Québec
Canada

L’éléphant dans la pièce

Par Bernard Landry

La dernière campagne présidentielle américaine a tout simplement déshonoré la première puissance du monde, comme son résultat aussi.

D’abord pour celle qui a perdu alors qu’elle a reçu deux millions de votes de plus que son adversaire. Et ce système est censé être un exemple mondial. Si les Américains veulent conserver leur prestige de leader démocratique mondial, ils doivent se rendre compte que l’heure de sérieuses révisions est venue.

Les débats eux-mêmes furent déshonorants. Quel mépris à l’égard des femmes ! Un candidat américain misogyne, est-ce possible en 2016 ?

Trump a été insultant pour le grand voisin mexicain, pays qui n’est pas parfait – lequel l’est ? – mais un grand pays d’avenir en développement rapide. Une culture remarquable, une économie considérable et, de surcroît, pétrolière. La façon dont Trump a parlé des Mexicains constitue du pur racisme.

Le protectionnisme populiste grossier qui veut abolir l’ALENA nous englobe en plus. Nous sommes probablement les meilleurs amis des États-Unis. Il n’y a d’ailleurs autant de descendants de Québécois qu’au Québec même ! Trump n’est pas au courant de cette parenté… comme il semble ignorer bien d’autres choses.

Les États-Unis sont certes notre meilleur client, mais nous-mêmes figurons parmi leurs meilleurs clients dans le monde. La fermeture de la frontière ferait de sérieux ravages des deux côtés. L’injustice serait plus grande encore pour le Québec, qui fut l’instigateur et le plus grand partisan de cet accord alors conclu entre Mulroney et Clinton.

L’Union européenne, par le traité de 1957, a fait naître un vent salutaire de liberté de circulation des biens, des services, des capitaux et même des personnes. En même temps, ces échanges nous ont placés à l’abri, à jamais, souhaitons-le, d’une nouvelle guerre mondiale, les Européens s’étant réconciliés d’une façon exemplaire après s’être infligé 25 millions de morts en 1914-1918 et 50 millions en 1939-1945.

Le président des États-Unis, par son raisonnement fallacieux et son populisme fruste, va-t-il inverser cette tendance exemplaire et entraîner le monde à sa suite ? Contrairement aux élections normales, où l’on demande aux élus de respecter leurs promesses, cette fois-ci, les espoirs vont plutôt dans le sens que Trump ne réalise pas ses néfastes propositions. Situation inédite, pour ne pas dire loufoque.

Aux dernières présidentielles américaines, le monde entier s’était réjoui de voir le premier Noir à la tête de cette grande puissance. Les Américains avaient ainsi rehaussé leur image de formidable manière. Barack Obama a d’ailleurs reçu le prix Nobel de la paix peu de temps après. Aujourd’hui, s’il y avait un prix de la discorde, c’est Trump qui le remporterait !

Les Américains auraient pu se tourner vers la gloire en élisant pour la première fois une femme à leur tête. Voilà une magnifique occasion ratée, et qui plus est, une grave erreur historique.

Seule consolation offerte par les sondages, comme hélas par certaines émeutes, les Américains semblent regretter leur erreur démocratique. Mais justement, dans une démocratie, comment réparer rapidement une erreur électorale ?

Il est dans l’intérêt de l’humanité que la première puissance retrouve son prestige et sa dignité. Les effets secondaires des derniers mois sont néfastes pour toute la planète. La première condition de retour à la gloire serait que cette nation soit dirigée de façon intelligente, lucide et sage. Tout le contraire des perspectives actuelles.

Racisme, sexisme, populisme et protectionnisme doivent être rayés  au plus tôt du vocabulaire mondial où Trump les a réintégrés. On ne peut croire que le pays de Yale, Harvard, MIT, Columbia et de tant de brillants intellectuels se convertisse du jour au lendemain à tant d’obscurantisme. Pensons à George Washington, à John Quincy Adams, à John F. Kennedy et combien d’autres… leur formidable héritage ne mérite pas d’être ainsi déshonoré. « God bless America » ! Trump devrait enfin apprendre le véritable sens de cette phrase et la répandre plutôt au lieu des sottises dont il nous a abreuvés – sans  compter ses insultes à Hillary Clinton, dont les Américains s’ennuient déjà.

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