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Conférence de Montréal: Le grand rendez-vous des Amériques

Le Forum économique international des Amériques: 20 ans d’échanges sur les plus grands enjeux économiques, sociaux et politiques du monde.

Il y a 20 ans, la planète en-tière vibrait au rythme des dé-buts de la mondialisation de l’économie. Quelques années après la chute du mur de Berlin, le capitalisme global allait s’étendre, comme aucun modèle économique auparavant dans l’histoire. La globalisation financière, parallèlement à l’avènement d’un réseau informatique universel permettant aux capitaux de traverser les frontières en un clic, promettait de changer le monde à tout jamais. C’est à cette période névralgique qu’est née la Conférence de Montréal, devenue, selon les mots d’Angel Gurría, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (ocde), « un événement annuel incontournable ». Depuis deux décennies, chaque année au mois de juin, les grands décideurs convergent vers la métropole du Québec pour y discuter des grands enjeux de la mondialisation des économies. Le moment est propice pour revenir à ses débuts, revivre son évolution et tourner le regard vers son avenir. Forces a rencontré le président fondateur Gil Rémillard et son fils Nicholas, aujourd'hui président et chef de la direction.

Lors de la première édition de la Conférence de Montréal, une nouvelle carte du monde se dessinait. La création du Forum économique international des Amériques (feia) à Montréal, en 1995, coïncidait avec les débuts de l’Organisation mondiale du commerce (omc). Le grand chantier du mouvement de la mondialisation des économies était bien entamé.

Cinq ans auparavant, le communisme avait rendu l’âme – du moins, l’ère de l’Union soviétique était révolue –, et le succès du cycle d’Uruguay avait jeté les bases de la création de l’omc. L’Amérique du Nord, bien sûr, était au cœur de ce mouvement. La même année, les États-Unis, le Canada et le Mexique rédigeaient l’Accord de libre-échange nord-américain (alena).

Gil Rémillard, fort de son expérience de près de neuf ans à titre de ministre dans le gouvernement de Robert Bourassa, était impliqué dans certaines des négociations visant à défendre les positions du gouvernement canadien en vue de ces traités historiques. Au moment de quitter la politique, le 31 janvier 1994, il eut l'idée de faire de Montréal l’hôte d’une conférence économi-que internationale annuelle sur ce nouveau phénomène de mondialisation des économies.

Il raconte : « J’ai pris l’initiative de consulter des amis tant aux deux paliers de gouvernement que dans le milieu des affaires et le monde universitaire. Les réactions ont été très positives. » Le feia et la Conférence de Montréal étaient nés. Et depuis maintenant 20 ans, Montréal reçoit, chaque année, quelque 180 intervenants et près de 3 000 participants pour discuter des grands enjeux mondiaux, tout en mettant l’accent sur les relations entre les Amériques et les différents continents. Le feia a aussi fait des petits : il chapeaute le Toronto Global Forum, en octobre, et le World Strategic Forum à Miami, en avril.

Un pari risqué

Retour aux débuts. « À ce moment-là, nous ne savions pas trop quelle forme précise prendrait la Conférence, se rappelle Gil Rémillard. Il y avait des discours sur le commerce sans frontières, à l’échelle planétaire, mais comment allions-nous réaliser cela ? Comment allions-nous orienter un tel projet, et quelles en seraient les conséquences ? » Voilà de bonnes questions, surtout avec le destin de milliards d’individus dans la balance. De l’autre côté de l’Atlantique, il y avait déjà la grande conférence de Davos, le Forum économique mondial tenu en Suisse, créé en 1971, qui avait déjà le rôle important de réunir les dirigeants d’entreprise, des responsables politiques, des intellectuels et des journalistes de partout pour y débattre « des problèmes les plus urgents de la planète ». Comment Montréal pouvait-elle se démarquer ?

Dans le contexte du milieu des années 1990, rappelons que le Québec avait répon-du à l’appel du premier ministre Brian Mulroney, champion du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique. Le Qué-bec faisait bande à part avec le reste du Canada, surtout l’Ontario, en se déclarant fervent partisan de la libre circulation des biens... Selon l’ancien ministre Rémillard, Montréal était donc le lieu idéal, au sein des Amériques, pour discuter, précisément, du phénomène de la mondialisation.

Il est donc allé à la rencontre de quelques-uns des acteurs économiques et politiques des plus importants afin de sonder leur opinion sur son projet. « Ils m’ont tous dit que c’était une bonne idée et que l’on allait m’appuyer dans la démarche. Ensemble, nous nous sommes dit : “Allons voir ce que cela va donner !” » Gil Rémillard s’est donc engagé dans les préparatifs avec Marie DuPont, sa conjointe, et leur fils, Nicholas, alors étudiant en droit à l’Université d’Ottawa.

La toute première Conférence de Mont-réal fut un franc succès, attirant des intervenants de renom tels que Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine, et le premier ministre du Canada, Jean Chrétien.

Un havre neutre dans un monde tumultueux

Les bouleversements de l’économie mondiale ne se sont pas produits en douceur, loin de là, et les participants du feia étaient aux premières loges pour le constater... Le cycle économique de la mondialisation, qui a commencé en 1995, s’est finalement buté au mur de la grande récession de 2008. Lors de la Conférence de 2007, Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque centrale européenne, avait lancé un cri d’alarme concernant le niveau de crédit qui avait cours aux États-Unis.

Auparavant, la crise économique de l’Asie du Sud-Est, en 1997, avait également touché les économies émergentes de la Russie, de l’Argentine et du Brésil. Six mois auparavant, l’économiste Paul Krugman avertissait les participants de la Conférence : « [Il faut] faire attention avec l’Asie, car c’est une bulle qui va éclater. L’économie interne des tigres d’Asie n’est pas assez forte, et au moindre signe de danger, les investisseurs vont se retirer », avait-il prévenu. Six mois après, sa prédiction s’est avérée exacte.

Gil Rémillard déplore que ces avertissements n’aient pas été entendus, tout en soulignant que cela démontre à quel point le feia a son rôle à jouer : « Des épisodes comme ceux-là ont montré que la Conférence nous permet d’avoir une discussion ouverte concernant des objectifs qui touchent l’ensemble de la planète. Les intervenants qui s’y présentent ont la compétence pour nous expliquer les grands enjeux Nous devons être en mesure de saisir leur message. »

Certes, mais le feia est aussi un lieu où « beaucoup de solutions sont trouvées », ajoute Nicholas Rémillard. Il explique : « Un des aspects qui me marquent le plus, c’est la réputation de la Conférence de Montréal, considérée comme un endroit neutre. La position de neutralité de la Conférence de Montréal fait en sorte que des enjeux internationaux peuvent y être réglés. C’est vraiment unique ! »

Plusieurs analyses de l’ocde ont été révélées à Montréal ; nombre d’opinions y ont été émises par l’Organisation des États d’Amérique, aussi. « Et comme la Conférence a lieu au Canada [hors du continent latino-américain], plusieurs minis-tres d’Amé-rique latine s’y donnent rendez-vous afin de régler des différends. » Gil Rémillard rappelle également que le feia a accueilli des rencontres déterminantes pour faire avancer le dossier de l’Arctique.

C’est dans la métropole du Québec qu’ont débuté les premières discussions entre l’Union européenne et le Canada, ouvrant ainsi une « nouvelle route transatlantique du commerce », ajoute-t-il. Lors de la troisième édition de la Conférence, souligne Nicholas, une demande de rencontre bilatérale entre le sous-ministre chinois du commerce et le directeur général de l’omc a contribué à préparer l’entrée du pays dans la mondialisation : « C’est à ce moment que nous avons constaté l’importance du rôle que peut jouer la Conférence de Montréal dans les relations internationales. »

Montréal : carrefour des grandes routes de commerce

Dans l’organisation du feia, Montréal prend le rôle de « vaisseau amiral » en partenariat avec Toronto et Miami, aux dires de Gil Rémillard : « Montréal, pour nous, représente une porte d’entrée sur l’Union européenne ; la Conférence de Miami, pour sa part, prend une place de plus en plus importante comme pôle de commerce vers l’Amérique latine et vers le Pacifique. » Le président fondateur du feia constate l’apparition de nouvelles grandes routes commerciales : « C’est une toute nouvelle carte de commerce qui se dessine pour la mondialisation et le commerce international. Montréal, le Québec et le Canada peuvent y avoir une place de choix. Je crois que nous [le feia] pouvons en faire la promotion. » Concernant l’attrait de la Conférence de Montréal, le cachet unique de la ville y est pour quelque chose. Lors de la deuxième semaine de juin, le Grand Prix et le début de la saison des festivals représentent des « atouts considérables », indiquent les Rémillard. La Conférence est également l’occasion de promouvoir le tourisme d’affaires, non seulement à Montréal, mais partout au Québec.

Nouveau cycle économique et prochaine ère de croissance

Chaque conférence du feia exige un an et demi de préparation. Une équipe de recherche travaille sur des thèmes potentiels. Ceux-ci sont présentés aux principaux partenaires de l’événement et au conseil d’administration. Au final, le thème choisi doit refléter l’évolution des enjeux de la mondialisation, tout en respectant la nature « inclusive, accessible et neutre » qui a fait le succès du feia jusqu’à présent. Ainsi, le monde universitaire, les syndicats et les organisations non gouvernementales doivent aussi avoir leur place. C’est d’une grande importance, indique Gil Rémillard, car leur participation est incontournable afin de développer la mondialisation suivant de bonnes balises : « Nous devons nous diriger vers un monde beaucoup plus inclusif, plus équitable et durable », prône-t-il. Et, rajoute Nicholas, il y a un esprit de famille derrière toute cette organisation : « Je travaille avec mon père et ma mère, et l’équipe de la Conférence, après une vingtaine d’an-nées de collaboration, est toujours très unie. » L’esprit familial et de collaboration se reflète aussi dans les partenariats avec Toronto et Miami. Dans le contexte d’un Partenariat transpacifique en cours de négociation, des événements associés au feia sont également en préparation à Hong Kong et à Vancouver. En outre, des pourparlers sont en cours avec des pays d’Afrique et du Moyen-Orient en vue d’y établir des conférences selon le modèle montréalais.

L’an dernier, la Conférence avait pour thème Un nouveau cycle économique. « Après le mur de la crise financière en 2008, un nouveau cycle s’est mis en place, relate Gil Rémillard. Et, malgré des situations parfois difficiles, il est permis de croire que nous nous dirigeons vers une nouvelle ère de croissance [le thème de la 20e Conférence de Montréal]. Mais il faut s’assurer qu’elle sera sur des bases solides, et les perspectives de développement devront être en fonction des nouvelles routes commerciales. » Pour Toronto, en 2015, Nicholas planifie un Global Summit, juste avant que la Ville-Reine reçoive les Jeux panaméricains. En somme, le feia est, aux dires de Gil et Nicholas Rémillard, un « produit en pleine expansion, mais chaque conférence a sa propre personnalité. Elles traitent non pas d’enjeux régionaux, mais de la finance, de la gouvernance, de l’économie, du commerce et de l’énergie dans ses ramifications internationales. » 

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