Canada

Une entente entre le gouvernement minoritaire et l'opposition serait souhaitable

L’espoir de l’été a laissé place à la crainte d’une nouvelle récession mondiale : comme tous le prévoyaient, l’automne nous a apporté un refroidissement économique. Les banques centrales et le

Fonds monétaire international ont dû réviser leur prévision de croissance à la baisse. Christine Lagarde y est même allée d’un avertissement direct aux pays de la zone euro, les enjoignant à

limiter les compressions budgétaires et à réinvestir dans l’économie. Quitte à prendre plus de temps – surtout en ce qui concerne la Grèce et l’Espagne – pour payer leur dette souveraine.

L’espoir de l’été a laissé place à la crainte d’une nouvelle récession mondiale : comme tous le prévoyaient, l’automne nous a apporté un refroidissement économique. Les banques centrales et le

Fonds monétaire international ont dû réviser leur prévision de croissance à la baisse. Christine Lagarde y est même allée d’un avertissement direct aux pays de la zone euro, les enjoignant à

limiter les compressions budgétaires et à réinvestir dans l’économie. Quitte à prendre plus de temps – surtout en ce qui concerne la Grèce et l’Espagne – pour payer leur dette souveraine.

L’économiste Paul Krugman, prix Nobel, avait quelques jours auparavant évoqué la « folie européenne » qui, selon lui, nous entraîne par ses coupures budgétaires exagérées vers un précipice

financier et économique beaucoup plus profond que celui de 2008.

Pour sa part, James Baker, ancien secrétaire d’État américain, confie à forces, dans une entrevue exclusive, que sa plus grande crainte est « la bombe à retardement que représente l’immense dette

américaine ». Baker rejoint ainsi les propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui exige de ses partenaires européens des réductions budgétaires draconiennes.

Joli tableau pour le moins impressionniste, qui nécessite un peu de recul pour qu’apparaissent toutes les subtilités de sa perspective. Mais à trop reculer, on peut tomber dans le précipice tout

en discutant de la profondeur de l’eau dans le petit cours d’eau en bas. Cela s’appelle de la macro-économie.

Pendant ce temps, au Québec, le gouvernement péquiste minoritaire de Pauline Marois se met au travail en se frottant à la dure réalité du pouvoir tout en gardant essentiellement un discours de

gauche dont la référence première est le partage de la richesse. Le problème est de tracer la ligne de démarcation entre les pauvres et les riches. C’est ainsi que l’on se retrouve au Québec avec

un clivage gauche-droite que nous n’avions pas vu depuis des décennies.

Pour comprendre l’opinion publique québécoise, « il faut maintenant superposer la division gauche droite à la division souverainiste-fédéraliste ». Cette remarque que fait à forces le politologue

Jean-Herman Guay, de l’Université de Sherbrooke, pose le constat d’une nouvelle grille que nos sondeurs et analystes doivent apprendre à utiliser correctement, ce qui n’est pas une mince tâche,

comme en témoignent les résultats des dernières élections québécoises.

Selon notre chroniqueur John Ralston Saul, le Québec n’est pas la seule province canadienne à se retrouver dans cette situation d’affrontement droite-gauche dans un contexte de gouvernement

minoritaire. « En Colombie-Britannique, les surprises sont fréquentes ; de même, en Ontario, tous les scénarios sont possibles… et personne nulle part n’est réellement satisfait des choix

politiques qui s’offrent. »

Au Canada, en période de croissance économique, la différence entre la droite et la gauche n’est pas très significative. Cependant, en période de crise économique comme celle de 2008 qui est loin

d’être terminée, les positions politiques s’éloignent du centre pour se camper dans des approches complètement opposées. Cela amène la multiplication de partis politiques cherchant à se

positionner du côté de la gauche comme de la droite, avec pour résultat des gouvernements minoritaires.

Lorsque la très grande majorité des électeurs se retrouve plus ou moins au centre, la personnalité des chefs devient un aspect déterminant dans les luttes électorales. Quand, en revanche, en

période économique difficile, ou face à un enjeu majeur, les positions droite-gauche se radicalisent, les idées reprennent leur place première dans le choix électoral.

L’histoire canadienne est là pour en témoigner. Souvenons-nous de la campagne électorale fédérale de 1988, dont l’enjeu principal était le libre-échange avec les États-Unis, auquel Libéraux et

Néo-Démocrates s’opposaient alors que les Conservateurs, derrière le premier ministre Mulroney, en avaient fait leur cheval de bataille. Ce fut une dure joute électorale. Même si Brian Mulroney

n’avait pas gagné le débat télévisé, dix jours plus tard, les Canadiens signifiaient, en lui donnant une majorité, leur volonté d’instaurer un libre-échange avec nos voisins du Sud.

Bernard Landry, dans sa chronique, nous rappelle que le Québec, comme il sait le faire dans les grandes occasions, avait su à cette occasion mettre de côté la partisannerie politique pour appuyer

le libre-échange à l’unanimité à l’Assemblée nationale, et le gouvernement conservateur par un vote massif.

Il faut rendre hommage à Brian Mulroney, qui a eu le courage de livrer cette bataille pour un enjeu politiquement risqué à l’époque, mais qui fait aujourd’hui consensus.

L’ancien premier ministre Mulroney a déclaré d’ailleurs au journal La Presse, le 4 octobre dernier, que « les politiques économiques des gouvernements d’allégeances différentes ont très bien servi

le Canada depuis 30 ans. » Ce fut aussi le cas au Québec, et il est bon de le rappeler au moment ou nous nous sommes donné un gouvernement minoritaire.

En cette période de grande incertitude économique, un gouvernement minoritaire devra, cela va de soi, faire des compromis avec l’opposition. Mais il doit aussi pouvoir gouverner dans le respect de

sa légitimité électorale. Il serait dans l’intérêt de notre démocratie que le gouvernement péquiste et l’opposition libérale se lient par une entente formelle afin de préciser les conditions

suivant lesquelles le gouvernement pourrait être défait en Chambre.

Il existe bien des conventions constitutionnelles, mais elles sont imprécises et ne couvrent pas réellement certains aspects tels les absences des ministres dans l’exercice de leurs fonctions, ou

encore, les absences de députés pour maladie, par exemple. Et surtout, quel sera le rôle du lieutenant-gouverneur ?

Soyons clairs : le gouvernement, bien que minoritaire, doit, selon les conventions, pouvoir gouverner, à moins qu’il ne perde la confiance de l’Assemblée nationale, ce qui peut se produire à

l’issue d’un vote annoncé de défiance ou à la fin de son mandat (cinq ans maximum), ou encore si la première ministre demande des élections générales au lieutenant-gouverneur, qui serait alors

tenu de suivre ses instructions. À moins que n’apparaisse la possibilité d’un gouvernement de coalition. Dans ce cas, les choses peuvent être plus complexes. Dans une monarchie constitutionnelle

de type britannique comme la nôtre, « The Devil is in the details ».

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