Québec

Six mois à vivre…

Comment ai-je survécu jusqu’à ce jour à un cancer dit « terminal » ? Grâce à l’espoir, cet « état d’attente confiante » (Larousse).

Comment ai-je survécu jusqu’à ce jour à un cancer dit « terminal » ? Grâce à l’espoir, cet « état d’attente confiante » (Larousse).

Le 7 mars 2003 est présent à ma mémoire aussi clairement que si c’était hier. Je me présentai chez le gastro-entérologue en forme et convaincu que les tests subis récemment, à la suite d’une présence de sang dans mes selles, ne révéleraient aucun problème. N’avais-je pas, chaque année depuis cinq ans, subi un examen médical complet, qui englobait le cancer ? Le dernier de ces examens avait eu lieu à peine quatre mois plus tôt, et le médecin généraliste avait alors conclu à une santé resplendissante. Un diagnostic brutal tomba : cancer colorectal de stade 4, le plus avancé. Une espérance de vie d’environ six mois. Mon oncologue ne me laissa alors entrevoir aucune possibilité de survie, ce que je trouve inqualifiable. Enlever l’espoir au patient, c’est le priver de la force de combattre.

En effet, dans l’instant qui suivit ce diagnostic sans nuance, j’éprouvai un sérieux malaise physique. Pourtant, j’avais simplement écouté le discours du médecin. C’était donc la pensée qui dictait au corps qu’il était malade. Une conviction s’imposa alors : ma pensée pouvait également donner un message positif à mon organisme ; je peux guérir, « je deviens mon chant si je chante l’espoir » (Gabriel Celaya). J’optai donc immédiatement pour un médecin qui croyait à cette approche.

Comment battre les statistiques ? Très vite, une constatation : pour survivre, la seule volonté était insuffisante. Il devenait primordial d’être au meilleur de moi-même sur tous les plans : physique, psychologique, émotionnel et spirituel. Une approche holistique était la seule possible. Il fallait que, malgré cinq opérations chirurgicales et quatre-vingt-treize traitements de chimiothérapie, je ressente vraiment que la vie valait la peine d’être vécue, quelle que soit sa durée. Pour ce faire, il me fallait profiter de tous les moments de bonheur, si petits soient-ils, une journée à la fois.

Les traitements médicaux sont certes essentiels – ainsi que la qualité de l’alimentation et l’exercice continuel. Je recherchai systématiquement les traitements les plus puissants. Cependant, aussi avant-gardistes soient-ils, seuls, ils ne m’auraient pas permis d’écrire cet article, en rémission, sept ans plus tard. Il fallait changer les conditions mêmes qui avaient permis au cancer de se développer. Fini le style de vie que m’imposait ma conception des comportements dits « normaux » d’un chef d’entreprise ! Certes, je continuai à travailler, autrement, pour rester vivant intellectuellement, mais tout en rééquilibrant mon mode de vie et mes priorités. Un objectif devait primer sur tout : survivre.

M’occuper enfin de moi fut en soi motivateur et thérapeutique, même si les résultats concrets furent lents à se faire sentir. Auparavant, je considérais cela comme une perte de temps. Je me sentais invulnérable, n’ayant jamais vraiment connu la maladie. Je me mis graduellement à la méditation, à la visualisation et à la relaxation. Ces exercices me devinrent aussi nécessaires que l’air que je respire.

L’amour et l’amitié furent des ingrédients importants de ma guérison. Avec mon épouse Jacinthe, ma famille et mes amis, à qui je consacrais enfin du temps, je devais réapprendre non seulement à donner, mais aussi à recevoir, ce qui pour moi n’était pas évident. Le temps n’était plus à la fermeture sur soi, fût-ce pour mettre en pratique mon programme de mieux-être avec ma détermination de bélier. M’ouvrir au partage avec d’autres personnes atteintes de cancer en vue d’une entraide fut également fondamental.

Une certitude émergea : il n’y avait pas de bien-être véritable pour moi sans vie spirituelle. Lorsque j’eus des décisions cruciales à prendre, j’essayai pour la première fois d’être à l’écoute de mon Guide intérieur. Il ne me fit jamais défaut et il m’apporta la sérénité. Je suis immensément reconnaissant de l’avoir enfin rencontré. Quel est le sens de ma longévité, à moi qui suis heureux malgré les défis ? Pourquoi ce cadeau d’une deuxième chance, mieux vécue que la première ? Pour témoigner qu’il est possible de durer malgré les statistiques, en particulier pour mes proches, dont mes petits-enfants. Pour aider d’autres patients à survivre. Pour attester que la spiritualité est un aboutissement naturel de mon cheminement vers une vie meilleure.

En définitive, pour vivre tout simplement, une journée à la fois, confiant que la vie a malgré tout un sens. Auparavant, vivre, c’était pour plus tard, après davantage de réussite et d’influence. Aujourd’hui, je fais mien ce proverbe sanskrit :

Admire ce jour,

Car il est la vie,

La vie même de la vie.

Tout est là dans sa courte durée :

Toute la réalité, toute la vérité de

l’existence…

Donc, vis ce jour avec confiance.

L’auteur est président du conseil sortant de l’Association canadienne du cancer colorectal.

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