Énergie

La place du pétrole au Québec

À cause de la domination de l’électricité et du gaz dans le domaine du chauffage des locaux et grâce à un parc automobile relativement moins énergivore, les Québécois consomment moins de produits énergétiques pétroliers que les autres Canadiens. Nous oublions même parfois la place qu’occupent les produits pétroliers dans notre consommation globale d’énergie. Mais, au fond, quelle est-elle ? 

 

En fait, le pétrole représente une part très importante du bilan énergétique québécois. En 2003, il comblait 38,5 % des besoins du Québec en énergie, soit exactement la même proportion que l’électricité. Il ne s’agit donc pas d’une source d’énergie secondaire. On croit aussi que l’industrie pétrolière est pratiquement inexistante dans la province. Pourtant, le Québec est un exportateur net de produits pétroliers raffinés. Les trois grandes raffineries québécoises produisent suffisamment pour répondre à la demande intérieure et disposent même de légers surplus, qui sont exportés vers les provinces voisines.

L’industrie pétrolière au Québec

            Les erreurs de perception dans ce domaine proviennent du fait que l’industrie pétrolière compte deux secteurs très distincts : le secteur d’amont et le secteur d’aval. Le premier, qui regroupe les activités de recherche, d’exploration et d’extraction d’hydrocarbures, est le plus spectaculaire. C’est dans le secteur d’amont qu’ont lieu la découverte de gisements importants et l’annonce d’investissements considérables. Au Québec, il est vrai que l’activité de ce secteur se limite à des travaux relativement modestes d’exploration et d’essais.

 

            Le secteur d’aval regroupe, quant à lui, les activités de raffinage, de distribution, de transport, de commercialisation et de vente au détail des produits pétroliers. Il comprend également les activités de l’industrie pétrochimique. Dans ce secteur, l’industrie pétrolière québécoise occupe une place importante. Trois des dix-neuf raffineries canadiennes se trouvant sur son territoire, le Québec dispose d’une capacité de raffinage de plus de 70 000 mètres cubes par jour, ce qui représente environ 23 % de la capacité de raffinage totale du Canada. La raffinerie d’Ultramar, à Saint-Romuald, est même la deuxième raffinerie du pays en importance.

            Au cours des cinq dernières années, le secteur du raffinage a d’ailleurs fait l’objet au Québec d’importants investissements qui ont totalisé près de deux milliards de dollars. Plus de la moitié de ces investissements est attribuable à l’adoption de procédés de désulfuration de l’essence par les raffineries, effectuée dans le but de respecter les nouvelles normes environnementales.

            Les activités des secteurs d’amont et d’aval sont nettement cloisonnées. Même si les grandes pétrolières multinationales sont en activité dans les deux secteurs de l’industrie, les relations d’affaires entre producteurs et raffineurs sont soumises aux conditions du marché. Le prix du pétrole brut est négocié sur les marchés internationaux indépendamment des marchés du raffinage, qui sont davantage continentaux. Ainsi, par exemple, une raffinerie de Petro-Canada peut très bien acheter du pétrole brut extrait par Shell.

D’où vient notre pétrole, et où va-t-il  ?

            Compte tenu de l’importante production albertaine, on serait porté à croire que notre pétrole provient surtout de l’Ouest canadien. Or, il n’en est rien. En fait, le Québec importe près de 70 % de son pétrole d’Europe et d’Afrique, la Norvège et l’Algérie constituant ses deux principales sources d’approvisionnement.

            Cela s’explique par le fait que le Québec jouit d’un accès maritime qui lui permet d’acheter du pétrole brut provenant de toutes les parties du monde. Cette marge de manœuvre permet aux raffineries québécoises non seulement de négocier les meilleures conditions mais aussi de choisir le type de pétrole brut correspondant le mieux à leurs besoins.

            Pour répondre à la demande énergétique du Québec, région où le pétrole représente 99,7 % de la consommation d’énergie dans le secteur des transports, les raffineries choisissent des pétroles bruts offrant un rendement avantageux pour la production d’essence, de carburant diesel et de mazout destiné au chauffage.

            Plus de 65 % du pétrole brut raffiné au Québec est transformé en essence et en carburant diesel à l’intention du secteur des transports. Pour leur part, le secteur commercial et le secteur industriel consomment respectivement 14,7 % et 10,5 % des produits pétroliers pour chauffer leurs locaux et pour alimenter leurs activités industrielles.

            Étant donné que près de 90 % de ses approvisionnements pétroliers proviennent de l’extérieur de l’Amérique du Nord, le Québec est très dépendant des producteurs étrangers. Pour remédier à cette situation, le gouvernement du Québec propose, dans sa récente Stratégie énergétique, trois grands axes d’intervention : l’efficacité énergétique, l’innovation technologique et la mise en valeur des bassins sédimentaires québécois.

Réduire la consommation

            En matière d’efficacité énergétique, le gouvernement a fixé des objectifs très ambitieux au secteur des produits pétroliers. À l’horizon 2015, ce secteur devrait contribuer à hauteur de 60 % aux gains énergétiques visés. Dans ce but, la stratégie gouvernementale prévoit tout un train de mesures dans les domaines du transport des personnes et des marchandises.

            Outre des mesures fiscales permettant de favoriser le biodiesel et l’acquisition de véhicules hybrides, le gouvernement entend contribuer à l’amélioration de la performance du parc automobile en encourageant l’achat de véhicules moins gourmands ou de véhicules fonctionnant au diesel.

            Différentes initiatives viseront également à favoriser le transport en commun et le covoiturage. Outre des investissements de 1,5 milliard de dollars pour le maintien et le renouvellement des infrastructures et des équipements de transport en commun, des mesures seront prises pour augmenter la marge de manœuvre financière des sociétés de transport en commun.

            Dans le domaine du transport des marchandises, la Stratégie énergétique propose l’ajout d’un volet « efficacité énergétique » au programme d’inspection obligatoire des véhicules lourds. De plus, on adoptera des mesures visant à favoriser le remplacement du transport routier par le transport maritime ou ferroviaire.

 

Développer les carburants renouvelables

            Afin de réduire la dépendance du Québec aux approvisionnements de pétrole provenant de l’extérieur, la Stratégie énergétique mise sur l’innovation technologique pour accélérer le développement et l’utilisation de deux carburants renouvelables : l’éthanol-carburant et le biodiesel. Dès 2007, le Québec deviendra un important producteur d’éthanol fabriqué à partir du maïs-grain, avec la mise en service de l’usine de Varennes. Cette usine permettra d’ajouter 5 % d’éthanol à 2,4 milliards de litres d’essence, soit 30 % de la consommation annuelle d’essence au Québec.    

            La croissance de cette filière est cependant limitée. Elle fait d’ailleurs l’objet de nombreux débats quant à ses avantages environnementaux réels. Plusieurs scientifiques estiment en effet que l’éthanol produit à partir du maïs-grain exige plus d’énergie pour sa production qu’il n’en fournit comme carburant. D’autre part, étant donné l’absence de surplus de maïs-grain, il faudra se tourner vers le développement d’une autre technologie permettant de produire de l’éthanol à partir des résidus forestiers et agricoles ou encore des déchets urbains. Le lancement d’une usine de démonstration de cette filière cellulosique est prévu en 2007.

            Pour ce qui est du biodiesel, un carburant produit à partir d’huiles végétales usagées et de gras animal récupéré, la technologie de production existe déjà, mais des efforts d’innovation technologique seront nécessaires pour standardiser le produit et en améliorer la qualité. L’Agence de l’efficacité énergétique a été chargée de mettre sur pied des programmes pour soutenir le développement de ces technologies.

            L’industrie pétrolière québécoise reste toutefois relativement tiède devant ces initiatives. Comme le souligne Carol Montreuil, vice-président de l’Institut canadien des produits pétroliers : « Dans l’état actuel de la technologie, les mélanges d’essence et d’éthanol sont très coûteux ; ils sont donc tributaires des subsides et des rabais de taxes gouvernementaux. Ainsi, l’utilisation de l’éthanol pourrait même entraîner une augmentation sensible des coûts. Dans le cas du biodiesel, il faudra miser sur les technologies émergentes pour rassurer l’industrie pétrolière ainsi que les fabricants de véhicules et de moteurs. Ces derniers s’opposent en effet aux mélanges dont la teneur en biodiesel dépasse 5 %. »

Le potentiel du Québec en hydrocarbures

            La Stratégie énergétique, dernier axe d’intervention visant à réduire notre dépendance énergétique, propose la mise en valeur des bassins sédimentaires du Québec. Car dans un contexte où la valeur des hydrocarbures ne cesse de s’apprécier, il devient de plus en plus attrayant d’investir dans l’exploration de structures géologiques pouvant présenter un potentiel pétrolier ou gazier.

            Sur le territoire québécois, on estime qu’il existe une zone d’environ 200 000 kilomètres carrés propice à la présence de pétrole et de gaz naturel, située sur un axe qui s’étend du Texas jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador. Ces bassins sédimentaires se trouvent sur la terre ferme, en Gaspésie et dans la vallée du Saint-Laurent, ainsi qu’en milieu marin, dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent.

            Malgré les investissements déjà annoncés dans le Centre-du-Québec et en Gaspésie, la mise en valeur de l’important potentiel en hydrocarbures du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent se trouve cependant face à deux obstacles de taille : les processus d’évaluation environnementale, et un différend territorial avec le gouvernement canadien. Afin de corriger la situation, le gouvernement du Québec entend harmoniser ses lois environnementales avec celles du Canada et des autres provinces. Il entend également négocier avec le gouvernement fédéral une entente permettant de régler le différend territorial touchant la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent.

            Selon Hydro-Québec, société à laquelle le gouvernement a confié le mandat d’évaluer le potentiel pétrolier et gazier pour ensuite s’associer au secteur privé en vue d’assurer la mise en valeur de ces ressources, la situation demeure incertaine. À preuve, on a mis en veilleuse les activités de la division Pétrole et gaz, dans l’attente de résultats positifs en matière d’évaluation environnementale et de négociations territoriales.

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