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Les étudiants chinois au Canada

Par Adam Steinhouse

Voici ce que j’ai vu récemment de ma salle d’enseignement à Shenzhen, en Chine : des voitures, un ciel pollué, un robot et des étudiants impatients d’apprendre.

Shenzhen, zone économique spéciale située à côté de Hong Kong, est l’une des villes à la croissance la plus rapide jamais vue dans le monde : sa population, passée de 3 000 habitants en 1950 à 30 000 dans les années 1970, est estimée à 10,85 millions aujourd’hui. En fait, le nombre total d’habitants est probablement plus proche de 18 millions d’habitants, en raison de la population flottante d’innombrables travailleurs migrants. Chaque Chinois possède un hukou, document d’enregistrement des ménages lié à leur lieu d’origine, ce qui rend très difficile pour eux de changer de région de résidence. En conséquence, ces travailleurs migrants, principalement issus de la campagne, sont des sans-papiers qui n’ont pas accès aux soins de santé et aux autres prestations sociales dans cette ville.

Shenzhen est une mégapole, c’est-à-dire une ville de plus de dix millions d’habitants. Sur les 30 villes du monde correspondant à cette définition, six se trouvent en Chine. D’ici 2030, la population urbaine de la Chine se rapprochera de 940 millions de personnes, et les deux tiers des Chinois vivront dans des villes. Shenzhen fait partie du delta de la rivière des Perles, qui compte officiellement une population de 42 millions de personnes, soit près de 20 % de plus que l’ensemble du Canada. Elle constitue ainsi la plus grande zone urbaine du monde, selon un rapport de la Banque mondiale datant de 2015. Shenzhen, la ville la plus encombrée de Chine, est également le marché du logement le plus cher de ce pays. Le système de métro de Shenzhen, ouvert en 2004, compte maintenant huit lignes, 166 stations et 286 kilomètres de voies en service. Mais la ville compte également plus de deux millions de véhicules enregistrés.

La mesure moyenne de la pollution atmosphérique à Shenzhen varie entre « modérée » et « insalubre pour les groupes sensibles », comme l’indique l’indice de la qualité de l’air. En 2013, seulement trois des 74 grandes villes de Chine ont satisfait aux normes nationales de qualité de l’air, selon un responsable environnemental de Beijing cité dans le South China Morning Post. Une de mes élèves m’a dit qu’elle avait emménagé dans la ville dans le but de voir un ciel bleu pour la première fois de sa vie. Par ailleurs, en dépit de son emplacement dans un delta, Shenzhen fait face à une pénurie d’eau : la quantité d’eau douce accessible localement s’élevant à seulement 25 pour cent de la moyenne du pays par habitant, la majeure partie de l’eau de Shenzhen provient d’autres régions. Ainsi, dans cette ville, je n’ai bu que de l’eau en bouteille, et je n’ai jamais vu une parcelle de ciel bleu.

À l’image de la ville, l’université de Shenzhen est considérée comme celle dont le développement est le plus rapide de Chine. Le chantier de construction en cours à l’université a entraîné le déménagement de ma classe vers un espace de travail dirigé par un étudiant, qui avait lancé une importante entreprise de gestion de données et jouissait de l’assistance efficace d’un robot parlant le mandarin. Pour 2016, le nombre de diplômés universitaires en Chine a été de  7,65 millions, annonce le ministère chinois de l’Éducation, soit plus du double de celui d’il y a dix ans. Selon le Ministère, on estime à 195 millions le nombre d’étudiants qui seront diplômés universitaires d’ici 2020, y compris les haigui, ou « tortues marines », c’est-à-dire ceux et celles qui retournent en Chine après des études à l’étranger. Plus de 500 000 étudiants chinois sont allés étudier à l’étranger en 2015, dont près d’un quart (119 335) au Canada ; la Chine est la plus grande source d’étudiants étrangers au pays.

La Chine est aussi le troisième partenaire commercial du Canada, derrière les États-Unis et l’Union européenne ; elle est un important acheteur de bois, de papier, de métaux et d’engrais canadiens. La Chine et le Canada se sont fixé comme objectif de doubler le volume de leur commerce bilatéral de 2015 d’ici 2025 ; par ailleurs, les négociations de l’Accord de libre-échange entre le Canada et la Chine ont débuté le 20 février 2017. Les deux pays assisteront en mars 2017, à Viña del Mar, au Chili, à la réunion consacrée à de nouvelles initiatives d’intégration dans la région Asie-Pacifique. De plus, le Canada est devenu le premier pays d’Amérique du Nord à se joindre à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures. Lors de sa visite en Chine d’août 2016, le premier ministre Justin Trudeau, qui rencontrait des gens d’affaires chinois à Beijing, a souligné l’importance d’investissements canadiens dans ce secteur. Cependant, le Canada devra affirmer son engagement envers les droits environnementaux et les droits des travailleurs à mesure qu’il bâtira une relation plus profonde avec la Chine.

À la fin de 2016, la Chine comptait toujours plus de 45 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté national, de 2 800 yuans (536 dollars) par personne et par an. Le plan quinquennal actuel de la Chine pour le développement économique et social (2016-2020) contient une série de mesures axées sur la réduction de la pauvreté. Le président chinois Xi Jinping a déclaré, lors de la réunion annuelle de 2017 du Forum économique mondial de Davos : « Nous avons pris des mesures importantes pour atténuer la pauvreté et nous en avons sorti plus de 700 millions de personnes ». Lors du Sommet des dirigeants du G20 tenu à Hangzhou en septembre 2016, le président avait annoncé que le gouvernement chinois comptait sortir la nation entière de la pauvreté d’ici 2020.

En Chine, il existe des inégalités de revenus non seulement entre les campagnes et les villes, mais aussi entre les provinces côtières florissantes et les régions moins développées de l’Ouest et du Centre. Même les zones rurales des alentours de Shenzhen sont nettement plus riches que certaines villes de l’intérieur du pays. En 2013, le gouvernement chinois a lancé l’initiative « La ceinture et la route », qui vise à améliorer les infrastructures et à accroître les échanges entre la Chine et l’Europe. Gisela Grieger, du Service de recherche parlementaire européen, écrivait dans une note en juillet 2016 : « Le renforcement des liens entre les provinces centrales et occidentales de Chine et les nouveaux marchés à l’étranger, ainsi que la baisse des niveaux de salaire, pourraient encourager le transfert des secteurs industriels des zones côtières vers ces provinces, conformément au modèle de la « volée d’oies sauvages ». Ce modèle maintient qu’une économie, comme la première oie d’une formation en V, peut conduire d’autres économies vers l’industrialisation. Il reste cependant à savoir si le développement économique effréné de la Chine, tel celui qui se produit à Shenzhen, va de pair avec la protection de l’environnement, l’utilisation équitable des ressources et la fourniture universelle d’avantages sociaux.

Les étudiants auxquels j’ai enseigné, mélange de « tortues de mer » de retour au pays et d’étudiants « locaux », font maintenant face à une concurrence féroce pour les emplois. J’espère que leur avenir rimera avec la chanson d’Irving Berlin : « Ciel bleu / Qui me sourit / Je ne vois / Rien que du ciel bleu. »1

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