Québec
Économie

Investissement Québec: Promoteur du Développement Économique du Québec

Rares sont les économies qui disposent d’un levier actif tant dans le financement que dans le démarchage d’entreprises. Rares, aussi, sont les économies situées au confluent des deux plus importantes zones commerciales occidentales avec, pour toile de fond, ces accords de libre-échange unissant le Canada aux États-Unis et au Mexique, et bientôt le Canada à l’Union européenne. Le Québec et son bras financier, Investissement Québec, se démarquent à l’international, là où la concurrence pour attirer l’investissement porteur ou structurant est plutôt féroce.

À l’international, il faut jouer du coude. « Le Québec n’est évidemment pas le seul gouvernement à courtiser les entreprises et à leur offrir des incitatifs fiscaux. Tous les autres le font. Il nous faut donc jouer de nos forces, de nos atouts, nous faire valoir en tant que destination privilégiée, avec notre situation géographique stratégique et la présence d’une masse critique de talents », affirme Mario Albert, pdg d’Investissement Québec, qui ajoute à l’équation le mode d’intervention ou d’accompagnement de l’entreprise qu’il dirige : « Rares sont les institutions qui, comme nous, font à la fois du démarchage et du financement. Je pense qu’à part nous, il n’y a que l’Irlande. »

Sur la scène locale, il faut jouer la carte de la complémentarité avec les institutions en place. Le bras financier du gouvernement a pour mission de contribuer au développement économique du Québec, de soutenir l’investissement et la création d’emplois, dans une perspective de développement régional. « Nous ne faisons pas de subventions. Nous offrons essentiellement les mêmes produits de financement que ceux des banques, mais dans un cadre différent. Nous prenons plus de risques. Je dirais que trois fois sur quatre, nous nous retrouvons dans une zone de risque où les banques ne vont pas. » Il s’agit ici de capital de risque, mais aussi de créneaux où le marché privé s’aventure rarement. Mais le pdg de la société d’État insiste : « Nous appliquons une logique d’affaires conforme aux pratiques du marché. Nous tarifons au marché, selon le risque. Certes, le bénéfice économique, les retombées économiques, entrent dans notre analyse. » Investissement Québec se montre également plus patiente que les banques, plus présente aussi, lorsque la conjoncture économique se montre moins favorable. « En d’autres termes, nous ne sommes pas là pour le rendement du portefeuille – sans pour autant viser les pertes ! Notre objectif minimal est l’autofinancement. Idéalement, nous cherchons à couvrir le coût des fonds empruntés par le gouvernement, soit entre 2 et 3 %. » Au terme de l’exercice clos le 31 mars 2013, le rendement sur fonds propres d’Investissement Québec a été de 4,1 %.

Deux métiers en un

Jadis, les activités d’Investissement Québec se résumaient au prêt et à la garantie de prêt. La situation est tout autre aujourd’hui : depuis sa fusion avec la Société générale de financement (sgf), une société d’État que l’on définissait comme étant le bras industriel du Québec et dont l’intervention prenait essentiellement la forme d’une participation minoritaire dans l’actionnariat, Investissement Québec est devenu un intervenant stratégique. Ainsi, en août 2012, lorsque le géant américain de la quincaillerie Lowe’s a manifesté de l’intérêt pour l’important distributeur québécois Rona, le ministre des Finances d’alors, Raymond Bachand, a considéré que, compte tenu de l’intérêt économique stratégique de Rona, une telle prise de contrôle ne pouvait s’inscrire dans l’intérêt du Québec. Il a alors immédiatement mandaté la direction d’Investissement Québec afin qu’elle examine les actions à entreprendre pour contrer cette éventuelle offensive, y compris l’obtention d’appuis dans la constitution d’un fonds de défense des intérêts du Québec. Le caractère plutôt inédit d’une telle réaction gouvernementale consacrait Investissement Québec dans son rôle de « bras financier » du Québec. Un bras qui se veut musclé.

« Il est certain que le maintien des sièges sociaux au Québec et la consolidation de nos fleurons font partie de notre mandat. On nous reconnaît également cette capacité à mobiliser des capitaux », commente Mario Albert, qui s’empresse d’ajouter : « Il entre aussi dans notre mission d’appuyer nos entreprises désireuses de faire des acquisitions hors Québec. »

Ce positionnement stratégique devait être renforcé par le souhait de l’actuel gouvernement québécois, minoritaire, de donner naissance à la Banque de développement économique du Québec, qui propulserait Investissement Québec au rang de guichet unique auprès des entreprises et centraliserait des activités auparavant sous l’égide du ministère des Finances. Le projet a été rejeté par l’opposition, qui a évoqué une structure trop complexe et une valeur ajoutée peu probante. « L’idée est pourtant bonne. Elle aurait amélioré la capacité d’accompagnement d’Investissement Québec. Quant aux difficultés de gestion et d’intégration mentionnées, il n’y avait rien d’insurmontable. Avec la création de l’Autorité des marchés financiers, nous sommes parvenus à regrouper cinq organismes en un », a rappelé celui qui dirigeait justement l’agence de réglementation des marchés financiers avant de se voir confier la présidence d’Investissement Québec, en juillet 2013.

Vision en continu

N’empêche, si le projet politique est mort au feuilleton, l’esprit sous-jacent demeure. « Cela va nous influencer dans notre prochaine planification stratégique. Cela impliquerait plus de partenariats, une vocation régionale plus forte, voire l’établissement de politiques sur mesure pour chaque région. » Le pdg pense notamment à ces lacunes ou à ces « trous » dans les chaînes d’approvisionnement potentiellement forces économiques d’une région donnée, que l’on peut combler en attirant l’entreprise qui constituera le chaînon manquant.

On le voit, la double culture héritée de la fusion avec la sgf parvient à cohabiter au sein d’Investissement Québec. Les deux métiers, celui de banquier émetteur de prêts et de l’institution spécialisée dans la prise de participation, se complètent. « Nous avons tous les outils pour accompagner les entreprises dans le domaine du financement, mais aussi dans leur développement, dans leur expansion. »

Pour la suite des choses, « ce qui fera la différence, c’est notre pertinence à développer une vision en continu. Tout change tellement vite ! Qui aurait dit, par exemple, que l’industrie de l’aluminium, force vive du Québec, traverserait une période difficile ? Qui aurait également dit, il y a dix ans, qu’un de nos grands leviers, soit le tarif préférentiel d’électricité offert aux grandes entreprises énergivores, perdrait son caractère concurrentiel ? »

Les résultats d’Investissement Québec témoignent de cette cohabitation réussie des deux rôles. En financement, l’institution revendique quelque 1 500 interventions auprès de 1 300 entreprises, pour un engagement de 1 milliard de dollars ayant généré plus de 3,5 milliards d’investissement. Grosso modo, 10 000 emplois auraient ainsi été créés ou sauvegardés. En démarchage, l’institution comptabilise 65 projets pour une valeur atteignant également 1 milliard. En capital de risque, là où un exercice d’optimisation devra cependant être mené, dit Mario Albert, elle est, pour l’heure, présente dans 77 fonds d’investissement ou de croissance, avec un engagement annuel de 100 millions de dollars, qui cumule 850 millions depuis les débuts. « À l’interne, plus de monde travaille dans le segment financement mais il reste que les deux segments sont importants chez nous », insiste Mario Albert. L’activité prospection repose sur un budget de 11 millions et sur le déploiement de 12 bureaux à l’étranger répartis entre les États-Unis, l’Europe et l’Asie.

Jamais trop gros

« Replaçons toutefois les choses dans leur juste perspective : là où nous faisons 1 500 interventions, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins vont en faire 60 000. Et avec 10 000 emplois créés ou sauvegardés, Investissement Québec fait la différence à la marge. Son appui est complémentaire. » Mario Albert ajoute qu’en matière de capital de risque ou de développement, il est difficile d’être « trop gros » tant les besoins à combler sont importants.

Disant cela, et sans vouloir donner dans la politique, le pdg -comprend difficilement la volonté du gouvernement à Ottawa d’éliminer graduellement le crédit d’impôt fédéral de 15 % offert aux épargnants à l’achat de parts de fonds de travailleurs. Ces fonds fiscalisés, très actifs dans le financement auprès des petites et moyennes entreprises, sont particulièrement importants et performants au Québec. « C’est mal connaître la réalité québécoise. Au fédéral, on n’a pas bien compris l’importance de ces fonds de travailleurs pour l’économie, que cette réussite est unique au Québec. »

Si Ottawa va de l’avant, « l’effet sera négatif pour le Québec. Il va y avoir des retombées, c’est certain. Il faudra alors combler le manque ou le vide », d’autant que les fonds de travailleurs vont devoir modifier leur politique d’investissement pour abaisser leur risque en conséquence.

Et les créneaux porteurs se multiplient. Mario Albert énumère les forces du Québec dans le secteur minier, dans l’agroalimentaire, dans le transport et l’aéronautique, sans oublier les technologies de l’information et les jeux vidéos. De nouveaux mandats se dessinent également avec le dépôt récent de la politique économique du gouvernement québécois, qui consacre de larges chapitres à l’électrification et à la maximisation du potentiel de développement économique mettant à contribution les surplus d’électricité d’Hydro-Québec, prévoyant une offre tarifaire investissements-emplois. « Sans compter l’optimisation de nos capacités d’exportation en biomasse ou en pétrole, ou encore tout le volet de transformation locale, qu’il faut encourager ou soutenir. » Un vaste chantier ! 

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