Énergie

26e sommet du PMED Branché Montréal

Par Marco Bélair-Cirino

Pas moins de 195 États se sont engagés, lors de la Conférence sur le climat de Paris (COP21), à tirer vers le bas leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) afin de stabiliser le réchauffement climatique dû aux activités humaines « nettement en dessous » de 2 °C d’ici 2100, et ce, comparativement à la température de l’ère préindustrielle : un tour de force auquel les 12 sociétés membres du Partenariat mondial pour l’électricité durable (PMED) promettent de participer.

D’ailleurs, ces compagnies d’électricité discuteront des moyens d’intensifier la lutte contre les changements climatiques à l’occasion du 26e sommet du PMED, qui se déroulera en mai 2017 à Montréal. « La tenue de ce prestigieux sommet confirme notre position stratégique et enviable sur la scène internationale », a affirmé le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, par voie de communiqué. « Hydro-Québec est reconnue pour son savoir-faire et son innovation, ce dont nous pouvons être fiers. »

Le PMED est « un groupe un peu mystérieux réunissant des compagnies très disparates » parmi lesquelles figurent les géants de la production et de la distribution d’électricité Tokyo Electric Power Company (TEPCO), Eletrobas et Électricité de France (EDF), dont la contribution à l’atteinte des cibles de réduction de GES fixées dans l’Accord de Paris sera « majeure », souligne le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

Pour cause, le secteur « électricité » constitue le plus important émetteur de GES du globe, gracieuseté des producteurs d’électricité à partir d’énergie fossile (charbon, gaz naturel ou pétrole). À elles seules, les sociétés membres du PMED — ou Global Sustainable Electricity Partnership (GSEP) — distribuent le tiers de l’électricité consommée sur la planète.

Au Canada, les centrales électriques alimentées au charbon sont responsables de pas moins de 75 % des émissions de GES du secteur de la production d’électricité — et de 10 % du total des émissions de GES au pays.

En novembre, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a invité l’Alberta, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick à fermer d’ici 2030 les centrales de charbon toujours en activité au pays, à défaut de quoi elles devront trouver des moyens de compenser les émissions de GES de ces installations.

Pierre-Olivier Pineau invite Ottawa à profiter de cette occasion pour établir, de concert avec les provinces, un « cadre global » pour la production et la distribution d’électricité au Canada. « Il y a plusieurs milliers de mégawatts à remplacer. Si on laisse les provinces agir seules avec des projets à la pièce […], il y aura beaucoup d’incohérences », avertit-il dans une entrevue avec Forces.

En exportant près de 30 TWh d’électricité « propre et renouvelable » hors des frontières du Québec (51 % en Nouvelle-Angleterre, 24 % dans l’État de New York, 12 % en Ontario, 8 % au Nouveau-Brunswick et 5 % ailleurs), Hydro-Québec est un acteur de premier plan dans la lutte contre les changements climatiques dans le Nord-Est américain. L’arrivée à la Maison-Blanche du climatosceptique Donald Trump, qui a notamment promis en campagne électorale de relancer les mines de charbon, n’assom-brira pas les perspectives de développement d’Hydro-Québec aux États-Unis, soutient Pierre-Olivier Pineau. Celui-ci rappelle que les États de la Nouvelle-Angleterre et de New York ont adopté des politiques climatiques plus ambitieuses que le fragile « Clean Power Plan » de Barack Obama.

Bref, quelque 15 000 tonnes de GES n’assombrissent plus le ciel grâce à Hydro-Québec, fait remarquer le professeur Pierre-Olivier Pineau. « Cette contribution pourrait augmenter si nous nous coordonnions mieux avec nos voisins », fait-il valoir. Plus précisément, il invite les compagnies d’électricité nord-américaines, notamment Hydro-Québec, à joindre le geste à la parole en multipliant par exemple les interconnexions énergétiques… comme le propose le PMED. En effet, le grand patron de la State Grid Corporation of China, Yinbiao Shu, soulignait à gros traits l’« impact positif potentiel d’interconnexions plus nombreuses et plus intelligentes à l’échelle locale, régionale et mondiale » dans le rapport annuel 2015-2016 du PMED. « [Celles-ci] pourraient permettre d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz carbonique », mentionnait-il.

Stratégie de décarbonisation d’Hydro-Québec

Le chef – Environnement et développement durable à Hydro-Québec, André Besner, a énuméré les trois axes de la stratégie de décarbonisation de la société d’État québécoise à l’occasion d’une table ronde organisée par le PMED en marge de la COP22 à Marrakech (Maroc) en novembre dernier : électrification des transports, exportations, ainsi que recherche et développement consacrés à des technologies de stockage de l’énergie. « Hydro-Québec est une entreprise qui est déjà renouvelable à 99,8 %. Nous contribuons aussi à l’électrification des transports, car ce secteur représente plus de 40 % des émissions de la province. Nous exportons également une grande partie de notre énergie renouvelable vers les marchés voisins. […] Enfin, nous travaillons en partenariat avec les chefs de file du secteur pour développer des technologies de stockage de batterie qui peuvent nous aider à pousser plus loin la décarbonisation », a-t-il résumé.

Hydro-Québec se trouvera face à des « enjeux majeurs » lorsque l’électrification des transports s’accélérera, à commencer par les défis que posera la recharge simultanée de dizaines et de dizaines de milliers de véhicules électriques, selon Pierre-Olivier Pineau. « Quand il fera moins 30 degrés au Québec, si un million de conducteurs veulent recharger leur véhicule électrique le soir à l’heure de pointe, ça va créer un sacré problème pour Hydro-Québec, lance le professeur titulaire au Département de sciences de la décision de HEC Montréal. Si on veut préparer le réseau électrique du futur, il va falloir gérer beaucoup mieux la demande pour augmenter l’offre durant les périodes où une quantité importante d’énergie éolienne et solaire est disponible pour recharger des batteries tout en alimentant les systèmes de chauffage et de climatisation », poursuit-il.

Les nouvelles technologies numériques pourraient s’avérer d’une grande aide pour améliorer l’efficacité énergétique, en permettant par exemple de mettre à l’arrêt certains « appareils consommateurs d’électricité […] sur un signal » — ou à tout le moins de réduire l’intensité de la consommation — au profit d’« usages prioritaires ». Selon le Groupe EDF, la révolution numérique permet déjà l’établissement d’une nouvelle relation entre une compagnie d’électricité et ses clients qui, grâce à des applications intelligentes du type « smart home » ou « smart city », peuvent « consommer plus efficacement et moins ».

Le PMED — autrefois appelé Réseau d’expertise E7, plus tard E8 — a pris son envol au printemps 1992 au complexe hydroélectrique La Grande d’Hydro-Québec, à la Baie-James. Le « forum d’échanges unique » est né du souhait de Pierre Delaporte et de Richard Drouin, respectivement dirigeants d’EDF et d’Hydro-Québec, d’accroître la cohésion des entreprises face aux grands enjeux du secteur électrique mondial.

En plus de faire résonner sa voix dans les débats sur les enjeux secouant le secteur de l’électricité, le PMED cherche à « encourager le développement d’énergies durables au moyen de projets et de programmes de transfert des compétences destinés au secteur de l’électricité dans les pays en développement du monde entier ». 5

 

Le Partenariat mondial pour l’électricité durable (PMED)

Ou Global Sustainable Electricity Partnership (GSEP) —, dont le secrétariat est situé à Montréal, compte 12 sociétés membres. Hydro-Québec assure la présidence de cet organisme international durant l’année 2016-2017.

• American Electric Power (États-Unis)

• Électricité de France (France)

• Eletrobras (Brésil)

• ENEL SpA (Italie)

• EuroSibEnergo (Russie)

• Hydro-Québec (Canada)

• Iberdrola (Espagne)

• JSC RusHydro (Russie)

• The Kansai Electric Power Company (Japon)

• RWE AG (Allemagne)

• State Grid Corporation of China (Chine)

• Tokyo Electric Power Company (Japon)

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