
À première vue, ce n’est qu’un simple bouquin : une couverture cartonnée, un peu fade à mon goût, une reliure, un plat, un dos, une tranche de tête, une tranche de queue et une tranche de gouttière. Un éditeur, la prestigieuse mai-son française Plon. Un titre, Dictionnaire amoureux du Québec, et deux publics, les Québécois et la francophonie au grand complet… mais un seul auteur : Denise Bombardier.
À l’évidence, il s’agit d’un livre véritable, rédigé dans une prose à la fois littéraire et efficace, une conciliation de styles que peu d’écrivains maîtrisent. Mais à y regarder de plus près, lorsqu’on aborde les textes, d’autres perspec-tives s’imposent sur l’ouvrage et la centaine de courts essais, aussi érudits qu’accessibles, qu’il contient.
Ce Dictionnaire amoureux se révèle une machine à voyager dans le temps. La carte du Tendre d’un territoire transcendé. Une radiographie de nos travers, de nos peurs et de nos espoirs. Un décodeur politique de ce pays « plus métaphorique que réel ». Un passeport pour un passé pas si lointain, orné de bénitiers, de croix de chemin et de par-quets cirés comme dans les collèges classiques, passé qui nous accable surtout quand nous tentons de le renier. La dissection d’une culture qui perdure. Et peut-être même un manuel d’instructions, voire un manuel scolaire !
Quel bond en avant ce serait si un mécène offrait à chaque étudiant québécois un -Dictionnaire amoureux du Québec !
Une affaire de prestige
La collection des Dictionnaires amoureux a été créée en 1997. Bon an, mal an, il se vend un quart de millions d’exemplaires d’ouvrages de cette collection qui compte près de 80 titres. À lui seul, le Dictionnaire amoureux du vin de Bernard Pivot s’est écoulé à 140 000 exemplaires. C’est un des grands succès de l’édition francophone. L’invitation lancée à Denise Bombardier d’écrire le Dictionnaire amoureux du Québec confirme son prestige dans la francophonie. Une reconnaissance que certains petits esprits d’ici lui reprochent. Allez savoir pourquoi il est de bon ton, chez les ténors de la bien-pensance, de traiter Denise Bombardier de « colonisée » quand elle triomphe en France, mais pas Xavier Dolan ou Dany Laferrière. Passons.
Parmi les auteurs de Dictionnaires amoureux, mentionnons Philippe Sollers (Venise), Mario Vargas Llosa (l’Amérique latine), Peter Mayle (la Provence), Max Gallo (l’histoire de France), Denis Tillinac (la France), Christian Millau (la gastronomie), Jacques Attali (le judaïsme), Michel del Castillo (l’Espagne), Jean-Paul et Raphaël Entho-ven (Proust), Yann Queffélec (la Bretagne) et tant d’autres. Une dizaine de titres se sont vu décerner des prix litté-raires prestigieux, dont le Renaudot et le Fémina.
L’âme québécoise
Le choix des sujets à traiter, organisés en abécédaire, est toujours laissé à l’auteur, comme l’annonce le mot « amoureux » dans le titre. Les textes, strictement subjectifs mais riches en connaissances sur l’histoire, la géogra-phie, le territoire, la culture – y -compris la musique country ! – côtoient de brillantes réflexions sur les femmes et les hommes du Québec, la langue française (« Pour un Québécois, parler français est un acte politique »), la place du Nord et des saisons dans notre conscience collective, nos relations avec les nations autochtones, les anglophones ou encore les Juifs hassidiques.
Ceux et celles qui n’ont jamais vu Maurice Richard s’emparer de la -rondelle, qui ne sont jamais allés à la pêche au nord de Mont-Laurier, qui n’ont jamais croisé un ours en Haute-Mauricie, qui ne connaissent pas le mur de Fer-mont, ou qui ignorent ce qu’est un péché mortel, découvriront un héritage singulier qui appartient tant au peuple québécois qu’à l’humanité toute entière.
Ce n’est pas un ouvrage identitaire ou même nationaliste, mais une lettre d’amour au Québec pour ce qu’il a de grand, d’unique, et à la fois de merveilleusement ordinaire.


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