Économie

Éviter une nouvelle récession

Quand on parle de « science économique », il est prudent de préciser que ce n’est pas une science exacte comme la chimie ou la physique. Les variables sont trop nombreuses et aléatoires. Parmi sept milliards d’êtres humains, à l’extrême, certains sont fascinés par la spéculation, voire la rapacité, tandis que d’autres sont pratiquement détachés du monde matériel. C’est pourquoi nous sommes souvent dans l’ombre ou dans l’incertitude, à l’heure actuelle comme jamais auparavant.

Quand on parle de « science économique », il est prudent de préciser que ce n’est pas une science exacte comme la chimie ou la physique. Les variables sont trop nombreuses et aléatoires. Parmi sept milliards d’êtres humains, à l’extrême, certains sont fascinés par la spéculation, voire la rapacité, tandis que d’autres sont pratiquement détachés du monde matériel. C’est pourquoi nous sommes souvent dans l’ombre ou dans l’incertitude, à l’heure actuelle comme jamais auparavant.

Après des années d’observation de l’économie mondiale, pour des raisons professionnelles en particulier, et étant toujours resté généralement assez optimiste, depuis quelques mois, j’entends des pronostics désastreux qui font référence, ce qui ne s’était pas produit depuis longtemps, à la tragique crise de 1929. Certes, des économistes sérieux évoquent maintenant comme étant de nouveau possibles des perturbations de cette ampleur historique. Difficile à croire… Et on ne souhaite pas y croire ; mais on ne peut ignorer l’alignement d’astres de la réalité contemporaine.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les trente glorieuses sont bien derrière nous et ne semblent pas près de se reproduire. Il ne faut pas oublier que c’est à la suite de la tragédie de 1939-1945, qui fit cinquante millions de morts, que nous nous sommes désembourbés et avons enfin connu en quelque sorte une vie meilleure : ce que Gabrielle Roy a génialement appelé « Bonheur d’occasion ». Or, on ne peut imaginer une seule seconde que puisse se répéter le dénouement de la crise d’alors qui nous remit en route après 1929. Grâce au génie de Franklin D. Roosevelt en particulier, qui créa le « Welfare State ». Peut-on espérer l’équivalent de la part de Donald Trump ?

En vérité, si les chiffres ne sont pas encore ceux de la fin des années 1920, plusieurs feux d’alarme clignotent.

Commençons par la situation des fameux pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine en particulier). Éclatants de prospérité, ils nous servaient de locomotives mondiales. Malheureusement, ces moteurs sont maintenant presque tous en panne ou moins performants : croissance passée de fulgurante à molle, endettement consécutif à cette anémie, et contagion aux fournisseurs, et même aux clients.

La foi dans le génie humain nous permet de garder espoir ; il est toutefois évident qu’une croissance effrénée et non surveillée ne sera plus possible sans nous mener au désastre. Et les alarmistes qui nous imaginent bientôt dans la situation de 1929 ne tiennent même pas compte des défis écologiques, qui n’existaient pratiquement pas à l’époque, ou n’étaient pas connus. Double crise économique et écologique… nous ne vivons pas une époque facile.

Depuis que vous avez commencé à lire cet article, plusieurs personnes sont mortes dans une vague de migration meurtrière comme nous n’en avons jamais connu. Ce n’est pas ce qui s’appelle une évolution planétaire encourageante…

En même temps, l’Union européenne, ce bel espoir de l’humanité contemporaine, est ébranlée par le recul de la libre circulation des personnes qu’elle avait réussi à établir, sans précédent dans l’Histoire. L’accord Schengen est mort ou agonisant. De plus, les Britanniques, qui s’étaient joints tardivement à la Communauté européenne, s’apprêtent peut-être à la quitter. Ils ne pourront pas abandonner la zone euro, puisqu’ils n’y sont jamais entrés. « So British » !

Auparavant, tout cela était évoqué comme relevant de la conjoncture ; la classique et rassurante maxime « Quand ça baisse, c’est que ça va finir par remonter » s’est longtemps avérée. Nos économies étant largement marquées par la psychologie, elle symbolise un espoir indéfectible durant des décennies. Or, cela semble moins évident aujourd’hui. Ce qui se profile est maintenant plus structurel que conjoncturel, et sera donc beaucoup plus difficile et long à corriger. Pensons d’abord à ce fléau rongeur économi-que-ment autant que socialement : la non-répartition de la richesse, si bien décrite par Thomas Piketty et qui, sur notre continent, a conduit aux « subprimes » et à la crise des dernières années. Le fameux « un pour cent » qui faisait le bonheur de nombreux riches a aussi été l’amorce du malheur de tellement d’êtres humains !

La bonne nouvelle non négligeable, c’est qu’entre nations, par contre, la répartition de la richesse a été spectaculairement meilleure au cours des dernières années.

Cette mondialisation dont on a dit qu’elle était une conspiration des pays riches pour appauvrir ceux qui étaient déjà pauvres a produit exactement le contraire. Des millions d’êtres humains qui n’arrivaient pas à se nourrir ont un niveau de vie qui chemine vers le nôtre, bonne nouvelle qu’illustrent clairement de rassurantes statistiques de la Banque mondiale. Bref, si la répartition de la richesse entre individus est toujours inéquitable, au moins elle devient moins inégale entre pays. Et une fois qu’un pays est plus riche, il a la possibilité de procéder à une redistribution entre ses citoyens. Ce n’est toutefois pas si simple. La croissance de la Chine, à 10 % par an pendant dix ans (record historique mondial), est loin de lui avoir permis de sortir tous ses citoyens de la pauvreté. Mais au moins, il y a eu d’énormes progrès, dans les milieux urbains en particulier.

Par ailleurs, on voit bien que ces avancées, positives à bien des égards, ont eu des effets de plus en plus ravageurs sur la nature. Heureusement, le réveil est en cours, comme on l’a vu à la Conférence de Paris : il y avait urgence.

Le jour où le milliard deux cents millions de Chinois polluera autant que nous le faisons par habitant, la vie ne sera plus possible sur cette planète, et cela risque d’arriver plus vite qu’on ne le pense… Il n’y a plus de « plan B ».

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