Société

Jean-Marc Léger : champion de la francophonie

Jean-Marc Léger est décédé le 14 février à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui un immense héritage à tous les francophones de tous les continents.

Jean-Marc Léger est décédé le 14 février à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui un immense héritage à tous les francophones de tous les continents.

Il fut d’abord journaliste, à La Presse, de 1951 à 1956, et ensuite au Devoir, de 1957 à 1969, excellant tout autant dans le reportage que comme éditorialiste. Il n’hésitait pas non plus à jouer les polémistes de façon percutante. Autour de 1960, il a présidé l’Union canadienne des journalistes de langue française de même que l’Association internationale des journalistes de langue française, avant d’entreprendre une carrière internationale durant laquelle il a à la fois suivi les grands dossiers internationaux et perçu tous les signes précurseurs de la Révolution tranquille. Fasciné par l’accession de nombreux pays à l’indépendance, il a vu rapidement la nécessité que les pays francophones se regroupent pour avoir une voix mondiale plus forte.

Homme de vision, il a su imaginer deux institutions, l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française, l’Aupelf (créée en 1961, devenue l’Agence universitaire de la Francophonie), et, en 1970, ce qui est aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Grâce à sa ténacité, à son pouvoir de persuasion et à sa conviction, il a su obtenir les appuis et les fonds nécessaires à leur mise sur pied.

Secrétaire général de la première organisation jusqu’en 1978, et de la seconde de 1970 à 1974, il a travaillé sans relâche pour assurer leur évolution et leur réussite, veillant à leur intégrité contre vents et marées. Le temps lui a donné raison : personne, que je sache, ne pourrait envisager l’organisme crucial qu’est aujourd’hui la Francophonie sans ces deux organisations conçues et voulues par lui et qui ont aussi permis au Québec, il ne faut pas l’oublier, de jouer un rôle significatif sur le plan international.

Jean-Marc Léger estimait que le Québec, auquel il était profondément attaché, devait être présent sur la scène internationale. Nous nous connaissions déjà lorsque je l’ai vu à l’œuvre comme sous-ministre adjoint aux relations internationales du ministère de l’Éducation de 1981 à 1984. Sa vaste culture, sa connaissance incomparable du monde francophone, l’importance qu’il attachait à l’éducation – moyen par excellence pour les Québécois de développer leur nation et d’en faire connaître les valeurs et les réalisations à l’étranger – en faisaient un collègue exceptionnel. Derrière une très grande dignité qui pouvait laisser croire à une certaine froideur se cachait un homme chaleureux, passionné et enthousiaste, ne dédaignant pas les plaisirs d’une bonne table autour de laquelle il devenait volontiers charmeur et rieur.

Du ministère de l’Éducation, il est passé en 1984 au ministère des Relations internationales pour ensuite devenir, au même ministère, commissaire à la Francophonie et chargé de mission auprès du Comité de suivi des sommets francophones. Rappelons qu’il avait été auparavant directeur de l’Office de la langue française (de 1961 à 1963) et délégué général du Québec à Bruxelles (de 1978 à 1981). C’est donc dire que toute sa vie, il a œuvré à la préservation de la langue française – qu’il écrivait et parlait de façon exemplaire –, au rayonnement de la Francophonie et au rayonnement du Québec à l’étranger. Il n’est donc pas étonnant qu’un si grand nombre de pays de la Francophonie, tant en Europe qu’en Afrique, l’aient honoré en le nommant Grand Officier ou Commandeur de leurs ordres les plus prestigieux, et qu’un grand nombre d’universités lui aient remis des doctorats honoris causa.

La Francophonie a su reconnaître ses immenses mérites, et j’ose croire que le Québec saura honorer sa mémoire. Jean-Marc Léger était un grand homme.

Jacques Girard a été sous-ministre adjoint responsable de l’enseignement post-secondaire de 1974 à 1978 et sous-ministre en titre du ministère de l’Éducation de 1978 à 1983. Il est président du conseil du Centre Financier International - Montréal.

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