International

António Guterres aux Nations unies… le bon choix !

Le choix est fait : nous avons un nouveau secrétaire général des Nations unies, après les dix ans d’un mandat terne et peu inspiré de Ban Ki-moon, dont le récent éclat sur l’horreur du conflit syrien aura fait rêver de ce qui eût pu être…

Le choix est fait : nous avons un nouveau secrétaire général des Nations unies, après les dix ans d’un mandat terne et peu inspiré de Ban Ki-moon, dont le récent éclat sur l’horreur du conflit syrien aura fait rêver de ce qui eût pu être…

D’emblée, on peut saluer le choix d’un être remarquable. Pour ceux qui croient qu’António Guterres, si grands soient son dynamisme, sa compétence et sa capacité de décision, puisse vivifier notre vétuste quoiqu’irremplaçable organisation multilatérale, soulignons toutefois qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. En effet, rappelons que l’irritation profonde des Américains envers l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, qui avait osé s’opposer aux États-Unis sur le bombardement de la Bosnie, en fit le seul secrétaire général (SG) à n’occuper qu’un seul mandat. Cela nous rappelle aussi que le SG n’a pas tous les attributs d’un PDG – il s’en faut de beaucoup : sa position de grand administrateur-chef des opérations au service des États est soumise à de multiples entraves qu’aucun administrateur privé ou public n’aurait à subir.

Revenons sur le mécanisme de sélection du SG et sur les critères de candidature, système élémentaire qui a tout de même abouti cette fois à la sélection du meilleur candidat.

Jusqu’à présent, le mécanisme en lui-même limite les possibilités pour un candidat de l’emporter uniquement en fonction de compétences et de qualités personnelles. Il y a d’abord la soi-disant rotation par région, formule qui semble a priori assez juste, mais qui repose sur une répartition désuète entre « Europe de l’Ouest et autres » (dont le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël), « Europe de l’Est » (dont bon nombre de pays sont passés à l’Ouest, qui à l’OTAN, qui à l’UE), « Asie-Pacifique », immense et sous-représentée, « Afrique », qui a généralement l’intelligence de s’entendre à 54 pays sur toute candidature, et « Amériques et Caraïbes ».

En principe, c’était le tour de l’Europe de l’Est. Le choix du successeur se fait par vote à l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU), mais sur proposition du Conseil de sécurité de l’ONU (CSNU) – l’AGNU, étonnamment, n’ayant jamais rejeté une recommandation du CSNU. Les membres permanents du Conseil de sécurité ayant un droit de veto qui limite grandement la marge de manœuvre, se posait d’emblée la question de la relation entre la Russie et les États-Unis.

Petit progrès par rapport aux « élections » précédentes : chaque candidat est venu exposer devant l’Assemblée générale ses motifs de convoiter l’un des postes suprêmes de la planète – à l’égard de la visibilité et de l’influence, sinon du pouvoir. Le processus -comprend aussi une série de « sondages » secrets auprès des membres du CSNU (« encourage », « décourage », et « sans opinion ») pour chacun des candidats déclarés.

Quant aux candidats, généralement, on va puiser dans la vaste réserve de personnalités politiques soit en vue (mais pas trop), soit sur la touche, mais ayant déjà occupé des postes de premier ministre ou de ministre des Affaires étrangères, voire disposant d’une expérience multilatérale. L’ancien premier ministre du Portugal António Guterres, fort d’un travail admirable à la tête du Haut Commissariat aux réfugiés (UNHCR), était largement en tête dans la course, ce à quoi seul un veto russe aurait réellement pu faire obstacle. Parmi les candidats de l’Europe de l’Est, la Bulgarie présentait Kristalina Georgieva, Commissaire de l’Union européenne pour le Budget, et Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO. Nous aurions pu voir une première femme devenir secrétaire général de l’ONU ! D’une part, la crise syrienne n’a pas eu d’effet catalyseur ; d’autre part, Irina Bokova, soutenue par les Russes, n’a pas rallié les autres membres du Conseil. Quant à Kristalina Georgieva, son penchant vers l’Ouest n’était guère apprécié des Russes, qui, finalement, lui ont préféré un socialiste occidental.

Le Canada, toujours enclin à pousser le rocher de Sisyphe onusien, fit longtemps campagne pour un système plus transparent de sélection du SG, avec des suggestions précises : définition des qualités et compétences requises pour le poste (révolutionnaire !) ; comité de recherche pour choisir des candidats éventuels parmi un éventail plus vaste ; date limite pour les candidatures, afin d’éviter les jeux de dernière minute (les présentations des candidats à l’AGNU constituant déjà un net progrès) ; un seul mandat de SG, quitte à le prolonger de 5 à 7 ans afin d’éviter manœuvres et pressions, notamment de la part du CSNU, au moment de la campagne de réélection.

Le rêve se poursuit… mais le présent résultat est de bon augure.

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.