Canada

Une Couronne plus modeste

Au moment où sont présentés les budgets 2012-2013 du Québec et d’Ottawa, l’économie internationale demeure incertaine. Cependant, après l’effondrement, depuis 2008, d’un système financier fondé sur l’endettement tant des gouvernements que des individus, un mouvement encore hésitant semble s’engager pour nous permettre d’accéder à une reprise mondiale plus équitable et durable.

En effet, le premier moteur économique du monde, les États-Unis d’Amérique, prévoit pour 2012 une croissance entre 2,2 et 2,7 %. Le Canada devrait être dans une perspective de développement un peu moindre. Quant à la Chine, elle se maintiendra au-dessus de 7 %, seuil critique pour lui permettre de continuer à jouer son rôle de deuxième moteur économique mondial – dans la mesure où elle saura éviter les bulles spéculatives, entre autres une bulle immobilière, que nous savons particulièrement dangereuse par expérience. Il ne faudrait pas non plus que l’empire du Milieu se querelle avec les Américains sur les taux de change et déclenche ainsi une guerre commerciale. Du côté européen, l’Allemagne maintient, par ses exportations, une économie dynamique, alors que 25 pays de l’Union (sans le Royaume-Uni et la République tchèque) viennent de signer un nouveau pacte de discipline budgétaire pour empêcher les dérapages. La Banque centrale européenne vient, pour sa part, de prêter plus de 700 milliards de dollars pour trois ans, à un taux de 1 %, à quelque 800 institutions pour leur permettre de surmonter la récession qui sévit dans certains pays européens.

Il est rassurant de voir la Banque européenne suivre l’exemple de la FED américaine et émettre elle aussi des bons au besoin pour introduire dans le système financier les liquidités nécessaires pour faire tourner la roue économique. On a compris l’erreur des années 30 qui a précipité le monde dans la grande dépression. Aujourd’hui, ce ne sont plus les imprimeries qui sont en cause, mais les banques centrales, qui, avec l’informatique, peuvent mieux contrôler les liquidités en circulation au moyen de l’émission de bons. La même technique est utilisée par la banque de Chine et celle du Japon, ce qui nous garantit qu’il n’y aura pas de manque de liquidités dans l’ensemble du système financier international. Mais cela permet aussi aux États de manipuler la valeur de leur monnaie, ce qui est moins intéressant dans le contexte d’une possible « guerre des monnaies ».

Ce nouvel élan économique global est certes bien réel, mais pas encore solidement enclenché. Il nous faut le consolider en évitant d’une part le piège de l’inflation et, d’autre part, celui d’une austérité excessive, afin d’éviter la crise de la dette souveraine qui accentuerait les risques de récession. Là encore, nous pouvons nous référer aux erreurs faites dans les années 30 pour ne pas les répéter en sabrant les régimes sociaux d’une façon bête et aveugle, comme nous le rappelle John Ralston Saul dans sa chronique. D’importants ajustements sont à apporter en matière de dépenses, mais ce sont les façons de faire des États qu’il faut surtout revoir . Comme l’écrit Bernard Landry, le moment est propice pour « proposer des réformes audacieuses ».

Depuis les dix dernières années, le processus de renouvellement du rôle de l’État est bien engagé au Québec en vue de mieux nous ajuster à la mondialisation des économies et d’améliorer notre productivité et notre compétitivité. Ainsi, il y a quelque trois ans, sous la direction remarquable de la présidente d’alors du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, le gouvernement Charest a changé les règles du jeu dans ses négociations avec ses employés des secteurs public et parapublic, et ce fut l’une des plus belles réussites de gestion gouvernementale des dernières années, fondée sur le principe de la responsabilisation des partenaires de l’État.

Dans la même perspective de gouvernance, nous voyons se développer des partenariats public-privé (PPP) qui permettent à l’État de s’associer au secteur privé sans investir lui-même pour construire et développer, entre autres, d’importantes infrastructures de transport. Ces partenariats se développent même dans le secteur de la santé sous l’impulsion d’un ministre, le Dr Yves Bolduc, convaincu et déterminé, qui s’apprête à réaliser en PPP pour Montréal l’un des plus importants projets en santé au monde.

En ce qui concerne l’eau potable, la nouvelle politique du gouvernement du Québec, qui prévoit des compteurs pour contrôler la consommation, ainsi que la possibilité, pour des villes comme Montréal, de recourir aux PPP pour réparer et perfectionner leurs réseaux d’aqueduc, est un autre exemple de cette nouvelle façon de faire fondée sur le partenariat et le principe du consommateur-payeur.

Même philosophie aussi du côté des organismes parapublics, comme la Commission de la construction du Québec, où une femme à « la poigne d’acier », Diane Lemieux, pourra mettre fin au placement syndical sur les chantiers, un des objectifs du projet de loi 33 mis de l’avant par la ministre du Travail Lise Thériault.

L’État québécois a amorcé ce processus de redéfinition de sa gouvernance en vue de jouer davantage un rôle d’initiateur et de contrôleur de qualité que d’entrepreneur. C’est en ce sens qu’il faut reconstruire et développer nos services publics, avec la participation du secteur privé, mais en respectant essentiellement les trois grands principes que tous les gouvernements québécois ont suivis depuis les années 70, soit : la qualité, l’universalité et l’accessibilité.

Voilà la pensée qui anime ce numéro du printemps de FORCES avec, en toile de fond, une couronne sans pierres précieuses, symbole d’un État plus modeste, mais aussi plus efficace. Comprenons bien que ce ne sont pas les joyaux qui font la couronne, mais bien la tête qui la porte.

Bonne lecture.

Rédigé le 12 mars 2012

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.