablement d’être la première puissance du monde prochainement. Le renminbi (yuan) joue déjà un rôle vital dont le Trésor américain est bien placé pour témoigner. Et n’oublions pas le jeune euro qui, depuis près de dix ans, en dépit de quelques turbulences, maintient mieux sa valeur que le dollar.

Il est vrai que la présence d’une seule monnaie dominante avait ses avantages, mais elle était celle d’une seule nation qui servait d’abord ses intérêts. De ce point de vue, l’existence de trois devises dominantes constitue un progrès, surtout si celles-ci sont coordonnées par une institution mondiale. Il est d’ailleurs permis de rêver que nous sommes sur la voie d’une sorte de monnaie unique pour tous les échanges internationaux, qui pourrait s’appeler le Mondo !

En cheminant vers cet objectif encore utopique, peut-être pourrions-nous être amenés à mieux gérer des problèmes courants, comme l’endettement de plus en plus insoutenable de plusieurs États ainsi que celui des ménages dont les passifs s’additionnent, compromettant la croissance nécessaire au bien-être de milliard d’êtres humains.

Si le FMI se comporte aussi bien dans les années à venir que sous Dominique Strauss-Khan, tous les espoirs sont permis. Quant à ce malheureux homme, il est hautement probable qu’il doive renoncer aux « ors des palais de la République ». Comme consolation, il se saura certainement regretté comme banquier mondial.

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