Québec
Énergie

La révolution énergétique

Par Éric Desrosiers

 

Entrevue avec Éric Martel, président-directeur général d’Hydro-Québec

Hydro-Québec est au cœur d’un secteur énergétique en plein bouleversement et à l’avenir indéfini. Le géant de l’électricité a cependant tout ce qu’il faut pour tirer parti de la situation et en faire profiter tout le Québec, assure son PDG, Éric Martel.

Par Éric Desrosiers

 

Entrepris en 2009, le vaste chantier de construction de quatre barrages et centrales électriques d’Hydro-Québec sur la rivière La Romaine, au nord de la petite communauté de Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, sera normalement terminé dans trois ans. « Comme ce genre de grands projets se réalisent sur 15 à 20 ans, il faudra, à ce moment-là, être déjà fixé sur le prochain à entreprendre », explique Éric Martel. Il est aussi possible que l’on ne juge pas nécessaire de mettre tout de suite en branle ce nouveau projet. « Il se peut également que ce ne soit pas un projet hydroélectrique. Tout dépendra de nos besoins. On pourrait choisir d’aller plutôt vers le solaire ou l’éolien. Chose certaine, ce sera encore de l’énergie renouvelable. C’est notre marque de commerce », s’exclame-t-il, souriant et détendu, dans les locaux du 20e étage du siège social de la société d’État, au centre-ville de Montréal, où Forces l’a rencontré.

 

On pourrait difficilement dire le contraire. Des quelque 217 000 gigawattheures (GWh) produits (79 %) ou achetés (21 %) par Hydro-Québec en 2015, l’énergie renouvelable représentait plus de 99 %. La décision d’opter pour un prochain grand projet qui ne reposerait pas sur la construction de barrages et de centrales hydroélectriques marquerait tout de même une certaine rupture, 94 % de l’énergie produite ou achetée par la société d’État québécoise étant de l’hydroélectricité, ce qui lui confère le titre de plus grand producteur du monde dans le domaine.

 

« L’hydroélectricité est difficile à battre » lorsqu’on cherche une source d’énergie qui soit à la fois propre, constante et disponible à volonté, rappelle Éric Martel. Elle représente cependant un engagement à très long terme, la construction de barrages étant un travail de longue haleine et leur durée de vie pouvant s’étendre sur une centaine d’années. La production d’énergie solaire a quant à elle l’avantage de se déployer beaucoup plus rapidement, mais, comme l’éolien, elle fonctionne de façon intermittente. Cette lacune pourrait toutefois être compensée en partie en la couplant à des batteries géantes, comme celles que conçoit Hydro-Québec, ou en l’associant à une autre source d’énergie plus constante. « Nous sommes vraiment choyés, au Québec. Tout le monde sait que nous avons d’immenses ressources hydrauliques, mais nous disposons aussi de très intéressantes ressources éoliennes, et même solaires, contrairement à ce qu’on pourrait croire, particulièrement durant les longues journées d’été. Il faudra donc garder l’esprit ouvert et choisir en fonction de nos besoins ainsi que du contexte. »

 

Un monde en accéléré

Les facteurs à considérer au moment de décider du prochain grand projet d’Hydro-Québec seront nombreux. Il faudra notamment tenir compte de la stagnation de la demande d’électricité depuis le milieu des années 2000, au Québec comme ailleurs en Amérique du Nord, en raison, notamment, des progrès en matière d’économie d’énergie, de la délocalisation de certaines industries à l’étranger et du nombre croissant d’entreprises et de ménages qui se dotent de leurs propres sources d’énergie. Il faudra aussi essayer de prévoir la trajectoire future de la révolution du gaz de schiste qui a plombé les prix de l’énergie sur le continent ces dernières années, estimer le rythme qu’adoptera la lutte contre les changements climatiques, tout en se souvenant à quel point tout peut désormais changer vite dans le monde de l’énergie, avec les innovations technologiques, les soubresauts de l’économie et les fluctuations de la politique. « Tout cela devient difficile à prévoir, surtout avec un horizon de plusieurs décennies. »

Étant donné que les tarifs d’électricité sont deux à trois fois plus bas pour les clients résidentiels québécois (7 ¢ le kilowattheure) que pour les Ontariens (de 14 ¢ à Toronto à plus de 20 ¢ en région), et au moins quatre fois moindres qu’à Boston ou New York (environ 30 ¢ et parfois plus), ces derniers ont été jusqu’à présent moins tentés de se doter de moyens autonomes de production d’énergie. « Mais ça va venir. Le prix des panneaux solaires ne cesse de diminuer. Par ailleurs, il se peut que, dans l’avenir, la demande au Québec ne se contente pas de stagner, mais fléchisse légèrement. »

 

Le défi, note Éric Martel, c’est qu’il faudra continuer d’assurer un approvisionnement constant à des consommateurs de plus en plus désireux de recourir à leurs propres moyens de production d’énergie, mais comptant tout de même sur les compagnies électriques pour venir à leur rescousse au besoin, par exemple lors de la période de consommation de pointe du matin et que le soleil n’est pas encore à son zénith. L’avantage est que cela permettra aussi de disposer de plus d’énergie à exporter, et ces exportations sont très lucratives. Dirigées pour la moitié vers les États américains de la Nouvelle-Angleterre et pour un quart vers New York, où les prix de l’électricité restent beaucoup plus élevés qu’au Québec, les exportations d’Hydro-Québec, qui ont compté pour seulement 15 % de ses ventes en 2015, ont représenté 30 % de ses bénéfices.

 

Des avions aux électrons

Éric Martel, la fin quarantaine, a succédé à Thierry Vandal à la tête d’Hydro-Québec à l’été 2015. Diplômé en génie électrique de l’Université Laval, à Québec, il avait jusque-là fait carrière dans un tout autre domaine, celui de l’aéronautique, avec plus d’une douzaine d’années chez l’avionneur Bombardier, à titre notamment de président de sa division d’avions d’affaires. Auparavant, il avait fait ses armes chez les motoristes Pratt & Whitney et Rolls-Royce, ainsi que chez Proctor & Gamble et Kraft Food.

Décrit comme un homme rigoureux et discipliné, il a annoncé d’entrée de jeu les principaux objectifs qu’Hydro-Québec entendait poursuivre notamment à l’égard d’une meilleure transparence, d’une amélioration du service à la clientèle, de gains de productivité et d’augmentation des revenus. « Mon métier, c’est de gérer de grandes organisations, explique-t-il. À ce niveau-là, savoir mobiliser les gens autour de soi est primordial. Depuis mon arrivée chez Hydro-Québec, j’ai un plaisir fou. C’est une boîte extraordinaire, avec des possibilités extraordinaires. Ma plus grande découverte a été de voir la foule de talents qui s’y trouvent, ainsi que la volonté des employés de bien faire les choses. »

 

Le gouvernement du Québec s’est souvent fait reprocher d’imposer à sa société d’État toutes sortes de décisions politiques et de la laisser ensuite se débrouiller avec. Les éoliennes, les mini centrales hydroélectriques, la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly-2 et les milliards de dollars que doit investir Hydro-Québec dans le Plan Nord comptent parmi les exemples souvent cités. Dans le nouveau plan stratégique qu’elle vient de se donner pour les cinq prochaines années, elle s’est notamment fixé comme objectifs de limiter l’augmentation des tarifs à un rythme égal ou inférieur à l’inflation ainsi que de doubler ses revenus annuels d’ici 15 ans (de 14 milliards à 27 milliards) afin d’augmenter ses profits et, en conséquence, les dividendes qu’elle verse au gouvernement québécois. « Je ne crois pas que les gens se rendent toujours compte de notre importance pour le Québec », confie le patron de la société d’État. Plus grand investisseur au Québec aussi bien public que privé, avec plus de 1 000 projets en cours, Hydro-Québec compte 20 000 employés et investit dans l’économie environ 4 milliards de dollars par année. L’essentiel de ses profits va directement dans les caisses du gouvernement québécois sous forme de dividendes qui s’élèvent, bon an mal an, à 2,3 à 3 milliards de dollars, auxquels s’ajoute un autre milliard en taxes diverses. Pour le gouvernement du Québec, cela équivaut chaque année à une contribution totale de 3,5 à 4 milliards sur des revenus autonomes d’environ 80 milliards, souligne-t-il. « Autrement dit, c’est un gros morceau. »

 

À la recherche de profits

Dans un contexte d’augmentation des coûts des soins de santé, de besoin de réinvestissement dans l’éducation et de ralentissement de la croissance économique avec le vieillissement de la population, il est facile de comprendre que le gouvernement compte qu’Hydro-Québec lui rapportera au moins autant, sinon davantage, dans les prochaines années, souligne Éric Martel. Si Hydro-Québec décidait de se cantonner à son périmètre d’activité actuel, on ne pourrait espérer voir croître les profits que de 3,1 milliards de dollars, en 2015, à 4 milliards, en 2030, en dollars constants. Nous en voulons au moins 1,2 milliard de plus à la fin de cette période (pour des profits annuels de 5,2 milliards), dont la moitié (600 millions) proviendrait de la hausse des exportations et l’autre moitié de nouvelles activités d’investissements à l’étranger et de vente de technologies maison.

Les perspectives en matière d’exportations apparaissent excellentes. Il est vrai que, sur ce plan, la découverte et le développement fulgurant de la filière du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis ont quelque peu déjoué les plans d’Hydro-Québec en offrant une option moins polluante que le mazout et le charbon, mais surtout en faisant chuter les prix de l’énergie. Toutefois, le temps et le contexte continuent à jouer en faveur de l’électricité québécoise, estime le patron d’« Hydro ».

 

Depuis plus de 50 ans, les prix de l’hydroélectricité affichent non seulement une hausse beaucoup plus faible de ses cours que celle du mazout et même du gaz, mais aussi beaucoup moins de volatilité, les cours de l’or bleu restant essentiellement collés à l’inflation, contrairement à ceux des deux autres ressources, qui connaissent de très fortes fluctuations. « Cette stabilité et cette prévisibilité sont de grands avantages en matière d’approvisionnement énergétique, souligne Éric Martel. Il est vrai que le prix du gaz de schiste est actuellement très bas, mais qui sait ce qu’il sera dans six mois ou dans six ans ? » Et comme ce prix dépend de réserves qui ne sont pas infinies, il finira fatalement par augmenter.

 

La lutte contre les changements climatiques est aussi un important avantage en faveur de l’hydroélectricité. Si, pendant plusieurs années, certains courants environnementalistes et le lobby des énergies fossiles ont contesté aux États-Unis son statut d’énergie propre à cause notamment de la contamination de l’eau par les barrages, les doutes ont désormais été levés par les autorités publiques de Nouvelle-Angleterre comme par celles de New York. « L’affaire est réglée et classée », se réjouit Éric Martel.

 

Pas peur de Trump

Le PDG d’Hydro-Québec n’est pas trop préoccupé non plus par l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, en dépit du discours protectionniste et climatosceptique de son équipe. « Je ne suis pas du tout inquiet », assure-t-il.

D’abord parce que les questions d’approvisionnement électrique relèvent davantage de la compétence des États que de celle du gouvernement fédéral, mais aussi parce que la nouvelle administration américaine semble vouloir conserver de bonnes relations avec son voisin canadien. Lors de leur première rencontre, le nouveau chef de la Maison-Blanche et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ont notamment dit vouloir resserrer la coopération entre les deux pays en matière d’infrastructures énergétiques et de création d’emplois, « particulièrement dans le secteur des énergies propres ».

 

Les besoins en ce domaine se font d’ailleurs pressants au sud de la frontière. Les États de la Nouvelle-Angleterre se sont engagés à convertir d’ici trois ou quatre ans le tiers de leur approvisionnement électrique à l’énergie renouvelable. Hydro-Québec a perdu une première tranche de ce marché cet automne lorsque le Connecticut, le Massachusetts et le Rhode Island ont préféré accorder un contrat à des producteurs éoliens et solaires locaux. Mais d’autres appels d’offres viendront, assure Éric Martel.

Hydro-Québec disposerait pour le moment de suffisamment de réserves pour répondre à une augmentation de la demande en exportations. La principale contrainte viendrait plutôt de sa capacité à expédier cette électricité supplémentaire, les lignes de transmission actuelles fonctionnant déjà au maximum de leur capacité.

 

Trois projets de nouvelles lignes de transmission sont actuellement défendus par des compagnies américaines. L’un, appelé Northern Pass Transmission et auquel Hydro-Québec est directement associé, relierait son poste des Cantons, situé à Val-Joli, dans l’Estrie, au sud du New Hampshire, rencontre de la résistance de la part des collectivités locales. Les deux autres projets, qui ne font pas explicitement mention de la société d’État québécoise, même s’il apparaît évident que c’est le transport de l’énergie qu’elle produit que le promoteur (Transmission Developers Inc.) envisage, passeraient sous le lac Champlain, dans un cas en direction de la Nouvelle-Angleterre et dans l’autre vers New York. Ensemble, ces trois projets de 1 000 mégawatts chacun ajouteraient 50 % à la capacité actuelle d’exportation d’Hydro-Québec vers les États-Unis.

 

Investir à l’étranger

Hydro-Québec a aussi d’autres idées pour augmenter ses revenus et ses profits. Elle compte notamment reprendre les activités d’investissement et d’acquisition hors Québec qu’elle avait menées durant une dizaine d’années au tournant du siècle, notamment au Chili et au Panama. Il s’agit de choisir des projets de centrales, de barrages ou des réseaux électriques qui présentent de bonnes perspectives de revenus et de profits, mais aussi auxquels la société d’État québécoise pourrait faire profiter de son expertise technologique et de gestion.

 

Hydro-Québec est passée bien près, cet automne, d’acquérir le quart des actions du Réseau de transport d’électricité (RTE), une filiale d’Électricité de France (EDF) qui gère le plus grand réseau de lignes de haute tension en Europe (110 000 km) et dont la valeur totale a été estimée à plus de 10 milliards de dollars canadiens. Des pressions politiques ont finalement amené le gouvernement français, principal actionnaire d’EDF, à renoncer à vendre des parts à l’étranger. Hydro-Québec y a tout de même gagné, en guise de prix de consolation, une entente de partenariat avec RTE pour d’éventuels projets d’investissement et de commercialisation.

 

« Nous ne sommes pas pressés, explique Éric Martel, qui dit chercher ses projets d’investissements principalement en Europe et dans les trois Amériques. Nous attendons la bonne occasion qui nous permettra de mettre en valeur notre expertise et de générer de bons profits. » Il a déjà indiqué que les investissements envisagés seraient de 250 millions à 2,5 milliards par projet. « Notre cote de crédit est la même que celle du gouvernement du Québec. Nous ne le ferons pas, mais nous pourrions théoriquement lever jusqu’à 12 milliards de dollars en tout. »

 

Technologies à vendre

Hydro-Québec espère aussi augmenter ses revenus en vendant les innovations technologiques sorties tout droit de ses laboratoires. L’un des exemples les plus souvent cités est son projet de batteries géantes développées par la coentreprise (Technologies Esstalion) qu’elle forme avec la japonaise Sony.

 

Ayant l’apparence de gros conteneurs de 16 mètres de long, ces batteries seraient capables d’alimenter 23 maisons pendant 24 heures et de soutenir de trois à six fois plus de cycles de recharge que les batteries équivalentes chez les concurrents. Hydro-Québec a aussi une filiale (TM4) à Boucherville, en banlieue de Montréal, qui développe de nouveaux moteurs électriques en partenariat avec le fabricant français Peugeot Citroën. Mais ce qu’on a surtout en tête, c’est le robot capable d’inspecter les lignes de haute tension, les transformateurs de nouvelle génération, les technologies permettant aux réseaux électriques de passer harmonieusement d’une source d’énergie à l’autre, et mille et une autres innovations opaques pour le commun des mortels, mais qui ont une grande valeur commerciale pour les acteurs de l’industrie. « Dans tous les cas, il s’agit de voir comment nous pouvons continuer d’assurer notre mission de base auprès des clients résidentiels et commerciaux au Québec, tout en améliorant notre efficacité et leur degré de satisfaction. Mais aussi, plus généralement, comment faire mieux et faire plus pour maintenir notre contribution aux revenus du gouvernement et appuyer le développement économique québécois », résume Éric Martel.

 

Sur la bonne voie

À cet égard, le patron d’Hydro-Québec a plusieurs autres projets en cours. Il s’est promis, par exemple, d’amener le taux de satisfaction générale de ses clients résidentiels, déjà à 82 % en 2015, à plus de 90 % en 2020. On veut profiter aussi des surplus d’électricité pour attirer au Québec de grandes entreprises énergivores, tels les centres de données.

La société d’État est également associée de près à la déter-mination des cibles de réduction des gaz à effet de serre qu’établit le gouvernement du Québec. Elle compte notamment lancer une offensive pour rallier à l’électricité les clients résidentiels, industriels et commerciaux qui recourent encore au mazout. Cela pourrait porter la consommation annuelle d’électricité au Québec de 170 térawattheures (TWh) à plus de 200. On doit aussi aider le gouvernement à atteindre son objectif d’avoir au moins 100 000 voitures électriques et hybrides rechargeables sur les routes québécoises pour 2020. Pour ce faire, Hydro-Québec devra avoir déployé d’ici là 2 500 bornes de recharge. Au dernier décompte, on recensait moins de 20 000 voitures et seulement 900 bornes de recharge.

 

« Ces grands enjeux sont complexes et doivent avancer sur plusieurs plans, observe, à la fin de l’entrevue, Éric Martel. Tout ne va pas toujours aussi vite qu’on voudrait, mais je crois que nous sommes sur la bonne voie. »

 

Hydro-Québec en chiffres

Fondée en 1944

Actifs totaux :
75,2 G$ (63 centrales hydro-électriques, 668 barrages ; premier réseau de transport d’électricité d’Amérique du Nord (34 272 km).

Revenus annuels (2015) : 13,754 G$

Bénéfice net (2015) : 3,147 G$

Dividende versé au gouvernement du Québec (2015) : 2,360 G$

Taxes, redevances et autres contributions aux finances publiques du Québec (2015) : 1,127 G$

Achat de biens et services au Québec (2015) : 2,827 G$

Nombre d’employés (2015) : 19 794

Énergie produite ou achetée renouvelable à 99 % provenant à 94 % de l’hydroélectricité

Ventes d’électricité hors Québec : Nouvelle-Angleterre : 51 % ; New York : 24 % ; Ontario : 12 % ; Nouveau-Brunswick : 8 % ; autres : 5 %.

Source : Hydro-Québec

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