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Le transport de demain

La population mondiale augmente, les villes grossissent et la mobilité devient un enjeu criant aux quatre coins de la planète. Heureusement, les progrès technologiques et l’ingéniosité humaine permettent de croire que des rêves sont sur le point de devenir réalité, avec de vastes réseaux de transport électrifiés, des véhicules sans pilote sur terre et dans les airs ou encore des
engins gonflables défiant les lois de la gravité.

Par Karl Rettino-Parazelli

Projets d’envergure au Québec

« Nous entrons dans une nouvelle ère du transport collectif. » Ces mots, prononcés en avril 2016, ne sont pas sortis de la bouche du fondateur de Tesla, Elon Musk, mais bien de celle de Denis Coderre, maire de Montréal, au moment de présenter le projet de Réseau électrique métropolitain (REM) piloté par la Caisse de dépôt et placement du Québec. À l’instar des grandes villes du monde qui font tourner les têtes avec leurs réseaux de transport toujours plus sophistiqués, Montréal peut maintenant retrouver sa place parmi les « métropoles innovantes, a lancé le maire Coderre. C’est certainement le plus grand projet collectif depuis l’avènement du métro de Montréal, en 1967. »

Le REM, c’est un réseau de 27 stations sur 67 kilomètres qui permettra de relier la Rive-Sud de Montréal, l’Ouest de l’île, la Rive-Nord et l’aéroport Montréal-Trudeau. Il s’agirait, selon la Caisse, du quatrième réseau de transport automatisé au monde en taille, après ceux de Singapour (82 km), de Dubaï (80 km) et de Vancouver (68 km). En février, le président de la Caisse, Michael Sabia, a réitéré que le REM transportera ses premiers passagers d’ici la fin de 2020. Le projet est titanesque, et les sommes en jeu tout autant. Le budget total, d’abord évalué à 5,5 milliards de dollars, a dépassé en mars dernier la barre des 6 milliards en raison de l’ajout de trois stations et de 40 nouvelles voitures. Dans son dernier budget, le gouvernement Couillard a confirmé un investissement de 1,3 milliard (2,1 milliards si l’on inclut le soutien d’Hydro-Québec et la compensation liée à la plus-value foncière), et il demande à Ottawa de faire de même.

Pour ce qui est du prolongement de la ligne bleue, dans le Nord-Est de Montréal, projet dans les cartons depuis de nombreuses années, Québec a annoncé que des sommes ont été réservées pour le financer, mais n’en a pas encore précisé l’ampleur.

Quant au Service rapide par bus (SRB) Québec-Lévis, le gouvernement du Québec a décidé de suspendre le financement de 56 millions de dollars à la suite du retrait de la Ville de Lévis du projet.

Voiture autonome : course technologique

Il ne passe pratiquement pas une semaine sans qu’un grand constructeur automobile ou un géant de la Silicon Valley annonce une nouveauté concernant le développement de la voiture autonome. Outre Google – par l’entremise de sa filiale Waymo – Uber, Tesla et même Apple, de gros joueurs comme Ford, Toyota, Volvo ou Nissan investissent tous massivement dans le véhicule qui, promettent-ils, sera entièrement autonome d’ici quelques années.

Tesla a été parmi les premières à prédire qu’un véhicule complè-te-ment autonome ferait son apparition sur les routes en 2020. Depuis, plusieurs lui ont emboîté le pas avec un échéancier semblable. Cet engouement généralisé semble annoncer l’avènement de la voiture sans conducteur, mais on en est encore loin, relativise le professeur Denis Gingras, qui dirige le Laboratoire sur l’intelligence véhiculaire de l’Université de Sherbrooke.

« Ce n’est pas demain que l’on verra disparaître le volant, les pédales et le conducteur humain » ; à preuve, explique-t-il, les données tirées des projets-pilotes d’Uber aux États-Unis : dans le cadre des essais, le conducteur de la voiture autonome a dû reprendre le contrôle du véhicule environ tous les 1,5 km en moyenne. « Cela démontre que nous sommes encore très loin d’une voiture complè-tement autonome qui peut se passer d’intervention humaine pendant des mois ! Il y a encore énormément de situations que les ordinateurs de bord ne comprennent pas », souligne Denis Gingras. Selon lui, le plus grand défi concerne le raffinement de l’intelligence artificielle, sans compter tous les enjeux éthiques et réglementaires dont il faudra débattre. Si on monte à bord d’un véhicule entièrement autonome, on peut par exemple présumer que le fabricant automobile deviendra légalement responsable en cas d’accident, ce qui bouleverse le modèle actuel.

Denis Gingras croit que, lorsque les astres seront alignés, les premiers à profiter d’un véhicule autonome seront sans doute les entreprises de livraison, plus à même de rentabiliser un coût d’achat élevé. Otto, une filiale d’Uber, a donné un avant-goût de ce qui nous attend sans doute prochainement en procédant en octobre dernier à une première livraison à l’aide d’un camion sans chauffeur pour le compte de Budweiser.

Le retour en force des dirigeables

Le 6 mai 1937, le dirigeable allemand Hindenburg, fierté du régime nazi, s’enflamme en plein vol. Les images spectaculaires de l’explosion, vraisemblablement provoquée par une fuite d’hydro-gène, refroidissent instantanément les ardeurs de ceux qui voyaient en ce vaisseau volant un moyen de transport de l’avenir.

Quatre-vingts ans plus tard, le dirigeable a pourtant regagné ses lettres de noblesse et pourrait même révolutionner le transport de personnes et de marchandises. Lockheed Martin, reconnue dans le monde de l’aviation militaire, a notamment développé un dirigeable géant de la longueur d’un terrain de football dont la capacité de chargement est de 20 tonnes. La société britannique Straightline Aviation (SLA) compte acheter douze de ces engins pour exploiter une multitude de marchés différents : les déplacements vers des endroits éloignés, le transport de cargaisons ou de matériel militaire, le tourisme, l’aide humanitaire, les opérations de recherche et de sauvetage ou encore la surveillance.

L’idée a d’ailleurs fait son chemin jusqu’au Québec, puisque la minière montréalaise Minéraux rares Quest a signé en novembre dernier, avec SLA, un protocole d’entente de 10 ans et d’une valeur de 850 millions de dollars pour transporter son équipement et son minerai entre la mine de Strange Lake, à la frontière du Labrador, et Schefferville à compter de 2019.

D’autres entreprises ont flairé l’occasion et développent elles aussi des dirigeables format géant. Le Airlander, de la compagnie Hybrid Air Vehicles, ressemble au modèle de Lockheed Martin, tandis que le DS 1500, de la française Dirisolar, est conçu comme un véhicule de loisir. La particularité du concept ? Le ballon est alimenté par les immenses panneaux solaires qui recouvrent sa surface.

Autobus sans chauffeur à l’essai à Paris

La Régie autonome des transports parisiens (RATP) a mis à l’essai en début d’année deux minibus électriques sans chauffeur, entre les gares de Lyon et d’Austerlitz. Chaque véhicule pouvait transporter six passagers, en plus d’un employé qui restait à bord en cas de problème. Ces tests avaient pour but de « recueillir des informations en matière de performance, de fiabilité, de limites des véhicules, de supervision, de sûreté de fonctionnement, de cybersécurité et de champs d’application et services qui pourraient être développés », a fait savoir la RATP, promettant d’autres expérimentations.

Le drone sous toutes les formes

Déjà omniprésents dans les domaines du cinéma, des mines ou de l’agriculture, les drones n’ont pas fini de se rendre utiles. Le géant Amazon a fait parler de lui en décembre dernier en effectuant une première livraison par drone dans la région de Cambridge, au Royaume-Uni. La chaîne de dépanneur 7-Eleven avait fait de même quelques mois plus tôt, en acheminant avec succès un sandwich au poulet, un café et un beignet par la voie des airs. Google est également dans le coup, tout comme Walmart. Le roi de la grande surface mise notamment sur le fait que 70 % de la population américaine habite à moins de huit kilomètres d’un de ses magasins, une distance facile à parcourir pour les drones.

Le Canada n’est pas en reste, puisque l’entreprise Drone Delivery Canada ambitionne de commencer ce type de livraison d’ici quelques années, en desservant dans un premier temps les communautés nordiques du pays. L’opérateur prévoit cette année effectuer des tests de vols hors du champ de vision, ce qui devrait la rapprocher de son but. Les experts s’entendent cependant sur le fait que la livraison par drones dans les zones peuplées demeure pour l’instant irréaliste. Il faudra attendre de nouvelles réglementations, mais aussi des progrès technologiques permettant aux drones de cohabiter avec d’autres objets dans l’espace aérien.

Et tant qu’à rêver, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil au projet Pop.Up, présenté par Airbus au début de l’année, lors du salon de l’automobile de Genève ? Ce constructeur aéronautique a attiré l’attention en dévoilant un véhicule biplace capable de se déplacer sur route comme dans les airs. Le véhicule en question comporte une cabine vitrée fixée sur un châssis d’automobile électrique et surmontée de quatre rotors. Airbus planche sur une application mobile qui calculerait le mode de déplacement le plus rapide et permettrait à l’engin de s’envoler ou de poursuivre sa route au sol.

Charger son véhicule en roulant

L’un des plus gros freins au déploiement de la voiture électrique est sans contredit sa capacité d’autonomie. Les batteries gagnent en performance et les stations de recharge se multiplient, mais pour rassurer les automobilistes, quoi de mieux que de faire le plein d’énergie en conduisant ? C’est le pari du gouvernement britannique, qui a annoncé, en août 2015, l’ouverture d’une piste d’essai, hors du circuit routier, permettant de recharger les véhicules par induction électromagnétique, selon le même principe que pour une brosse à dents électrique. Jusqu’à présent, ce type de système a surtout été testé de manière statique, l’espace de recharge étant installé sous le sol, dans un garage ou sur une portion de route.

Y a-t-il un pilote dans l’hélicoptère?

Il n’y a pas que les voitures ou les autobus qui peuvent se conduire tout seuls. Bell Helicopter a dévoilé en septembre dernier le V-247 Vigilant, un modèle d’hélicoptère sans pilote au design unique. Mélangez un avion, un drone et un hélicoptère, et vous obtenez cet appareil développé essentiellement pour des besoins militaires. Ses hélices lui permettent de décoller à partir d’un espace restreint, et sa forme allongée, d’atteindre une vitesse de croisière de 460 km/h. « Le Bell V-247 offrira aux clients militaires les capacités nécessaires pour réduire la complexité du déploiement, accroître la vitesse, réduire les temps de mission et améliorer les temps de réponse », a souligné le vice-président de Bell Helicopter, Vince Tobin, en présentant le nouvel engin.

L’Hyperloop se rapproche de la réalité

Elon Musk, encore lui, a fait sourire bien des gens en 2012, lorsqu’il a pour la première fois évoqué l’idée de l’Hyperloop, ce véhicule du futur permettant de propulser des capsules à 1 200 km/h dans des tubes sous vide. Mais aujourd’hui, on le prend au sérieux. Hyperloop One a effectué un premier test réussi dans le désert du Nevada en mai dernier, l’engin étant parvenu à dépasser les 600 km/h. Space X, une autre entreprise fondée par Elon Musk, a, pour sa part, organisé à la fin du mois de janvier un premier concours invitant des étudiants universitaires à tester le concept et à faire avancer la technologie. L’expérience semble avoir été concluante, puisqu’un deuxième concours est prévu cet été.

Course vers l’espace nouveau genre

Plusieurs décennies après la compétition que se sont livrée les États-Unis et l’Union soviétique pour envoyer un premier humain sur la Lune, une nouvelle conquête de l’espace prend forme avec des acteurs et des objectifs différents. Space X dit avoir conclu un contrat visant à envoyer deux touristes autour de la Lune à la fin de 2018, tout en prévoyant un premier vol habité vers Mars à partir de 2024. De son côté, Blue Origin, fondée par le patron d’Amazon, Jeff Bezos, a dévoilé à la fin de mars des images de la capsule qui devrait permettre d’envoyer six touristes à la fois dans l’espace d’ici la fin de l’an prochain. Un vol d’environ 10 minutes, qui coûterait entre 100 000 et 200 000 dollars américains par passager.

Éviter le bouchon en lévitant

Pour éviter les désagréments de la congestion routière, l’inventeur Douglas Malewicki a imaginé en 1990 un système audacieux qui se concrétise aujourd’hui. Le SkyTran, un moyen de transport développé en partenariat avec la NASA, est constitué de capsules biplaces qui circulent à haute vitesse sur un rail surélevé grâce à la puissance du magnétisme. Des tests ont déjà été effectués en Israël, et un premier réseau devrait être en service en 2020 à Lagos, la plus grande ville du Nigeria.

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