Culture

Roger Rolland : un être de lumière

Roger Rolland est décédé à Montréal le 4 mars 2011 à l’âge de 90 ans, laissant le souvenir d’un bâtisseur culturel soucieux de jeter de la lumière sur la grande noirceur obscurcissant le ciel québécois de sa jeunesse.

Émule de François Hertel dont il fut l’élève, il se fit le chantre d’une pensée libérée, vitupérant le conformisme social et le corset clérical qui étouffaient dans les discours sermonneux une jeunesse frémissante ayant assisté aux récentes dérives de la Deuxième Guerre mondiale.

Roger Rolland est décédé à Montréal le 4 mars 2011 à l’âge de 90 ans, laissant le souvenir d’un bâtisseur culturel soucieux de jeter de la lumière sur la grande noirceur obscurcissant le ciel québécois de sa jeunesse.

Émule de François Hertel dont il fut l’élève, il se fit le chantre d’une pensée libérée, vitupérant le conformisme social et le corset clérical qui étouffaient dans les discours sermonneux une jeunesse frémissante ayant assisté aux récentes dérives de la Deuxième Guerre mondiale.

Nonobstant ses multiples intérêts et la diversité de ses talents, c’est la richesse de la pensée dans tout son foisonnement, servie par une langue châtiée et claire, qui aura habité tous ses combats, toute son œuvre. La langue était sa demeure et c’est à partir d’elle qu’il a tenté d’infléchir les œuvres humaines.

Il aimait l’amitié qui unit les hommes et que ses nombreuses années de pensionnat lui avaient fait forger. Il aimait l’amitié plus que la politique. Il aimait la liberté de penser et de débattre qui fait jaillir une lumière.

Patron admiratif de René Lévesque à Radio-Canada, scribe penseur de Pierre Elliott Trudeau à Ottawa, sa position politique était celle d’une lutte contre tout obscurantisme et contre toute censure. Il fera sien le slogan Il est interdit d’interdire, même à titre de patron à Radio-Canada.

DE MONT-ROLLAND À PARIS

Roger est né à Mont-Rolland dans la maison paternelle le 21 janvier 1921. Un des héritiers de Papier Rolland, il fit ses études au Collège Jean-de-Brébeuf et au Collège de Montréal. Fort doué, cette abondance de talents l’a orienté sur les chemins les plus divers. Il choisit d’abord de faire un an au noviciat des Pères jésuites. Puis il s’inscrit à l’Université McGill, d’abord en architecture, puis en commerce. Il trouve enfin  sa vocation en littérature à l’Université de Montréal et, en septembre 1946, avec notamment Pierre Elliott Trudeau et André Matthieu, depuis New York, il vogue vers Paris où il obtient un doctorat en littérature de la Sorbonne. Sa thèse, Poésie et versification, est publiée en 1949.

RETOUR AU CANADA

Revenu au pays, il est nommé directeur des programmes français de Radio-Canada (1950-1966). Ceux qui l’ont côtoyé se sont longtemps souvenus de lui comme un joueur de tours consommé, véritables mises en scène inventives qui éblouissaient même les piégés. Son plaisir de vivre communicatif était une injection de créativité, dans ce milieu radio-canadien qui a été si marquant pour notre culture nationale. Et dont il aura été un grand artisan.

Avec les émissions radiophoniques Carte blanche et Causerie, il interrogera les grands créateurs : peintres, écrivains du temps, de France et d’ici, afin de susciter cette émancipation culturelle dont le Québec avait tant besoin. Sa polyvalence l’a même amené, durant l’Expo 67, à être scripteur à l’émission télévisuelle Les Couche-Tard. Il aura été un grand passeur culturel, un éveilleur de talents et un humoriste redouté, sinon redoutable.

FONDATION DE CITÉ LIBRE

Roger Rolland a également participé activement à la fondation de deux publications bien différentes : tout d’abord en 1941 avec Amérique française, revue essentiellement littéraire dirigée par Pierre Baillargeon, avec François Hertel et quelques anciens de Brébeuf. Il coopéra ensuite dans les années 1950, notamment avec Pierre Elliott Trudeau, Gérard Pelletier et Jean Le Moyne, à la fondation de Cité libre, revue idéologique et politique luttant contre les obscurantismes de la société.

Lorsque son ami Pierre Elliott Trudeau devint premier ministre du Canada, Roger Rolland fut nommé attaché spécial de son cabinet et, avec Jean Le Moyne, rédigea les discours français du premier ministre. Il fut ensuite recruté pour diriger l’édition française du Reader’s Digest (1974-1984).

Il écrivit la préface et organisa la publication d’une nouvelle édition de Convergences, de Jean Le Moyne. À la demande de son frère Lucien, il traça une histoire de la compagnie Papier Rolland, entreprise familiale, à l’occasion de la célébration de son centenaire (1982). Entre 2001 et 2003, il publia trois contes jeunesse – Rocambo, Toutouramo et Le colonel Gourmi.

ORPHELINS DE DUPLESSIS

Père de cinq enfants, Roger Rolland était un être de compassion qui n’avait pas perdu la clé évangélique de son enfance. Ce sont Roger Rolland et sa femme Madeleine qui offrent une famille d’accueil à Bruno Roy, alors déclaré retardé mental, et qui font renverser la décision duplessiste de ne pas le scolariser. Totalement identifié à lui, Bruno Roy obtint, lui aussi, un doctorat en littérature. Puis devint président de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) et président du Comité des orphelins de Duplessis. Dans ce cas comme dans bien d’autres, Roger Rolland était un être de lumière.

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.