Québec
Société

Fondaction CSN: Une mission à perpétuer

Par Karl Rettino-Parazelli

Un peu plus de deux décennies après sa fondation, Fondaction n’a pas pris une ride, soutient celui qui en tient la barre depuis les débuts. Le président-directeur général de ce fonds de développement de la CSN, Léopold Beaulieu, est convaincu que la mission qu’il poursuit depuis 20 ans est plus que jamais ancrée dans le présent.

 

Par Karl Rettino-Parazelli

 

Lorsque la Confédération des syndicats nationaux (CSN) crée Fondaction en 1996, ce nouveau fonds d’investissement est doté d’un budget d’à peine 650 000 dollars. Les moyens sont au départ modestes, mais les objectifs sont clairs : maintenir et créer des emplois au Québec, tout en tenant compte des retombées sociales et environnementales.

« Quand nous avons élaboré le projet de Fondaction, je ne connaissais pas beaucoup d’institutions financières qui portaient le projet de développement durable, qui voulaient faire de la finance socialement responsable, relate Léopold Beaulieu. Ce qui nous paraissait très important, c’était la reddition de comptes, auprès des parties prenantes à la fois internes et externes. Et je souligne que pas un seul mot de la formulation de la mission de Fondaction, établie dans la première moitié des années 1990, n’a été changé. Quand vous la lisez aujourd’hui, elle est pleine d’actualité. »

Fondaction gère désormais plus de 1,5 milliard de dollars d’actifs et compte près de 132 000 actionnaires, dont l’épargne permet de soutenir plus de 1 000 PME. Un « accomplissement notable », estime son grand patron.

Nouveau type de développement

Le fonds de développement de la CSN a choisi de s’intéresser à l’économie sociale à une époque où ce secteur faisait ses premiers pas. Le Chantier de l’économie sociale a commencé à prendre forme en 1996, dans la foulée du Sommet sur l’économie et l’emploi organisé par le premier ministre Lucien Bouchard. Ce nouveau modèle de développement s’est démocratisé au fil des ans, au point d’inciter le gouvernement du Québec à adopter en 2013 une loi-cadre sur l’économie sociale.

Léopold Beaulieu se réjouit de voir que, malgré les obstacles et les préjugés qui persistent, l’économie sociale est désormais florissante, en partie grâce au soutien de Fondaction. « Les économies qui s’en sortent le mieux sont les économies plurielles. Là où il y a, bien sûr, des sociétés à capital-actions, mais aussi des sociétés publiques et des entreprises d’économie sociale et solidaire. Cette économie plurielle est en développement. Elle fait partie des caractéristiques du Québec. »

Comme les défenseurs de l’économie sociale aiment le rappeler, le PDG de Fondaction souligne que ce secteur représente environ 10 % du PIB du Québec. De son côté, le fonds de la CSN y investit bon an mal an le tiers de son portefeuille. « Nous avons tout intérêt, compte tenu des enjeux actuels qui se posent pour la planète, à en accentuer la présence et l’importance au sein de l’économie québécoise », insiste-t-il.

Un Québec plus vert

Si Léopold Beaulieu est bien placé pour témoigner de l’évolution de l’économie sociale, il l’est tout autant pour décrire la progression de la conscience environnementale des Québécois. Ce qui était une préoccupation somme toute secondaire il y a 20 ans est aujourd’hui devenu une priorité, à tout le moins dans le discours public.

Lorsqu’on lui demande si le gouvernement du Québec utilise adéquatement les outils politiques et financiers à sa disposition pour faire une différence sur le plan environnemental, Léopold Beaulieu avance une réponse prudente. « Je pense que le Québec possède des atouts fort intéressants pour se distinguer dans le monde », mentionnant l’importance de l’hydroélectricité.

Il est cependant bien plus volubile lorsqu’il s’agit de parler des efforts que déploie Fondaction depuis quelques années pour améliorer le bilan environnemental de la province. En 2015, le fonds de la CSN a par exemple joint ses efforts à ceux du gouvernement du Québec et de la Fédération québécoise des coopératives forestières pour lancer le Fonds biomasse énergie, qui vise à encourager l’utilisation des résidus forestiers pour réaliser des projets de chauffe à la biomasse.

Profiter de la bourse du carbone

Lors de la plus récente Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP22), qui s’est déroulée en novembre dernier à Marrakech, au Maroc, Fondaction a également annoncé la mise sur pied du Fonds Carbone, lequel tire profit du système de plafonnement et d’échanges de droits d’émissions sur lequel s’appuie la bourse du carbone.

Grâce à ce nouveau fonds, créé en collaboration avec Coop Carbone, toute petite entreprise ayant besoin de financement pour mener un projet susceptible de réduire son empreinte environnementale peut obtenir une avance d’argent. Fondaction revend ensuite les crédits carbone sur le marché, ce qui lui permet de rembourser l’investissement initial. Cette initiative est officiellement lancée depuis le début du mois de janvier, mais aucun financement n’a encore été accordé jusqu’à maintenant. « Cela vient d’être mis en place, nous recevons des demandes de financement », explique Léopold Beaulieu.

À ces initiatives s’ajoute par ailleurs un investissement de 300 000 dollars accordé il y a quelques mois à CoPower, une plateforme d’investissement montréalaise qui offre des produits financiers liés à des projets favorisant les énergies propres. Cette entreprise fondée en 2013 a procédé début mars à l’émission des premières obligations vertes directement accessibles à tous les particuliers québécois, et non aux grands investisseurs institutionnels, comme c’est généralement le cas des obligations vertes émises par les gouvernements.

« Ces contributions de Fondaction en matière environnementale tiennent compte des retombées économiques comme des incidences sociales. Il s’agit d’une recherche de développement continu, à haut rendement sociétal », résume Léopold Beaulieu, sans en dire plus sur les initiatives que prévoit lancer son organisation dans l’avenir.

Mesures bienvenues

Le patron de Fondaction était un observateur attentif lorsque le gouvernement Couillard a dévoilé, fin février, son plan visant à protéger les sièges sociaux québécois. En raison de sa préoccupation pour les PME, il retient surtout les mesures qui faciliteront le transfert d’une entreprise familiale. Pour ce qui est des allégements fiscaux consentis aux dirigeants d’entreprise afin de les inciter à déclarer leurs impôts au Québec, Léopold Beaulieu se contente d’affirmer que « tout le monde doit payer sa juste part, dans l’intérêt collectif ».

Le PDG est bien conscient des défis auxquels fait face l’économie du Québec, à commencer par le vieillissement la population. Le bilan annuel 2016 présenté par l’Institut de la statistique du Québec a d’ailleurs offert une nouvelle preuve tangible de cette tendance : le nombre de travailleurs de 55 ans et plus a augmenté de 64 % au cours des dix dernières années. « L’ entrepreneuriat au Québec est tout aussi vivant qu’ailleurs au Canada. Particulièrement chez les plus jeunes, le goût d’entreprendre est plus que jamais présent. Il faut continuer à encourager cela, souligne à ce sujet Léopold Beaulieu. Pour ce qui est du vieillissement de la main-d’œuvre, la population doit se renouveler ; ainsi, il faut faire preuve d’ouverture. Il faut être accueillant envers les hommes et les femmes qui veulent venir nous rejoindre et faire leur vie ici. Après tout, nous sommes tous arrivés au Québec depuis plus ou moins longtemps. »

À son avis, cette ouverture à l’immigration doit reposer sur deux principes essentiels : l’apprentissage d’une langue commune, le français, et le respect des droits fondamentaux. « On ne peut pas, d’un côté, favoriser l’immigration, et, d’autre part, ne pas établir des conditions d’accueil. L’apprentissage du français est une absolue nécessité », martèle-t-il.

Des rendements «acceptables»

Fondaction n’a pas échappé à la récente crise financière, et ses rendements s’en sont ressentis au cours des dernières années. La situation s’est améliorée depuis, estime son patron, faisant remarquer que les résultats obtenus récemment sont supérieurs au niveau de l’inflation.

Au cours du semestre ayant pris fin le 30 novembre dernier, le fonds de la CSN a enregistré un rendement de 2,7 %. En 2015 – 2016, le rendement est descendu à 2,1 %, après avoir atteint 5,6 % et 4,9 % lors des deux années précédentes.

« Le rendement moyen à l’actionnaire au cours des dix dernières années, quand on tient compte du crédit d’impôt qui vient réduire le coût d’acquisition, a dépassé 10 % », fait valoir le dirigeant, évoquant une performance « tout à fait acceptable ». « Si l’on ne tient pas compte du crédit d’impôt, ça semble plus bas que le marché, mais, dans l’ensemble, je vous dirais que c’est comparable, ajoute-t-il. Nous ne sommes pas un fonds à haute spéculation, où on risque sa chemise à chaque détour. C’est un fonds d’épargne retraite, dans lequel on investit dans une perspective à plus long terme. »

Et regarder loin devant lui, c’est justement ce que veut continuer de faire le PDG de Fondaction dans les années à venir, pour faire honneur à la « raison d’être » de l’organisation qu’il dirige.

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